Le pétrole à 45 dollars et les prix du gaz en chute libre : des pertes colossales pour une Algérie sur la voie de l’effondrement

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Ce n’est pas du pessimisme ni de l’alarmisme. C’est la réalité que l’Algérie est en train de subir aujourd’hui et dans les prochains jours. Le prix du baril du pétrole a encore dégringolé aujourd’hui pour atteindre les 45 dollars, une chute totalement vertigineuse jamais égalée depuis 2017/2018.   A 45 le prix du baril, les pertes pour l’Algérie seront colossales et, désormais, l’effondrement économique du pays paraît inévitable. Explications. 

L’Algérie est un pays qui ne produit presque rien. Il dépend entièrement de ses importations depuis l’étranger qu’il doit payer en devises. Pour maintenir la paix sociale et couvrir les besoins de base de la population, l’alimentation en lait, en pain, en électricité et en énergie, etc., l’Etat algérien dépense directement 18 milliards de dollars par an. Les subventions indirectes accordées aux programmes de logement, la santé ou les prix du carburant aggravent cette addition jusqu’à 30 milliards dollars. Or, cette année 2020, avec l’effondrement des actuels prix du pétrole, l’Algérie ne pourra même pas gagner 20 milliards de dollars concernant ses exportations des hydrocarbures, à savoir le pétrole et le gaz. L’Algérie n’a qu’une seule source de devises : les exportations des hydrocarbures.

Les exportations hors hydrocarbures en Algérie ne dépassent même pas les 2,7 milliards de dollars. Elles n’ont aucun impact sur les équilibres financiers du pays. Etudions ensemble les chiffres. Les exportations algériennes ont atteint 35,82 milliards de dollars (mds usd) en 2019, contre 41,79 mds usd en 2018, enregistrant une baisse de 14,29%, si l’ont tient compte des statistiques publiées par la direction des études et de la prospective des Douanes algériennes.

En 2019, les exportations ont ainsi assuré la couverture des importations à hauteur de 85,43%, contre 90,22% en 2018. Les hydrocarbures ont représenté l’essentiel des exportations algériennes l’année dernière, soit 92,80% du volume global des exportations, en s’établissant ainsi à 33,24 mds usd, contre 38,87 mds usd, en 2018, enregistrant un recul de 14,48%. Ainsi, si en 2019 avec un prix oscillant entre 70 et 60 dollars le baril, l’Algérie a perdu plus de 5 milliards de dollars, soit un recul de presque de 15 % de ses exportations de pétrole et de gaz, en 2020 avec des prix inférieurs à 50 dollars, voire à 40 dollars dans les jours à venir à cause de l’épidémie du coronavirus, les pertes de l’Algérie vont triplé dans les meilleurs des scénarios. Pourquoi ? Parce que si en 2019, l’Algérie a pu exporter pour 33 milliards de dollars, en 2020 elle ne pourra jamais dépasser les 20 milliards de dollars en raison de la chute des prix du baril. Cela donc triple au mieux les pertes de l’Algérie et nos exportations ne pourront couvrir qu’à peine 55 % de nos importations. Une situation totalement inédite et dangereuse qui signifie que l’Algérie s’approche tout simplement de la faillite financière puisqu’à partir de 2012, les conséquences de ce choc pétrolier vont assécher les caisses de l’Etat et vider nos réserves de changes qui demeurent le seul matelas de secours de l’Algérie.

Et pour cause,  les exportations hors hydrocarbures, elles restent toujours marginales, avec 2,58 mds usd, ce qui représente 7,20% du volume global des exportations, contre 2,92 md usd, en baisse de 11,80%, durant la même période de comparaison. L’Algérie n’a donc aucune autre source de devises excepté ses réserves de changes qui vont s’épuiser beaucoup plus rapidement que prévu.

Si la chute de nos réserves de change devait atteindre les 50 milliards de dollars à la fin de l’année 2020, ses prévisions de la Banque d’Algérie vont s’avérer caduques puisque ses réserves vont chuter encore à moins de 45, voire 40 milliards de dollars et ses réserves ne pourront plus subsister d’ici 2021 surtout lorsqu’on sait que l’épidémie du coronavirus est partie pour durer jusqu’à  la fin de l’année 2020, préviennent de nombreux expertes internationaux. Cela signifie que le choc pétrolier va durer encore longtemps et se prolongera dans les mois à venir.

En 2022, l’Algérie n’aura plus le choix : recourir à l’endettement étranger et l’aide des institutions financières internationales. Retour donc à la case de départ de 1991 où l’Algérie avait bradé sa souveraineté en se conformant aux exigences du FMI et du Club de Paris, à savoir  groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement de pays endettés. Les créanciers du club de Paris leur accordent un allègement de dette pour les aider à rétablir leur situation financière.

L’endettement de l’Algérie au début des années 90 a humilié totalement les Algériens. En 1994, l’Algérie avait supplié le Club de Paris pour obtenir un prêt de 5,3 milliards de dollars avec lesquels elle avait financé les besoins alimentaires de la population algérienne.  2,7 milliards de dollars avaient été consacrés à l’importation de produits de base, 2 milliards de dollars à l’importation de produits de consommation.

Nos jeunes compatriotes ne le savent pas. La dette extérieure de l’Algérie avait atteint le montant de 29,4 milliards de dollars au 31 décembre 1994. Les créanciers publics, France, Italie et Etats-Unis en tête, représentaient les trois quarts de ce montant. La dette de l’Algérie avait atteint ensuite  32 milliards de dollars  en 1995 et  36 milliards en 1996.

En faillite et étouffée, l’Algérie avait mené de très dures négociations depuis juin 1994 pour conclure des accords de rééchelonnement afin de baisser sa dette et retarder son remboursement. En 1995, l’Algérie consacrait 85% des recettes à l’exportation, constituée essentiellement d’hydrocarbures, au remboursement de sa dette. Voila la situation que l’Algérie risque de revivre à partir de 2021-2022. Et pendant ce temps-là, le Président Tebboune et les actuels dirigeants algériens se montrent insoucieux et restent enfermer dans leur immobilisme qui paralyse tout le pays. Ni plan d’urgence, ni solutions de crise, ni plan de secours n’a été imaginé ou élaboré. Le président Tebboune et son équipe se préoccupent uniquement des problèmes politiques et ne consacrent jamais leur agenda à la concertation pour identifier des scénarios de résistance à la future faillite financière. De la pure inconscience que l’Algérie risque de payer cher, très cher.

 

 

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