Le docteur Kamel Tradi : « il faut multiplier au moins par 4 les chiffres officiels du ministère de la Santé en Algérie »

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La situation de la pandémie du coronavirus en Algérie nécessite une prise de conscience de toute urgence et de nouvelles mesures beaucoup plus efficaces que ce qui a été décidé jusque-là par les autorités algériennes. C’est du moins ce que nous fait savoir le docteur Kamel Tradi, médecin algérien établi en France et actuellement chef de service de réadaptation neurologique à l’hôpital Maritime de Berck, dans le département du Pas-de-Calais en région Hauts-de-France.

Le docteur Kamel Tradi dirige en ce moment une unité de COVID-19 dédiée à la convalescence des personnes contaminées par le nouveau coronavirus qui fait des ravages en France. Et notre interlocuteur, dans un entretien téléphonique accordé à Algérie Part, tire la sonnette d’alarme. « La situation actuelle est préoccupante en Algérie face à une pandémie dangereuse », a révélé notre interlocuteur. De prime abord, il souligne que les chiffres officiels du ministère de la Santé ne traduisent pas la véritable réalité de l’ampleur du COVID-19 en Algérie. « Il faut multiplier par au moins 4 les chiffres du ministère de la Santé en Algérie pour avoir la mesure plus au moins précise de la propagation du COVID-19 en Algérie », relève le docteur Kamel Tradi.

« Il n’est pas logique ni normal d’avoir un taux de mortalité de 10 %. Le COVID-19 ne peut pas tuer 10 % des personnes atteintes. C’est les chiffres du ministère de la Santé qui sont trop bas en raison des faiblesses des capacités du dépistage du pays », analyse encore Kamel Tradi qui propose, désormais, une nouvelle stratégie aux autorités algériennes. « Nos dirigeants doivent écouter les scientifiques et les élites médicales algériennes pour profiter de leur expérience en France notamment où la pandémie fait des ravages », confie le docteur Kamel Tradi d’après lequel l’Algérie doit adopter en urgence de nouvelles mesures sanitaires.

« Il ne faut plus compter sur le dépistage en Algérie étant donné qu’il est faible. Il faut commencer à considérer que toute personne ayant un syndrome grippal comme une personne potentiellement contaminée par le coronavirus. C’est ce que nous sommes en train de faire en France », explique-t-il avant d’appeler à l’identification très rapide des « cas légers ». « Contrairement à ce que l’on pense, ce sont les cas légers qui sont les plus dangereux car ils sont les plus contagieux. Les cas graves en réanimation ne sont pas aussi contagieux que les cas légers formés essentiellement de jeunes adultes en bonne santé. L’Algérie doit établir en toute urgence des couloirs coronavirus dans ces hôpitaux pour identifier et repérer rapidement les cas légers et susceptibles de contaminer rapidement les autres », détaille le docteur Kamel Tradi qui n’hésite pas à partager avec nous son expérience acquise sur le terrain avec le service qu’il dirige où des patients atteints de COVID-19 doivent être maintenus pendant 35 jours en convalescence.

« Il faut adapter les mesures sanitaires à la morphologie sociale de notre pays. Le confinement total ne suffira pas à limiter la propagation du coronavirus dans notre pays à cause de la composition sociale des familles algériennes. Des familles nombreuses habitants des logements exigus dans les grandes agglomérations. Cela signifie que la propagation se poursuivra y compris en pleine période de confinement à cause des cas légers qui ne sont pas encore identifiés », explique le docteur Kamel Tradi qui préfère se concentrer, pour le moment, sur les cas légers atteints de syndromes grippaux. « Il nous faut en urgence des structures d’accueil et d’isolement des cas suspects ou légers contaminés par le coronavirus. Ces structures doivent être situées à l’extérieur des agglomérations. C’est dans ce contexte que l’armée peut intervenir pour prendre en charge les cas contaminés légers qui ne nécessitent aucune hospitalisation mais qu’ils faut isoler. L’armée doit les prendre en charge dans des campements médicalisés qui serviront de structures d’isolement et de prévention », persiste encore le docteur Kamel Tradi.

« En France, les hôpitaux n’acceptent pas les cas légers car ils risquent de contaminer encore d’autres personnes et renforcer la propagation de la pandémie, parcontre, ils ont l’obligation de rester chez eux confinés prévient le docteur établi en France qui lutte au quotidien contre le COVID-19 et jouit, ainsi, d’une précieuse expérience. Mais les autorités algériennes vont-elles enfin l’écouter ?

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