Documents exclusifs. Ces affaires pour lesquelles la justice algérienne a convoqué le DG du FNI et l’a placé sous contrôle judiciaire

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La justice algérienne ouvre enfin le dossier du Fonds National d’Investissement (FNI), la plus importante et stratégique institution financière en Algérie. Un juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed a convoqué la semaine dernière le Directeur général du FNI, HADDAD  Ahcène, pour l’auditionner dans plusieurs scandales de dilapidation de deniers publics ayant caractérisé la gestion de projets publics financés en grande partie par le FNI. Haddad Ahcène est ressorti en liberté provisoire du tribunal de Sidi M’hamed puisqu’il a été placé sous contrôle judiciaire et privé de son passeport. 

Selon nos investigations, ce haut responsable du FNI est impliqué dans les financements occultes accordés à plusieurs projets réalisés par la Société de l’investissement hôtelier (SIH) dirigée auparavant par Hamid Melzi, l’ex-patron de la Résidence d’Etat de Club-des-Pins, placé en détention à la prison d’El-Harrach depuis le 7 mai 2019. Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations des documents exclusifs qui retracent les tenants et aboutissants de ces projets étatiques financés par le FNI.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faudrait d’abord relater un peu le fonctionnement et l’importance stratégique du FNI. La Banque Algérienne de Développement (ex Caisse Algérienne de Développement) a été créée le 7 Mai 1963 par la Loi N° 63.165 du même jour. Sa mission principale était de participer au financement des investissements dont l’objectif était le développement économique de l’Algérie.

Entre 1963 et 1994, l’activité de la BAD était caractérisée par l’intervention directe de l’Etat dans le financement du développement économique public. L’année 1995 constitue une année charnière dans l’évolution de la BAD, Elle marque la fin de l’intervention de la banque dans le financement du secteur productif sur ressources budgétaires, d’où la nécessité fondamentale de restructuration de la banque après le désengagement du Trésor public.

Depuis 1999, la Banque a inscrit ses actions dans une perspective de restructuration et de son intégration dans le système bancaire national. Durant cette période elle verra son activité globale se détériorer à cause d’un management incompétent et d’une politique inadaptée aux évolutions modernes. L’Ordonnance N° 09-01 du 29 Rajab 1430, correspondant au 22 Juillet 2009, portant Loi de Finances Complémentaires pour 2009 en ses articles 55 et 56, complété par l’Article n° 37 de l’ordonnance N°11- 40 portant loi de finances complémentaire pour 2011, modifie la dénomination de Fonds National d’Investissement Banque Algérienne de Développement (FNI-BAD) en Fonds National d’Investissement (FNI).

Karim DJOUDI, alors Ministre des Finances, voulait doter l’Algérie d’un fonds stratégique semblable à celui de la Corée du Sud, il avait même initié la mise en place d’une mission regroupant plusieurs cadres du FNI, devant se déplacer dans ce pays qui faisait office d’exemple parmi les quatre dragons asiatiques.

10 ans après, le FNI n’a pas décollé, il reste moribond dans le paysage financier algérien, loin de l’outil moderne de financement des investissements espéré. Comme nous l’avions esquissé dans une de nos publications, le FNI, aujourd’hui se distingue par une opacité sur les comptes qui soulève de sérieuses questions et une léthargie suspecte face aux dérives de DJEZZY, ou d’AXA sur laquelle nous reviendrons dans une prochaine édition.

Concernant le premier dossier pour lequel le tribunal de Sidi M’hamed a lancé des investigations approfondies, nous avons récupéré au cours de nos investigations des documents exclusifs qui démontrent de nombreuses irrégularités commises dans la gestion des crédits bancaires octroyés par le FIN à la SIH. Des irrégularités dénoncées par des rapports détaillés et des correspondances officielles de plusieurs directions du FNI. Malgré cela, les hauts responsables du FNI ont obtempéré à des injonctions téléphoniques des autorités politiques et à leur tête les anciens premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia pour continuer à fermer les yeux sur les dépenses injustifiées ou douteuses pour ne pas dire illicites de la SIH.

A titre d’exemple, à Constantine, la S.I.H a réalisé l’hôtel Marriott qui faisait jusqu’à 2019 60 milliards de centimes de recettes par an. Les études de réalisations de ce palace  5 étoiles ont été achevées en avril 2012. La SIH a conclu un partenariat avec la chaîne Marriott, groupe hôtelier américain spécialisé dans l’hôtellerie de luxe. Un investissement de l’ordre de 9 milliards de DA, à savoir plus de 90 millions d’euros à l’époque, a consenti pour construire cet hôte de luxe. Et ce financement provient essentiellement des caisses du FNI.

Or, les documents en notre possession relèvent plusieurs anomalies et pratiques opaques dans la gestion de contrat de prestation de service entre la SIH et la chaîne « Mariott ». Absence des procès-verbaux, absence de cachet de domiciliation bancaire sur des copies de contrats, des factures incomplètes ou irrégulières, des frais ou des commissions enregistrées à la charge du projet au lieu de les imputer aux fournisseurs, des montants gonflés et douteux, bref, des rapports internes obtenus par nos soins démontrent de nombreuses violations réglementaires qui peuvent donner lieu à des détournements de deniers publics. Ces rapports n’ont jamais donné lieu à des correctifs ou des remises en cause des crédits ou financements accordés par le FNI aux projets de la SIH. Pourquoi ? Parce que tous les hauts responsables du FIN, le DG comme le secrétaire général et les autres membres du conseil de gouvernance du FNI n’ont jamais voulu désobéir aux injonctions venues des décideurs politiques du gouvernement Sellal ou Ouyahia.

Ils ont préféré accepter le diktat politique au lieu de veiller sur l’utilisation juste et saine des financements publics accordés à des projets stratégiques pour le développement local et national.

Un autre de nos documents démontrent que le FNI avait bel et bien découvert que la SIH lui demandait de financer en 2013 des dépenses onéreuses totalement excentriques qui n’ont absolument aucun lien avec une quelconque activité économique créatrice de richesses ou d’emplois. En effet, notre document affirme qu’en juillet 2012, l’argent des financements du FNI, consacré préalablement à la réalisation de l’école hôtelière d’Alger, allait servir à acheter des voitures de luxe de type Polo Sport ou couvrir les frais de mission au Canada, Chine, Espagne, Portugal ou Suisse.  Là encore, après avoir refusé de débloquer les sommes conséquentes réclamées par la SIH, les responsables du FNI vont finir par céder à la suite d’une injonction du premier-ministre ou une instruction verbale d’un fonctionnaire du cercle occulte du Palais Présidentiel d’El-Mouradia. C’est dire enfin que monsieur Haddad Ahcène et ses collaborateurs à la tête du FNI ont transformé un fonds d’investissement public en une caisse privilégiée au service des décideurs influents choyés par le clan présidentiel des Bouteflika. La justice doit faire son travail et traiter ces scandales dans les plus brefs des délais.

 

 

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