Contribution. Coronavirus et Hirak: basculer vers une quarantaine politique, une grève quasi-générale

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Avec l’épidémie mondiale de coronavirus, le Hirak algérien est à un tournant. Ou bien il continue sur sa lancée, et va tout droit dans le mur. Ou bien il négocie ce virage, et en ressort renforcé et accéléré.

Par Mostapha Benhenda

Quel coût sanitaire pour les rassemblements?

Les manifestations du vendredi favorisent la propagation du virus. A travers le monde, les grands rassemblements sont au banc des accusés. En Corée du Sud et en France, ce sont les méga-églises évangeliques. A Boston, aux Etats-Unis, la conférence Biogen de l’industrie pharmaceutique (un comble!) est montrée du doigt. En Allemagne, ce sont des carnavals:

Lors de la grande épidémie de grippe espagnole de 1918, qui a fait 50 Million de morts, et contaminé le quart de l’humanité, deux villes américaines, Philadelphie et St Louis, ont appliqué des politiques opposées: à Philadelphie, les autorités municipales ont négligé l’épidémie, et ont maintenu la grande parade du 28 Septembre 1918:

L’épidémie explose:

Au contraire, à St Louis, les autorités ont immédiatement imposé des mesures de distance sociale: fermeture des écoles, magasins, théâtres, usines. L’épidémie est bien gérée:

En Algérie, le pouvoir n’hésitera pas à faire porter le chapeau au Hirak, si les manifestations publiques continuent. Et de manière très cynique: n’importe qui contaminé et hostile au Hirak peut se mélanger à la foule, serrer des mains, et propager la maladie. Cela clouera au lit certains manifestants avec cette super-pneumonie, et endeuillera des familles. Surtout dans les maisons algériennes, où différentes générations cohabitent sous le même toit, et que les personnes âgées sont plus vulnérables face au virus.

Dans cette situation, le virus devient une arme biologique de répression massive, qui fait d’une pierre deux coups: neutralise discrètement les opposants, sans tirer un seul coup de feu, et discrédite leur mouvement.

Cela ne semble pas préoccuper certains manifestants, qui gardent leurs petites habitudes:

La viralité doit changer de camp

Cela ne signifie pas forcément que le Hirak devrait s’arrêter. Bien au contraire, il peut se relancer et s’adapter à cette nouvelle épreuve. Plutôt que de remplir les rues, le Hirak doit les rendre désertes, le plus vite possible. Il doit montrer que c’est le pouvoir qui fait passer ses intérêts économiques avant la santé des Algériens, comme on l’avait déjà vu auparavant dans le dossier du gaz de schiste.

Par exemple, c’est l’occasion de lancer une grève quasi-générale, qui paralyserait tout le pays, sauf les secteurs vitaux comme les hôpitaux, les usines de détergents et de masques (même si, eux aussi, ils ont des revendications légitimes).

L’idée de grève générale flottait déjà dans l’air depuis le début du Hirak. A l’époque, elle fut écartée en raison de son coût économique, jugé excessif pour la population. Aujourd’hui, la conjoncture est différente: krachs boursiers, crise économique mondiale inéluctable, chute des prix du pétrole. Plutôt que de subir ce tsunami économique, c’est mieux de l’anticiper, et d’en profiter pour nettoyer l’Etat profond, qui contrôle l’économie algérienne. C’est aussi une opportunité inespérée de s’affranchir de la domination économique européenne, qui est la base arrière de ce régime.

Cette paralysie du pays ne devrait pas aller au-delà de quelques mois maximum: elle donnera le temps nécessaire à l’Algérie pour se préparer à un contrôle de long-terme de l’épidémie, en s’inspirant des méthodes et de la discipline collective asiatiques, qui font leurs preuves (Corée du Sud, Singapour, Malaisie, Taiwan…).

Malgré ça, si certaines personnes veulent occuper les rues à tout prix, alors qu’ils en profitent pour les désinfecter, elles en ont bien besoin:

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