Comment les « sbires » du général Belkecir et les réseaux du RND ont saboté un ambitieux projet touristique à Tipaza

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Qui se souvient de l’affaire du fameux projet touristique Taline à Tipaza ? Malheureusement, ni le Hirak, ni l’emprisonnement de plusieurs symboles de la corruption en Algérie, n’ont permis de relancer ce dossier qui cache jusqu’à aujourd’hui des vérités amères sur l’étendue alarmante de l’instrumentalisation des institutions de l’Etat algérien pour faire du chantage et arracher des pots-de-vin à des promoteurs algériens. 

Taline, c’est ce projet d’un village touristique situé sur les hauteurs du mont Chenoua. Le projet avait fait couler beaucoup d’encre ces trois derniers mois.  Avec ses chalets splendides construits à « l’américaine », ses espaces verdoyants et son aménagement écologique, le projet Taline avait suscité la ferveur des Algériens qui rêvaient de vivre dans un environnement aussi sain et civilisé. Plus de 1000 propriétaires ont acheté des parcelles de terrain pour participer à l’édification de ce village unique en son genre en Algérie. Chaque propriétaire devait s’engager à bâtir un chalet écologique conforme aux normes prescrites dans un cahier de charges établi au préalable par le promoteur de ce projet. Une vingtaine de chalets ont commencé à voir le jour sur les hauteurs de Tipaza surplombant la mer Méditerranée offrant ainsi aux visiteurs un panorama à couper le souffle.

Malheureusement, le rêve très rapidement tourne au cauchemar. Fin septembre 2017, la gendarmerie nationale s’empare de ce projet et le transforme par enchantement en un « scandale de corruption ». La section de recherches de la Gendarmerie nationale de la wilaya de Tipasa effectue une violente perquisition sur les lieux de ce village en procédant à l’interpellation d’une quarantaine de personnes dont des personnes mineures ! A  la suite des auditions des témoins et s’appuyant sur des « investigations », les gendarmes affirment avoir démantelé « une bande de malfaiteurs composée de 6 individus qui escroquaient leurs victimes en leur vendant des parcelles de terrain avec de faux papiers »

D’après les gendarmes, l »e réseau était spécialisé dans la vente de parcelles de terrain en utilisant de faux documents ». « Plus de 200 actes nuls de transfert de propriété ont été établis », accuse encore la Gendarmerie Nationale dans un communiqué qui avait fait le tour des médias algériens. Les 6 individus appartenant à ce réseau ont été présentés devant le procureur de la République qui les a déférés devant le juge d’instruction.

Mais cette version officielle a été soigneusement concoctée par les « sbires » du général Belkecir, le puissant ex-haut responsable de la gendarmerie nationale, qui ont voulu racketter tout simplement le promoteur de ce projet Mohamed Hadji. Au moment des faits, le général Ghali Belkecir était « au sommet de sa gloire » et venait d’accéder au poste de Chef d’état-major du Commandement de la Gendarmerie nationale. Ce qui lui permettra d’accroitre son pouvoir en Algérie et de renforcer ses réseaux qui lui permettent de racketter tous les hommes d’affaires qui lancent des projets financiers et immobiliers prestigieux au centre du pays. Avec son épouse, Fatiha Boukhers, l’ex-présidente de la Cour de Tipaza, le général Belkecir avait une impressionnante force de frappe que peu de hauts responsables du pays pouvaient égaler : actionner les brigades de la gendarmerie nationale et instrumentaliser la justice pour ses dessins affairistes.

Mais le réseau du général Belkecir comptait énormément d’autres « sbires » qui étaient à ses services à l’image d’un correspondant local du quotidien Ennahar et créateur d’un site web local appelé Tout sur Tipaza. Il s’agit du jeune Hamza Ben Ziane, un militant du RND et enfant chéri de l’ex-porte parole du RND, Sedik Chihab, l’un des cerveaux de la formation politique dirigée naguère par Ahmed Ouyahia et composant la colonne vertébrale du pouvoir algérien avec le FLN. 

Couvert par les responsables de la gendarmerie nationale de Belkecir, la justice de la Cour de Tipaza de madame Belkecir et des influents députés du RND, Hamza Ben Ziane a entamé dés septembre 2017 une propagande de dénigrement et de manipulation de l’opinion pour contraindre le promoteur Mohamed Hajdi d’accepter de payer les sommes qui lui exigeait le réseau du général Belkecir en guise de protection et de bénédiction sans laquelle le village Taline ne pourrait voir le jour.

Cette combine mafieuse va marcher à merveille puisque deux Walis de Tipaza vont rejoindre le réseau qui voulait racketter le promoteur du village Taline. Il s’agissait effectivement des anciens walis de Tipaza, Mustapha Layadi et Moussa Ghelai. « Ils m’ont exigé de prendre 50 % des participations de mon projet. Et lorsque j’ai refusé, ils ont tout orchestré pour me saboter en enclenchant à mon encontre la machine judiciaire. Ils ont confectionné des accusations totalement infondées en voulant me faire passer pour un trafiquant mafieux », avait confié en novembre 2017 Mohamed Hadji à Algérie Part dans une enquête qui avait suscité énormément d’indignation à travers l’Algérie. 

L’infortuné promoteur a été contraint de fuir le pays et de se réfugier aux Etats-Unis après un séjour de près de 6 mois en prison dans son pays natal où il voulait bâtir un projet écologique prometteur. Jusqu’à aujourd’hui, la justice algérienne n’a pu se libérer du joug des lobbys pour rouvrir ce dossier et punir les coupables qui ont saboté ce projet touristique. Les Belkecir sont tombés et ont fui à l’étranger. Les deux anciens Walis de Tipaza sont impliqués dans plusieurs affaires de corruption. Le conseiller instructeur près la Cour suprême a ordonné le 16 août 2019 le placement en détention provisoire de Ghelai Moussa dans le cadre d’une affaire impliquant Abdelghani Hamel, l’ex patron de la DGSN, et ses enfants. Mustapha Layadi a été entendu et convoqué par la justice le 17 mai 2019 pour la même affaire. Mais rien n’a été fait pour élucider l’affaire du village Taline.

Quant aux sbires du général Belkecir comme Hamza Ben Ziane, ils continuent de sévir à Tipaza dans l’impunité totale. Jusqu’à quand ?

 

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