Décryptage. Le déclin dangereux de la production pétrolière et gazière en Algérie : les chiffres cachés que personne ne veut donner aux Algériens

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C’est un sujet tabou sur lequel les autorités algériennes ne veulent absolument rien dire. Et pour cause, ce dossier est très sensible et démontre que l’Algérie s’appuie sur des piliers qui sont en train de s’effondrer. En effet, l’Algérie subit depuis 2008 un inquiétant et dangereux déclin de la production pétrolière et gazière. C’est ce qui explique la baisse continue des revenus de devises de notre pays et son plongeon dans la crise financière. 

La vérité est amère, mais le pouvoir algérien ne veut jamais le reconnaître : il y a de moins en moins de pétrole et de gaz en Algérie. En avril 2018, l’OPEP a confirmé dans son rapport que la production pétrolière algérienne a baissé de plus de 70 mille barils de pétrole par jour. L’Algérie depuis 2018 produit moins de 1 million de barils par jour. Plus exactement, en 2018 l’Algérie a produit 966 mille barils par jour. Jamais depuis plus de 30 ans, la production pétrolière de l’Algérie descend sous la barre d’un million de barils par jour.

Le pouvoir algérien fait de son mieux pour contrecarrer la médiatisation de cette vérité sur la baisse de la production pétrolière algérienne. Sur plusieurs sites boursiers internationaux, les autorités algériennes continuent de communiquer le chiffre d’une production journalière de 1,2 million de barils. Ce qui est totalement faux et ne correspond pas du tout à la réalité du terrain de l’exploitation des hydrocarbures de notre pays, a-t-on pu confirmer auprès de plusieurs hauts responsables et cadres dirigeants de Sonatrach.

D’ailleurs, la Sonatrach n’a publié aucun rapport annuel depuis 2017. Ce qui démontre une volonté manifeste de dissimuler les véritables chiffres sur la production des hydrocarbures de notre pays. Oui, personne à la Sonatrach ne veut parler ou expliquer le déclin de la seule richesse qui nous procure des devises précieuses à notre pays.

Mais de quoi a peur la Sonatrach ? Il n’y a plus en Algérie de grande découverte majeure scientifiquement et économiquement prouvée depuis au moins de 10 ans. En plus, il faut compter au moins 10 longues années pour exploiter un gisement de gaz ou de pétrole en Algérie. Le développement d’un champ de pétrole ou de gaz coûte 40 % plus cher en Algérie par rapport aux autres pays gaziers ou pétroliers. C’est cette réalité qui fait mal aux dirigeants de la Sonatrach et au ministère de l’Energie.

Les chiffres ne mentent pas et il est difficile de les manipuler à sa guise. Prenons le cas de la production gazière,  elle a baissé d’au moins en 2019 de 5 milliards de m3 attendue cette année alors que la consommation algérienne, elle, continue de croître (+ 2 milliards de m3). En 2019, les ventes de gaz algérien à l’Europe ont baissé de 25 %.

Pour nos clients traditionnels européens, le gaz algérien est devenu plus cher que le gaz russe. La perspective de doublement du gazoduc russe Nordstream n’est pas de bon pour l’Algérie qui risque de perdre prochainement sa place de troisième fournisseur de l’Europe. Preuve en est, le site spécialisé Interfaxenergy a révélé récemment que  « l’Algérie rencontre des problèmes pour renégocier ses contrats de GNL à long terme indexés sur le pétrole. Il avait sept de ces contrats en 2018, qui devaient tous expirer d’ici la fin de 2024 ». De ce fait, la même source a estimé que « la forte baisse des exportations de gazoducs algériens vers les acheteurs européens est là pour durer ».

En effet, l’Algérie a renégocié les contrats de pipeline avec Naturgy, Eni, Enel, Galp Energia, Edison et Engie depuis la mi-2018. Cependant, aucun de ces contrats ne va au-delà de 2030. De plus, plusieurs de ces acheteurs ont réduit les volumes d’adhésion aux termes des contrats. Eni a réduit son volume à 9 milliards de mètres cubes par an, contre 19,5 milliards de mètres cubes par an, tandis qu’Enel et Edison ont également réduit de moitié leurs engagements contractuels.

Les livraisons de gazoducs de l’Algérie à l’Europe se sont élevées à 20,8 milliards de mètres cubes en 2019, soit une forte baisse d’une année sur l’autre d’environ 35%. Les baisses annuelles des exportations vers l’Italie et l’Espagne ont atteint respectivement 38,5% et 31% l’an dernier. En effet, si la Sonatrach a résisté aux appels des acheteurs européens pour réduire la domination de l’indexation du pétrole dans les contrats à long terme existants pour son gaz canalisé, mais les clients souhaitent une part beaucoup plus importante du lien avec les prix des hubs de gaz européens. Pendant ce temps, l’Algérie a envoyé 16,33 milliards de m3 de gaz sous forme de GNL en 2019, beaucoup plus que le volume de gazoduc qu’elle a fourni à l’Italie ou à l’Espagne. Cela contrastait fortement avec la situation de 2018, lorsque les exportations totales de GNL de l’Algérie dans le monde étaient inférieures à la quantité de gazoduc qu’elle a fourni à l’Italie ou à l’Espagne.

Depuis 2019, la baisse des exportations par gazoducs (- 10 milliards de m3) va donc durer dans les années à venir. Ce qui va causer un énorme manque à gagner pour l’Algérie et la défection de ses clients s’explique par sa chute drastique de la production gazière.  Même phénomène pour le pétrole, la production algérienne dépasse à peine 1 million de barils par jour, un plongeon de 40 % depuis 2008.

Et les investisseurs internationaux continuent de bouder l’Algérie. Seuls 20 % des appels d’offres ont trouvé preneur depuis 2008. Et jusqu’à aujourd’hui, la nouvelle Loi sur les Hydrocarbures votée et adoptée en novembre 2019 n’a toujours pas changé ces données alarmantes. Cette réalité amère, les hauts responsables algériens tentent  de l’étouffer coûte que coûte. Une réalité qui prouve plus que jamais la nécessité absolue d’un changement urgent en Algérie pour la sauver d’une faillite certaine.

 

 

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