Révélations. Le nombre des prisonniers a dépassé les 90 mille détenus en Algérie : des prisons vétustes, des moyens inexistants et des conditions inhumaines

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L’Etat algérien a dépensé beaucoup d’argent ces 10  dernières années pour construire de nouvelles prisons, a-t-on appris au cours de nos investigations. Depuis 2009/2010, un programme de construction de 81 nouvelles prisons a été lancé par l’Etat algérien. Ces prisons devaient remplacer les anciennes prisons héritées de l’époque coloniale ou ottomane. 

Oui, il faut savoir qu’il y a encore en Algérie près de 50 prisons qui datent de l’époque du colonialisme français ou la présence ottomane à l’image de la prison d’El-Harrach, la plus célèbre prison de la capitale Alger. Selon nos investigations, ces vieilles prisons algériennes ne peuvent plus faire face à l’augmentation vertigineuse de la population carcérale. Si en 2008, il y avait 59 mille détenus, en 2020, l’Algérie compte plus de 90 mille prisonniers. Une énorme surcharge et un nombre anormalement élevé. Preuve en est, l’Algérie compte beaucoup plus de prisonniers qu’un pays comme la France qui enregistre près de 84 mille prisonniers. En Allemagne, un pays de plus de 82 millions d’habitants, la population carcérale ne dépasse pas les 50 mille prisonniers.

L’Algérie a dépassé également son voisin le Maroc où 85.767 personnes sont incarcérées. Il y a donc beaucoup, mais beaucoup trop de prisonniers en Algérie. Et pour faire face à cette surpopulation carcérale, les autorités algériennes ont besoin de plus de 150 prisons. Et les 81 nouvelles prisons n’ont pas été toutes réceptionnées. Ce qui créé une situation de chaos dans les prisons algériennes surchargées comme la vieille prison d’El-Harrach. Un chaos entretenu par un terrible manque de moyens logistiques et financiers. En effet, selon nos investigations, le budget de l’administration pénitentiaire en Algérie ne dépasse pas les 5 milliards de Da, à savoir l’équivalent d’à peine 50 millions d’euros. Un budget largement insuffisant pour gérer les besoins de 90 mille prisonniers, notent nos sources.

Avec de tels moyens, il est impossible de réunir des conditions carcérales qui garantissent le respect de la dignité humaine. Entre 2008 et 2014, l’Union Européenne a aidé les autorités algériennes à mener le « Programme d’appui à la réforme du système pénitentiaire en Algérie ».  Doté d’un budget de l’UE de 18,5 millions d’euros, ce programme de réformes a permis de moderniser un tant soit peu l’administration pénitentiaire algérienne. Mais l’augmentation vertigineuse des peines de prison ferme et l’accroissement de la population carcérale cause toujours problème et une grande partie des détenus algériens ne bénéficie pas de ce travail nécessaire de réinsertion.

Début décembre 2019, le ministre de la Justice, Garde des sceaux, Belkacem Zeghmati a nommé Bourbala Fayçal au poste de Directeur général par intérim de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, en remplacement de Mokhtar Felioune qui a monopolisé cette fonction durant des années. Bourbala Faycal a été vanté par Zeghmati comme étant un profil doté de compétences avérées et d’intégrité morale irréprochable.

Bourbala a rejoint, en 1996, le corps de la justice où il a occupé le poste magistrat au tribunal d’El Harrach avant d’être nommé juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed suivi de celui de Médéa. En 2003, il est nommé directeur adjoint du recrutement et de la formation à la direction générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion. En 2008, il est nommé directeur de la recherche et de la réinsertion sociale et membre de la commission de l’aménagement des peines jusqu’à 2014, avant d’être nommé, en octobre dernier, inspecteur général par intérim des services pénitentiaires.

Depuis son arrivée aux commandes, Bourbala peine à convaincre et de nombreuses tensions ont éclaté entre lui et les directeurs de certaines prisons stratégiques comme le directeur de la prison d’El-Harrch, Zerb Said. Un programme de remplacement des directeurs de prison est en cours d’élaboration. Mais concernant l’amélioration des conditions de détention et l’humanisation des prisons algériennes, rien encore de concret n’a été fait.

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