Révélations. La PCH, cette institution minée par la corruption et le favoritisme, qui ralentit la lutte contre le coronavirus en Algérie

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La Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) est une institution méconnue de l’opinion publique en Algérie. Et pourtant, elle joue un rôle majeur car c’est elle qui a pour mission d’approvisionner les hôpitaux de divers médicaments. La Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) est une institution publique étatique relevant du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. La PCH compte quatre directions régionales, à savoir : Alger, Annaba, Oran et Biskra. La PCH fournit environ 588 produits pharmaceutiques destinés notamment aux hôpitaux, aux cliniques privées et d’autres institutions telles que la Protection civile et autres.

Depuis le début de la pandémie du coronavirus en Algérie avec l’apparition du premier cas le 26 février dernier à Blida, la PCH joue un rôle centrale dans le plan d’urgence actionné par les autorités algériennes pour endiguer la propagation de ce virus mortel du COVID-19 qui a fait jusqu’à aujourd’hui vendredi 27 mars au moins 25 morts et près de 400 cas confirmés à travers 36 wilayas. C’est, en effet, la PCH qui est officiellement chargée de fournir aux hôpitaux et différents établissements les moyens de protection contre le coronavirus comme les masques, les gants chirurgicaux, les camisoles ou tenues ainsi que les blouses médicales sans oublier les fameux kits de dépistage nécessaire à l’identification du COVID-19. Ces kits de dépistage sont gérés conjointement en Algérie par l’Institut Pasteur et la PCH. Mais c’est toujours la PCH qui peut uniquement les distribuer aux hôpitaux algériens.

La PCH exerce de ce fait un monopole absolu sur la distribution des équipements médicaux et kits de dépistage au profit des hôpitaux algériens. Il faut savoir que pas moins de 13 % du budget global du secteur de la Santé est dédié à  la Pharmacie centrale des hôpitaux  (PCH). Le budget du secteur de la Santé a atteint plus de 560 milliards DA en 2020, soit l’équivalent de 5 milliards d’euros. Près de 600 millions d’euros sont donc directement dédiés à la PCH. Un budget colossal qui peut augmenter comme baisser d’une année à une autre. A titre d’exemple, en 2018, la PCH a géré un programme d’importation de l’équivalent de 850 millions d’euros !

Ainsi, plus de 571 établissements de santé et 48 établissements sous  tutelle du ministère de la Santé dépendent entièrement de la PCH pour s’approvisionner en médicaments et équipements médicaux. Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire provoquée par la pandémie du coronavirus, cette dépendance est plus que jamais accentuée puisque mêmes les dons citoyens comm les masques et équipements offerts par des bienfaiteurs privés doivent être obligatoirement transférés vers la PCH comme le dit une note du ministère de la Santé émise le 23 mars dernier.

Il s’avère, malheureusement, que la PCH est le maillon faible de la chaîne dans cette lutte féroce que mène l’Algérie contre la pandémie du nouveau coronavirus. C’est la PCH qui peine à répondre aux demandes des hôpitaux algériens les plus exposés à la pandémie à l’image des hôpitaux de la wilaya de Blida comme les EPH de Boufarik et de Blida. Ces hôpitaux manquent cruellement au quotidien de kits de dépistage, de masques, de moyens de protection et d’équipements sophistiqués comme les respirateurs artificiels pour augmenter la capacité de leurs lits de réanimation.

Ce n’est pas l’argent qui manque. Mais la bonne gestion fait entièrement défaut à la PCH. Pourquoi ? Parce que la PCH est minée depuis très longtemps par les fléaux de la corruption et du favoritisme. La PCH a été, malheureusement, dirigée comme une entreprise privée familiale par son ancien directeur général, M’hamed Ayad qui est resté dans ses fonctions pendant pas moins de 10 ans même s’il a été enlevé une première fois en 2009, il retrouvera les commandes de la PCH en 2014 sur fond de scandales financiers dévoilés par un rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF) qui avait dénoncé la gestion opaque des produits pharmaceutiques (enregistrement et délivrance d’autorisation de mise sur le marché et attribution de marché pour l’approvisionnement de la PCH).

A l’époque, L-l’une des infractions commises par la PCH était « d’avoir autorisé la soumission à l’appel d’offres de la PCH 2013 de certains médicaments enregistrés par la direction de la pharmacie et ne disposant pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans le pays d’origine, une condition exigée pourtant pour l’enregistrement, et d’autres médicaments dont les décisions d’enregistrement ont expiré », avait noté le rapport de l’IGF.

A la tête de la PCH, M’hamed Ayad ne fera pas mieux. Pis encore, il instaure le népotisme comme une pratique totalement banalisée. Preuve en est, M’hamed Ayad recrute deux de ses fils à la PCH alors que leur niveau d’instruction ne leur permet nullement d’occuper des postes de responsabilité à la PCH. L’ancien DG de la PCH a recruté aussi deux de ses frères. L’actuel directeur commercial de la PCH est le cousin germain de M’hamed Ayad. Avec un simple niveau de 9e année, ce cousin bien choyé se retrouve aujourd’hui le président de la commission interne des marchés. Algérie Part a pu confirmer au cours de ses investigations que la PCH compte dans ses rangs de directeurs et cadres dirigeants pas moins de 5 personnes qui n’ont même pas le baccalauréat.

M’hamed Ayad ne se contentera pas du favoritisme puisqu’il versera dans les marchés douteux et les pratiques financières opaques. Preuve en est, en 2017, un marché important d’acquisition de quantités considérables de bistouri, un instrument utilisé en chirurgie pour faire des incisions, l’ex-patron de la PCH et sa clique ont écarté le laboratoire belge SMI A.G qui avait une offre de produits de qualité avec un bon rapport qualité-prix. La PCH a préféré choisir effectué la totale des commandes auprès d’une mystérieuse société algérienne privée appelé Expensimed qui facturait beaucoup plus cher.

En 2016, c’est la direction générale de la PCH qui a permis aux fils d’Abdelghani Hamel, l’ex-puissant patron de la DGSN, de s’enrichir gracieusement dans le secteur de la Santé. Et pour cause, c’est la PCH qui a permis à la société Techno Pharma, basée à Oran et appartenant aux enfants de Hamel, d’obtenir des marchés de gré à gré alors qu’elle vient à peine d’être créée. La PCH a a commandé auprès de la société des fils de Hamel plus de 400 millions de Da de produits pharmaceutiques sans passer par la moindre procédure de mise en concurrence. Les fils de Hamel ont vendu à la PCH des tests de diagnostic du VIH facturés à 2600 Da la pièce alors que d’autres fournisseurs algériens proposaient des tests similaires à un prix de… 600 Da.

De grosses quantités ont été commandées par la PCH auprès de la société des fils de Hamel pour les fournir au CUH d’Oran. Beaucoup de ces tests ont été périmés parce que le CUH d’Oran n’a jamais eu recours à toute cette quantité considérables de tests de diagnostic du VIH.

Un scandale qui a été étouffé en toute discrétion par le puissant chef de cabinet du ministère de la Santé sur lequel Algérie Part a consacré toute une investigation dans nos précédentes publications. 

M’hamed Ayad restera au pouvoir à la tête de la PCH jusqu’au mois de juillet 2019 où il sera remplacé par Tarik Djaâboub. Or, ce dernier, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations, n’a aucune envergure et s’avère être le « pantin » de M’hamed Ayad qui a conservé son influence sur la PCH malgré son départ. En réalité, les hauts responsables du ministère de la Santé ont maintenu l’influence de M’hamed Ayad parce qu’ils ont noué avec lui une solide alliance. Ces hauts responsables occupent des pots clés au ministère de la Santé. Il s’agit du chef de cabinet du ministère de la Santé, Omar Bouredjouane, El-Hadj Benchrik, directeur des ressources humaines au ministère de la Santé ainsi que le directeur des finances et des moyens au ministère de la Santé, Abdelhakim Belaid.

Ce trio constitue un lobby qui continue de protéger M’hamed Ayad et de dicter à Tarik Djaâboub la conduite qu’il doit tenir à la tête du PCH. Dans ces conditions, les pratiques malsaines continuent d’être encouragées aggravant ainsi la mauvaise gouvernance l’institution sanitaire la plus stratégique du pays. C’est ce qui explique ses énormes défaillances et son incapacité à être à l’hauteur de ses missions en cette période très délicate où l’Algérie est menacée par pandémie du nouveau coronavirus COVID-19.

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