Analyse – ZTE rattrapé par une nouvelle enquête pour corruption

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Le géant chinois des télécommunications ZTE, qui avait plaidé coupable il y a trois ans pour avoir violé les sanctions américaines contre l’Iran et la Corée du Nord, fait à nouveau l’objet d’une enquête par le Département de Justice américain (Department of Justice – DOJ), portant sur d’éventuels pots-de-vin versés à des fonctionnaires étrangers, dans le but d’obtenir des avantages dans ses opérations dans le monde entier.

ZTE a nié avoir eu connaissance de l’enquête menée par des responsables américains sur de prétendues pratiques de corruption, comme cela a été dévoilé par la chaine américaine NBC News le 13 Mars 2020.

Dans un communiqué, un représentant de ZTE a déclaré : « ZTE est pleinement engagée à respecter ses obligations légales et de conformité. La priorité absolue de l’équipe de direction de l’entreprise est de faire de ZTE un partenaire commercial fiable sur le marché mondial, et l’entreprise est fière des énormes progrès réalisés. Au-delà de cela, il ne serait pas approprié que ZTE commente.  »

Une nouvelle qui toutefois tombe mal pour l’entreprise chinoise située à Shenzhen en Chine, car la nouvelle enquête intervient quelques jours après la fin de la période de probation (14 Mars 2020) convenue avec les autorités américaines, en vertu de l’accord conclu en mars 2017 avec le DOJ, obligeant ZTE à accepter une sanction civile et pénale et une confiscation de 1,19 milliard de dollars, suite à sa violation de l’embargo infligé à l’Iran et à la Corée du Nord.

ZTE avait, pour rappel, accepté de mettre en œuvre et de maintenir un programme de conformité et d’éthique pour détecter les violations des sanctions et des contrôles à l’exportation, sans accorder l’immunité à ZTE pour les crimes passés.

Le code de conduite de ZTE qui interdisait aux employés de payer ou d’accepter des pots-de-vin en Chine ou à l’étranger, n’avait pas été respecté dans plus d’une douzaine de pays, dont l’Algérie…

A ce titre, une peine de dix-huit ans de prison et une amende de cinq millions de dinars avaient été prononcées en 2012 par la Juge Saloua Darbouchi, siégeant au pôle judiciaire du tribunal d’Alger, contre Mohamed Boukhari, ancien cadre d’Algérie Télécoms et l’homme d’affaires Chami Majdoub, dans le cadre de versements de commissions et blanchiment d’argent au préjudice d’Algérie Télécom.

La magistrate avait par ailleurs lancé des mandats d’arrêts internationaux, après les avoir condamnés par défaut à dix années de prison, contre plusieurs cadres de ZTE Algérie pour « trafic d’influence ».

Depuis, ZTE s’était engagée à accepter la suspension de ses exportations pendant sept ans, si la société commettait des violations supplémentaires.

À la mi-avril 2018, le Département américains du commerce avait activé cette clause après avoir déterminé que ZTE avait fait de fausses déclarations au gouvernement américain au sujet des mesures qu’elle avait prise pour punir les employés impliqués dans ses activités illicites en Iran et en Corée du Nord.

Ne pouvant plus acheter les semi-conducteurs requis pour ses produits, ZTE a été sauvée de la faillite par l’annulation de cette interdiction, prononcée par le président américain Donald Trump, dans le cadre d’un accord commercial avec la Chine.

Auparavant, et afin d’échapper à ces sanctions prévisibles, ZTE avait décidé en 2017 de racheter le géant turc Netaş, spécialiste des technologies de l’information et de la communication. Elle y a installé à la présidence du conseil d’administration de cette dernière, Xiao Ming, qui avait longtemps dirigé la filiale de ZTE à Alger…

Il faut savoir que Netaş, dont l’action a perdu plus de 50 % de sa valeur entre le 11 Mars 2020 et le 16 Mars 2020, est directement relié aux militaires turcs qui comptent parmi leur principal client.

La Fondation pour le renforcement des forces armées (TSKGV), dont l’objectif est de renforcer les capacités des forces armées turques en matière de combat par le biais de l’industrie de la défense nationale en est actionnaire à 15% !

Une des missions de cette fondation n’est rien moins que  »la création et le développement de sociétés dans le domaine des industries de défense afin de contribuer au renforcement du pouvoir de combat des forces armées turques » !

Qu’à cela ne tienne, personne n’a été étonné en Algérie quand fut créée en Mars 2019, Netas Telecommunications Algérie (NTA), avec pour associé un certain Mohamed Karim Feraoun, proche parent de l’ex Ministre Houda Imane Feraoun…

En plus de l’enquête menée par les autorités de Justice américaine contre les agissements de ZTE, il y a lieu de rappeler que le président Donald Trump a ratifié ce 13 mars 2020 le Secure and Trusted Communications Networks Act, qui interdit l’utilisation de fonds fédéraux pour l’achat d’équipements fabriqués par des entreprises, à l’instar de ZTE, considérées comme des menaces pour la sécurité nationale américaine. Cette décision tend à exclure des marchés télécoms américains, l’équipementier chinois, à l’heure du déploiement de la technologie 5G !

Depuis ces annonces, le titre de ZTE a perdu 26,6 % de sa valeur à la Bourse de Hong Kong.

Une situation qui affaiblit considérablement le fournisseur chinois d’équipements de télécommunication, et dont l’avenir est plus que compromis par cette nouvelle enquête américaine.

Ce qui nous amène à nous poser la question de savoir si les autorités algériennes ont réellement pris conscience des enjeux et des risques qu’elles font courir à leur Pays, en laissant le secteur des télécoms aussi mal géré et dépendant en partie d’un fournisseur aux abois ?

Fabienne Outar

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