Le pouvoir algérien est en train de commettre les mêmes erreurs que les généraux vénézuéliens : pourquoi l’Algérie pourrait devenir bientôt le Venezuela de l’Afrique

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Le parallèle est impressionnant et fait froid dans le dos. Chaque jour que Dieu rapproche davantage l’Algérie du Venezuela, un pays naguère prospère et indépendant, mais aujourd’hui en totale faillite et en proie à toutes les divisions politiques et les interventions étrangères. Comme les généraux vénézuéliens après la mort de Chavez en mars 2013, les généraux algériens, ayant repris le pouvoir après la chute de Bouteflika en avril 2019, reproduisent des erreurs stratégiques qui mènent le pays vers la faillite financière et l’instabilité politique. Explications. 

D’abord, une question s’impose : quelles sont les ressemblances entre l’Algérie et le Vénézuela en décadence ? Un système où la corruption est quasiment institutionnalisée, une dépendance totale vis-à-vis des hydrocarbures, une économie archaïque qui n’a jamais été diversifiée, un pays qui possède un seul poumon économique, à savoir la compagnie pétrolière nationale PDVSA, comme la Sonatrach en Algérie, comme le Vénézuéla où les autorités ont très mal géré la succession du charismatique Hugo Chavez, le pouvoir algérien n’a jamais pu trouver des solutions à la crise de succession d’Abdelaziz Bouteflika, et enfin une résistance totalement faible face aux chocs économiques externes.

Les deux pays se rassemblent énormément. Un seul avantage pour l’Algérie, elle possède encore quelques milliards de dollars dans ses réserves de change. Un autre avantage pour le Vénézuela, ses réserves pétrolières sont beaucoup plus importantes que les réserves algériennes qui s’épuisent totalement.

Lorsque les prix du pétrole s’effondrent et commencent à chuter de 2014 jusqu’à 2016, le Vénézuéla s’écroule parce qu’il est déjà miné de l’intérieur par une lancinante crise politique provoquée par la succession ratée de Hugo Chavez. Comme en Algérie aujourd’hui où le pouvoir politique est ébranlé par un tsunami de mouvement de contestation populaire et de profondes divisions politiques internes.

Incapable de financer ses importations, le Vénézuela subit les pénuries des produits de base et de première nécessité parce qu’il n’a jamais développé une économie productive. Exactement comme l’Algérie. Dés 2016,  l’hyperinflation vient se rajouter aux pénuries.

Le bolivar, la monnaie nationale du Vénézuela, ne vaut plus rien. L’inflation grandissante a tué le pouvoir d’achat des vénézuéliens. Selon le Fonds Monétaire International (FMI), elle a atteint 1.350.000% en 2018. Avec un salaire minimum  de 4500 bolivars, soit environ 50 dollars au taux officiel – un Vénézuélien ne peut s’acheter que deux kilos de viande. Fin juin 2018, un professeur d’université faisait sensation sur Twitter en racontant qu’il lui fallait quatre mois de salaire pour réparer les semelles de ses vieilles chaussures. «Le Venezuela est dans une situation comparable à celle de l’Allemagne des années 1920», quand le pain se payait en brouette de billets, a  expliqué Christopher Dembik, économiste en chef de Saxo Bank et bon connaisseur du pays sud-américain. La situation ne va pas en s’arrangeant. Malgré de récentes réformes, l’hyperinflation de 10.000.000% a été constatée pour 2019.

L’Algérie d’aujourd’hui n’est pas loin de ce scénario catastrophique. Le dinar est sans cesse dévalué. Depuis 2014, date du quatrième mandat, il avait déjà perdu plus de 30 % de sa valeur. Aujourd’hui, face à la chute brutale des prix du pétrole causée par les conséquences dramatiques de l’épidémie du Coronavirus, les autorités algériennes vont être contraintes de dévaluer encore plus le dinar pour faire semblant de remplir les caisses exsangues de l’Etat. Et plus le prix du baril du pétrole chute, plus le dinar perd encore de sa valeur. Or, cette fois-ci, contrairement  à 2016 où la chute des prix du baril du pétrole était conjoncturelle, en 2020 le monde est en train de vivre un véritable choc pétrolier.

Et pour cause, le pétrole vivra sa chute la plus brutale depuis 2008. « Nous allons probablement voir les prix du pétrole les plus bas des 20 dernières années au cours du prochain trimestre », a déclaré Roger Diwan, analyste pétrolier chez le consultant IHS Markit Ltd. et observateur chevronné de l’OPEP, laissant entendre que le prix pourrait tomber en dessous de 20 dollars le baril. Le brut Brent, la référence mondiale, est tombé à un minimum de 9,55 dollars le baril en décembre 1998, au cours de l’une des rares périodes où le prix du pétrole a atteint le niveau de 20 dollars le baril. De son côté, Doug King, un investisseur de fonds spéculatifs qui a cofondé le Merchant Commodity Fund a fait savoir que « l’OPEP+ va pomper davantage, et le monde est confronté à un choc de la demande. 30 dollars le baril de pétrole, c’est possible ».

Cela signifie quoi ? Le prix du baril est d’aujourd’hui à 45 dollars. D’ici quelques jours au cours de ce mois de mars, le prix du baril tombera à 30 ou 25 dollars ! Une chute libre vertigineuse qui saignera les finances de l’Algérie qui sont alimentées uniquement par ses exportations des hydrocarbures.

L’Algérie ne pourra plus compter sur ses hydrocarbures pour financer ses importations de produits de première nécessité et épuisera ainsi ses réserves de changes au plus tard en 2022. Pourquoi ? Parce que le choc pétrolier d’aujourd’hui va durer encore longtemp au regard de la propagation du coronavirus pèse lourdement sur la demande. Il faut attendre jusqu’à l’été prochain pour voir le monde se remettre des dégâts économiques de ce virus. Les prévisions des experts du marché pétrolière s’attendent à un blocage qui va durer tout au long de l’année 2020. Pour l’Algérie, cela signifie que les pertes financières seront les plus colossales depuis le dernier choc pétrolier en 1986 où les prix du baril du pétrole avaient atteint les 10 dollars.

Oui, l’Algérie survira en 2020 grâce à ses réserves de changes. Mais en 2021 et en 2022, elle fera comment ? Ni Tebboune ni son équipe n’ont pris le soin de répondre à cette question.

Mais les indicateurs économiques et politiques nous fournissent des précisions. L’Algérie sera en faillite, le dinar chutera encore et toujours, l’inflation se transformera en hyperinflation et les salaires des Algériens ne leur permettront même pas de survenir à leurs besoins basiques. Exactement comme le Vénézuéla. Le marasme social va aggraver les tensions politiques qui ont commencé depuis février 2019 en Algérie. La contestation populaire va se renforcer, s’aggraver, se radicaliser. La migration clandestine va augmenter de manière vertigineuse et les risques sécuritaires prendront une ampleur inquiétante en raison des menaces géopolitiques à nos frontières. Exactement comme le Vénézuéla de 2017 et 2018. En parallèle, la Sonatrach sombrera  dans les dysfonctionnements à cause des luttes politiques internes et son instrumentalisation par le pouvoir politique brinquebalant. Exactement comme la PDVSA du Vénézuéla.

L’Algérie marche donc sur les pas du Vénézuéla. Il faut être un aveugle pour ne le voir. Ou un malhonnête. C’est, malheureusement, le cas de nos actuels dirigeants.

 

 

 

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