Analyse – Ce Casse-Tête Chinois qui Fera Rire Jaune l’Algérie !

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En Afrique, les Ministres des Finances et responsables financiers de haut niveau, autant dans le secteur privé que celui du public, se sont virtuellement réunis en ce 19ème jour du mois de Mars 2020 en se connectant au serveur de la Commission Economique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA), afin d’échanger avec des spécialistes sur les conséquences économiques liées à la pandémie relative au SARS-CoV-2, communément connu sous virus COVID-19.

Cette réunion, qui s’est penchée sur une profonde analyse de la crise mondiale et de son impact sur les économies africaines élaborée quelques jours auparavant, s’est conclue par un certain nombre de recommandations.

Dans un communiqué datant du 23 Mars 2020, ces différents acteurs financiers africains ont unanimement souligné que la pandémie de COVID-19 aurait des implications importantes et néfastes sur les économies africaines et la société dans son ensemble, demandant un soutien financier conséquent, une riposte coordonnée dans la logistique et la livraison d’équipements de test, le soutien aux programmes de modernisation des infrastructures sanitaires et aux installations existantes et enfin le soutien du secteur privé ainsi que la protection de plus de 30 millions d’emplois à risque dans les secteurs du tourisme et des compagnies aériennes à travers le continent.

Le 22 mars 2020, Vera Songwe, avait également appuyé ces recommandations et envoyé une lettre au directeur de la Banque mondiale, l’Américain David Malpass, à Mme Christine Lagarde, Présidente de la Banque centrale européenne et à la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Mme Kristalina Georgieva, les sollicitant urgemment pour un fonds de 100 milliards $, ainsi qu’une suspension immédiate du remboursement de tous les intérêts des 44 milliards $ de la dette estimée des pays africains pour cette année 2020, afin de pouvoir riposter contre le COVID-19.

Il faut dire que les prévisions économiques initiales sont revues à la baisse en moyenne de 2 à 3 points de pourcentage, ce qui représente près de la moitié de la croissance prévue cette année en Afrique ! En effet, attendu à 3,2 % avant la crise du coronavirus, l’indicateur de croissance n’est guère plus estimé qu’à 1,8 %, soit un manque à gagner de 29 milliards $ pour les économies africaines.

A cela il sera nécessaire d’ajouter le surcoût d’importations de médicaments, de dispositifs et de matériel sanitaire pour un montant estimé à plus de 10 Milliards de Dollars, tout en tenant compte de l’ahurissant recul des cours pétroliers, qui va priver les pays pétroliers africains de 65 milliards $ !

L’Algérie, à qui il manquera selon nos sources près de 34 milliards $ de ce qu’elle pouvait engranger, devra comme les autres pays africains, trouver une alternative à la pénurie de médicaments et de dispositifs médicaux principalement produits en Europe, mais qui ont fait l’objet d’une réquisition par quasi tous les Etats européens pour leurs propres nécessités !

C’est dans ce contexte que la Chine, dont l’opportunisme économique est érigé en politique nationale, s’est vite déployée pour combler la déficience d’aides des pays occidentaux vers l’Afrique, confrontés eux-mêmes aux ravages du coronavirus.

Il faut savoir que les mesures demandées par les responsables financiers africains impliquaient une politique d’ouverture des frontières commerciales africaines, un discours qui n’est pas pour déplaire aux responsables chinois !

Agissant comme souvent sous le couvert de grands groupes publics chinois ou à travers des fondations appartenant à des personnalités chinoises, l’Empire du Milieu a depuis quelques semaines accru l’envoi d’aide et de matériel médical en direction des pays de l’Union africaine (UA), dont l’Algérie.

L’entreprise publique : China Railway Construction Corporation Limited a ainsi déclaré faire don de 100 respirateurs à l’Etat algérien, le groupe de BTP chinois China State Construction Engineering a quant à lui envoyé un premier avion empli de matériel de protection et de respirateurs qui a atterri le 27 mars.

Le fondateur de la plateforme d’e-commerce Alibaba, devenue l’un des groupes les plus prospères de Chine, Jack Ma, a fait don à l’Afrique d’1,5 million de kits de tests de diagnostic en laboratoire et plus de 100 tonnes de produits de prévention et de contrôle des infections.

La part revenant à l’Algérie, comprenait selon nos informations 500 000 masques chirurgicaux, 50 000 masques N95, 2 000 combinaisons de protection médicale, et 10 respirateurs pour les soins intensifs. Ces équipements d’une valeur totale estimée à 455 000 dollars avaient été réceptionnés le 29 Mars 2020.

Très impliqués en Afrique, Jack Ma, qui a démissionné de ses fonctions de PDG d’Alibaba en septembre 2019, et son ex compagnie avaient mis en place un programme de formation aux entrepreneurs africains avec à la clé des financements auprès de différents fonds étrangers.

En sa qualité de conseiller spécial de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le philanthrope chinois avait piloté son programme de formation conjointement avec l’ancien ministre du commerce kenyan Mukhisa Kituyi, depuis septembre 2013 à la tête de cette filiale de l’ONU.

Pour rappel, la CNUCED avait participé à la constitution de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) qui est entrée en vigueur en Mai 2019 et qui vise à libéraliser le commerce en Afrique, notamment pour les matières premières agricoles, et à ouvrir les marchés africains aux importations…

En août 2018, Jack Ma a également lancé aux côtés de l’ancien secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, l’Africa Netpreneur Prize, dotée d’un prix de 10 millions $ récompensant des entreprises africaines.

Tout porte à croire que toutes ces actions d’aide économique et médicale savamment calculées par Jack MA et le gouvernement chinois visent principalement à étendre l’hégémonie chinoise en donnant à tous les produits chinois de nouveaux débouchés en Afrique, et permettre l’exportation de matière première africaine en Chine. Mais pas que…

Sur le plan militaire, les chinois ont clairement affiché leur volonté d’investir le sol africain. En début d’année 2020, le ministre des affaires étrangères chinois Wang Yi avait annoncé au Burkina Faso une aide de plus 40 millions € en faveur du G5 Sahel…

L’Armée Populaire de Libération chinoise (APL) est déjà installée en Afrique sous la bannière de l’ONU se hissant comme le deuxième plus important contributeur au budget des opérations de maintien de la paix et le premier contributeur de troupes en Afrique.

Le complexe Militaro-industriel chinois, dans lequel l’APL détient des intérêts, laisse penser que des sociétés comme ZTE ou Huawei, très présentes en Algérie, sont toujours susceptibles de devoir répondre aux demandes ou aux ordres de l’armée chinoise ou du Pari Communiste chinois.

Par ailleurs l’armurier Norinco, émanation directe de l’armée chinoise, est le partenaire de l’armée algérienne dans la production d’explosifs dans le complexe industriel de la société algérienne de production des explosifs SAPEX à M’sila, renforçant ainsi les unités de l’office national des explosifs (ONEX), qui relèvent de la direction des fabrications militaires du Ministère de la Défense Nationale algérien.

Devenue en 2018 son 5ème plus grand partenaire commercial africain avec 9,1 Milliards de dollars d’échanges commerciaux, la Chine a récemment annoncé construire un petit hôpital en Algérie, qui fournira des services médicaux de prévention à environ 4.000 travailleurs chinois et 5.000 travailleurs locaux pour…lutter contre l’épidémie de Covid-19 !

Il faut rappeler que l’Algérie est un des pays d’Afrique qui compte le plus d’ouvriers chinois dans le monde, accueillant 40 000 ressortissants chinois dont plus de 2 000 sont déjà naturalisés…

Que souhaite l’Empire du Milieu, lui qui ne peut s’empêcher de mêler commerce et politique, alors que ses échanges avec l’Algérie ne représentent pas plus de 20 % des échanges entre la Chine et l’Afrique du Nord et un pourcentage encore plus infime par rapport aux échanges Sino-africains ?

Quelle lecture font les gouvernants algériens et leurs conseillers aux récents efforts de la Chine pour peser sur les enjeux géopolitiques et technologique et assurer sa sécurité énergétique ?

Pour Info, la Chine vient d’annoncer qu’elle mettait le chiffre astronomique de 6 400 milliards d’euros d’investissements afin de relancer son économie durant ces quelques prochaines années.

C’est dire qu’il lui faudra des marchés et des débouchés au détriment des économies locales africaines ou algérienne…

A méditer !

Amir Youness

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