Enquête Exclusive – Quel rôle a joué Abdelmadjid Tebboune dans l’enrichissement d’Ali El Hamel ?

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Originaire d’Adrar, Ali el Hamel, le très discret Vice-président FLN de l’Assemblée Populaire Nationale (APN), a bâti un véritable empire de plusieurs Milliards de DA, et ce en étant très proche d’un grand commis de l’Etat, promis alors à un avenir national : Abdelmadjid Tebboune.

En effet, lors de son passage à Adrar en tant que secrétaire général de la wilaya entre 1977 et 1979, et plus tard en tant que Wali entre 1983 et 1984, l’actuel Président algérien Abdelmadjid Tebboune, a eu tout le temps de se lier d’amitié avec le Tycoon Ali el Hamel.

Il faut savoir que Tebboune, alors qu’il venait d’être tout juste écarté du Ministère délégué à l’habitat en 1992, avait rejoint Adrar pour y fonder, en 1995, la société de négoce : Sud Développement Trading, puis une minoterie : Couscous et semoule du Sud.

Cette dernière existe depuis sous un autre nom : Groupe El Hamel Minoterie, Abdelmadjid Tebboune en a cédé le contrôle à el Hamel en 2001, alors qu’il était Ministre de l’habitat et de l’urbanisme…

Ali el Hamel avait d’ailleurs longtemps maintenu en place l’un des fils d’Abdelmadjid Tebboune, Salaheddine, à la tête de cette minoterie.

Pour la petite histoire, Tebboune redevenu Ministre de l’habitat entre Septembre 2012 et Mai 2017, Abdelwahid Temmar, son successeur, avait diligenté une enquête sur tous les anciens projets de l’actuel Président, notamment concernant l’attribution des chantiers des logements LPP et AADL aux entreprises étrangères.

Abdelwahid Temmar a été placé, en ce début de mois de Février 2020, en détention provisoire à la prison d’El Harrach par le juge d’instruction près la Cour suprême, accusé de plusieurs chefs d’inculpations du temps où, nous dit-on, il occupait entre 2015 et 2017 le poste de Wali de Mostaganem… Rancune personnelle ou hasard du calendrier judiciaire ? Nous n’avons pas pu répondre à ceux qui nous avaient posé cette question.

Ce que l’on sait par contre est que lors de son exil à Adrar, Abdelmadjid Tebboune s’était lancé dans le bâtiment et les travaux publics (BTP), en acquérant en 1998 la Société de Grands Travaux d’Infrastructures (GTI) aux côtés de Salaheddine Tebboune et d’un autre de ses fils, Fakhreddine Tebboune. Ce dernier, qui a managé la société jusqu’à sa radiation en 2009, est devenu directeur du développement d’une grande entreprise à capitaux qataris…Ooredoo.

Il y a encore quelques jours, Abdelmadjid Tebboune expulsait le PDG de cet opérateur de téléphonie mobile suite, selon certaines sources, à une grave accusation d’espionnage. D’autres y voient par contre l’influence du fils même de Tebboune, en congé spécial, et d’anciens cadres en quête de vengeance après leur limogeage. Nous y reviendrons.

Quelques mois avant la désignation d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de la Présidence de la République à la fin de l’année écoulée, El Hamel s’est mis en phase de déresponsabilisation totale de la gestion de son empire, au profit de membres de sa famille, principalement son frère Mokhfi el Hamel, et son épouse Kheira Daoudi.

En effet, l’oligarque quinquagénaire d’Adrar, fils de Sidi Moussa el Hamel et frère de l’autre député FLN Bounaama el Hamel, a depuis le début de l’année 2019, confié à l’un de ses proches, Sidi Aziz el-Hamel, la gestion de Nouvelle Agriculture Sidi Moussa (NASM) et Agriculture industrielle Sidi Moussa (AISM) dotée d’un capital de 832 millions de dinars, et qui toutes deux exploitent des dizaines de milliers d’hectares de terres dans la région d’Adrar.

NASM et AISM s’ajoutent à ses autres entreprises créées en 2015, dont l’Agricole Sidi Moussa d’Agriculture Moderne (ASMAM). Cette dernière avait été constituée avec… China Harbour Engineering Co (CHEC) pour exploiter 5 000 hectares de terres agricoles dans son fief d’Adrar, juste avant que le géant chinois ne décroche le marché de construction du port de Cherchell, pour 3,3 milliards $. Depuis ces projets agricoles sont tombés… à l’eau.

CHEC s’est alors désengagé d’ASMAM, mais une étrange holding hongkongaise, Huge Crown Development, en est toujours actionnaire. Notre enquête continue pour savoir qui est derrière cette société d’actions asiatique, même si nous avons déjà une petite idée.

Dans un autre registre, El Hamel Energies Renouvelables, une des entreprises de l’empire d’el Hamel, produit du verre destiné aux panneaux solaires et ce toujours en partenariat avec des intérêts chinois.

Cette usine de verre flotté d’une capacité de 500 tonnes/jour est basée à Tinerkouk, dans l’extrême nord de l’Adrar. Dans ce projet, el Hamel est encore en association avec les chinois de CTIEC (filiale de China National Building Material Co) et le groupe public algérien Divindus, qui était géré par les ex-Ministres Bouchouareb et la fameuse Djamila Tamazirt

Sidi Aziz el Hamel a par ailleurs pris la gestion d’El Hamel concassage de pierres et de Sidi Moussa Travaux Généraux et Promotion Immobilière.

Tout récemment, le 9 février 2020 pour être précis, Ali El Hamel a installé un nouveau gérant, Mohamed Ouled el-Bakai, à la tête d’une de ses sociétés, chargée de production et d’embouteillage de l’eau minérale Tazliza, même s’il en reste le propriétaire avec Kheira Daoudi, son épouse.

Le député de l’Adrar avait déjà confié les rênes de Sahara Gaz chargée de l’embouteillage de GPL pour le compte du groupe public Naftal, à Aziz Ansari, son associé dans la Société : Atelier Régional des Techniques Sahariennes (Arts), bureau d’ingénierie basé à Reggane qui a décroché auprès de la wilaya d’Adrar un contrat de contrôle des travaux de revêtement de la route entre la ville de Timiaouine dans l’extrême sud algérien, et les proches pays du Sahel.

Cimenterie d’Adrar

 

Pratique pour Ali el Hamel, qui avait inauguré, à la fin de l’année 2017, sa cimenterie d’une capacité de 1,5 million de tonnes/an, s’étendant sur une surface de 32 hectares dans la commune de Timektane à 260 km du chef-lieu de la wilaya d’Adrar, construite (une fois encore !) avec le chinois China Triumph International Engineering Company (CTIEC), pour un investissement de 21 milliards DA. La cimenterie exporte une partie de sa production vers les régions du Sahel… plus précisément à Agadès au Niger.

Pourquoi Ali El Hamel se désengage-t-il de la plupart de ses entreprises ? Ne pas faire courir de risques à son ami Tebboune ? Ou est-ce plutôt parce que ce dernier pense à lui ouvrir les portes de la présidence de l’APN ou du Sénat ? Nous n’en savons rien, mais ce qui est certain est que cette dernière question ne restera pas longtemps en suspens !

Nous avons tenté de joindre Ali El Hamel pour avoir sa version des faits repris dans notre article. En vain !

Le clientélisme, la corruption, l’achat de voix pour des mandats parlementaires avec l’argent de la prédation, la mainmise du politique dans les fortunes colossales amassées par des entrepreneurs, c’est ce que rejettent en partie les algériens en le criant, haut et fort, chaque Vendredi et chaque Mardi depuis une année dans les rues algériennes et d’ailleurs.

Les actuels dirigeants algériens seront-ils vraiment capables de répondre aux espoirs de ce magnifique peuple ?

Fabienne Outar

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