Enquête exclusive. Comment un ancien sympathisant des groupes armés islamistes a instauré le népotisme et le favoritisme au sein d’une institution stratégique de l’Etat algérien

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L’Etablissement National de la Navigation Aérienne (ENNA) est l’un des premiers établissements stratégiques de l’Etat Algérien. C’est un organisme qui est chargé de l’exploitation de la sécurité du transport aérien algérien, un secteur névralgique et très sensible au regard de ses enjeux économiques et sécuritaires. L’ENNA demeure un organisme entièrement méconnu de l’opinion publique en Algérie. Jusqu’à aujourd’hui, Algérie Part est le seul média qui a publié des enquêtes et des révélations appuyées par des documents exclusifs concernant la mauvaise gestion et scandale de corruption ayant ébranlé en toute discrétion  l’ENNA. 

Il faut savoir que l’ENNA est un établissement public à caractère industriel et commercial public placé sous la tutelle du ministre des transports. Malheureusement, dans cet établissement sensible et stratégique, les critères sur lesquels sont basés les décisions de nomination des dirigeants de l’ENNA reposent sur le clientélisme, le favoritisme et la complaisance. Il s’avère ainsi qu’entretenir des amitiés louches ou des liens de parenté avec les responsables de la section syndicale de l’UGTA de l’ENNA est également un facteur qui favorise la promotion des cadres de cet établissement stratégique.

En effet, Khelifi Abderrahmane, l’actuel secrétaire général UGTA de l’ENNA, est considéré comme l’un des décideurs de l’ombre de l’ENNA. A titre d’exemple : une simple secrétaire proche de Khelifi Abderrahmane a été promue à un poste de chef de service bénéficiant  ainsi de 12 catégories d’un seul coup. Du jamais vu ailleurs dans les entreprises publiques algériennes. 

Il faut dire que Khelifi Abderrahmane, qui travaille à l’ENNA depuis le 19 avril 1980, a tissé une véritable toile d’araignée lui permettant de mettre en place un lobby qui nomme et dégomme les cadres de l’ENNA. Dans ce lobby, nous retrouvons LOURARI DJAMEL, Chef de département des Œuvres Sociale  et ancien Chef de département du Personnel à la Direction Générale, ROUAG BELABASSE, Auditeur et membre du CONSEIL d’Administration et vice-Président de l’actuel Comité de Participation de l’ENNA ainsi que BENYOUCEF REZKALAH, Président du comité de participation.

Ces dirigeants de l’ENNA portent un énorme préjudice à l’ENNA en raison de leurs agissements contraires à l’intérêt général et leur implication dans plusieurs dossiers de corruption. Ce lobby mis en place par Abderrahmane Khelifi a toujours été couvert par l’actuel DG de l’ENNA, Safir Youcef, et son staff ainsi que les anciens DG, à savoir HAMED ABDELOUAHAB, BENCHABANE HOCINE ,DAOUD LAKHDAR.

Il est à signaler que le sieur Abderrahmane Khelifi a été écarté au début des années 90 de l’ENNA en raison de ses accointances avec des éléments radicaux de la mouvance islamiste. En effet, entre 6 mai 1992 et le 3 avril 1993, Abderrahmane Khelifi était éjecté de l’ENNA en raison de ses positions radicales et relations troublantes avec des islamistes radicaux des groupes armés terroristes. Le 11 mars 1997, il a subi des sanctions disciplinaires pour ses nombreux écarts de conduite. Et quelques années plus tard, l’ancien islamiste radical fait croire à l’ENNA qu’il a changé et évolué. Petit à petit, il grimpe les échelons et entre dans les combines mafieuses et affairistes des hauts responsables de l’ENNA.

Et depuis tous les abus sont permis. A titre d’exemple, Abderrahmane Khelifi et ses acolytes poussent la direction générale de l’ENNA à nommer des cadres dirigeants incompétents et ne jouissant pas d’un niveau d’instruction supérieur alors que la convention collective ainsi que la loi du travail indiquent que les postes prévus par l’organigramme de la direction ne peuvent être octroyés qu’à des universitaires.

C’est aussi Abderrahmane Khelifi qui est derrière la promotion et carrière de son allié REZKHALAH BEN YOUCEF recruté au départ en tant qu’attaché d’administration, il a été promu au poste de chef de service et quelques années plus tard, il hérite d’un  poste  supérieur équivalant à un chef de département Assistant de Direction Principal  « ADP » alors que ce poste est considéré comme un « point de chute » des chefs de départements après la fin de leurs fonctions. Avec la bénédiction de son protecteur Abderrahmane Khelifi, Rezkhalah Ben Youcef se permet de  recruter au sein de l’ENNA trois  membres de sa famille à savoir son fils, son beau frères et sa femme !

Cette dernière est recrutée comme chargée d’études dans le corps administratif et promue après quelques années au poste de chargée d’études techniques principale catégorie 2 au CCR (centre de contrôle régional) de Oued Smar alors que ce poste demande une qualification technique, à savoir le diplôme d’ingénieur.

De son côté, le chef de département des œuvres sociales, à savoir LOURARI DJAMEL, un autre bras droit de KHELIF, a réussi son ascension fulgurante au sein de l’ENNA alors qu’il ne possède aucun niveau d’instruction.

Il a été recruté au départ comme » vaguemestre » (ramasseur de courrier). Mais il se voit rapidement propulser à la tête de la direction œuvres sociales avec comme objectif de permettre à ses alliés de profiter des avantages sociaux financés par l’ENNA, à savoir es voyages organisés, Omra, prêts pour les achats de véhicules, etc.

Les alliés et amis d’Abderrahmane Khelifi profitent ainsi des largesses des oeuvres sociales de l’ENNA  alors que les autres pauvres travailleurs doivent patienter durant des années pour bénéficier d’un crédit ou une quelconque aide financière. Il faut savoir que l’ENNA compte plus de 3500 travailleurs et le fonds des oeuvres sociales de cet établissement public est évalué à 3 % de la masse  salariale. C’est dire tout l’argent qui se retrouve entre les mains d’Abderahmane Khelifi et ses acolytes.

Comme le veut la tradition, LOURARI DJAMEL a  fait recruter plusieurs membres de sa famille au sein de l’ENNA. Il s’agit de sa femme, HAMZA NESRINE, et de son frère, HAMZA SALIM. Ce dernier a été recruté au départ comme un ordinaire agent de sécurité, mais actuellement il occupe un poste d’attaché d’administration principal au sein des œuvres sociales.

Même la sœur de LOURARI DJAOUIDA a profité de la générosité de l’ENNA puisque son mari BEGGOURE MOHAMED a été  recruté au début comme cuisinier et se retrouve promu très rapidement au poste de chef de service restauration.

Le beau frère de Lourari Djamel, un certain HAKIM BEN MESSAOUD, a été recruté lui aussi par l’ENNA, mais d’abord comme plombier. Il a été ensuite reclassé et nommé technicien supérieur chauffagiste après avoir gonflé son salaire avec des primes et touche, désormais, un salaire équivalant à celui d’un chargé d’études.

 

Par ailleurs, l’actuel chef de Service du centre médico-social de l’ENNA illustre lui-aussi toutes ces violations systématiques des lois en vigueur dans notre pays. Et pour cause, BOUDOUR ABDELHAK a occupé par le passé le poste  surveillant de nuit au CHU de PARNET, à savoir l’hôpital Nafissa Hamoud situé à Hussein Dey, tout en exerçant la journée au sein de l’ENNA ! Lorsque cette affaire a éclaté au grand jour en raison du caractère illégal de cette double-fonction, Abderrahmane Khelifa et l’UGTA ont exercé leur influence sur l’administration de l’ENNA pour étouffer le scandale. En toute illégalité, Boudour Abdelhak a été, par la suite,  promu en bénéficiant d’un poste de chef de service…

Pour finir, il est utile de signaler que le parrain de cette mafia institutionnalisée au sein de l’ENNA,  KHELIFI ABDERHAMANE, a lui aussi a fait recruter au sein de l’ENNA pas moins de  quatre de ses frères. Khelifi Abderrahmane  a recruté également une centaine de ses connaissances à travers tous les aérodromes de l’Algérie qui sont gérés par l’ENNA et ce afin d’assurer la pérennité de son pouvoir sur le poste de secrétaire général de l’UGTA et le poste de président du comité de participation de l’ENNA. Ces pratiques provoquent malheureusement depuis des années des pertes financières ainsi que de graves préjudices au fonctionnement de l’ENNA. Pendant ce temps-là,  le ministère des Transports et le Premier-ministère comme la Présidence de la République observent la décadence morale d’une institution névralgique de l’Etat sans bouger le petit doigt. Jusqu’à quand ?

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