Complots, manipulations et lettres anonymes : climat de guerre et de tension au sein du secteur des hydrocarbures en Algérie

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Depuis l’avènement du Hirak, le 22 février 2019, le secteur des hydrocarbures en Algérie est en proie à des tensions internes qui se sont aggravées depuis le début de cette nouvelle année 2020. L’instabilité du pays a fourni le prétexte à des clans politiques qui se sont constitués pour imposer leurs agendas au gouvernement et à la direction générale de Sonatrach. 

Trois lobbys ont vu le jour dans ce contexte bouillonnant et s’entredéchirent pour s’approprier les postes les plus stratégiques de Sonatrach, le poumon économique du pays, et le ministère de l’Energie. Le premier lobby est composé par les anciens hauts cadres et dirigeants de Sonatrach ayant accompagné l’ex-PDG de Sonatrach, Amine Mazouzi, dans sa gestion hasardeuse et peu efficace de la compagnie nationale des hydrocarbures entre 2015 et 2017. Ces anciens cadres écartés depuis mars 2017 lors de l’arrivée d’Abdelmoumen Ould Kaddour sont assoiffés de pouvoir et de revanche car ils ont perdu beaucoup de privilèges qu’ils avaient cumulé dans l’impunité totale à l’époque d’Amine Mazouzi, un PDG transparent, très influençable que ses collaborateurs peuvent diriger selon les besoins de leurs agendas.

Le deuxième lobby, ou clan, est composé par des hauts responsables du ministère de l’Energie qui profitent de la faiblesse des compétences de l’actuel ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, pour tisser leur toile d’araignée et imposer leurs décisions sur le secteur le plus névralgique du pays. Ces hauts responsables opportunistes sont l’actuelle secrétaire générale du ministère de l’Energie, Fatma-Zohra Chorfi, ou Mustapha Hannifi, le Directeur Général Hydrocarbures (DG HYD) du ministère de l’Energie. Ce dernier est réputé pour son indiscipline et ses rebellions successives contre les ministres du secteur qui veulent le rappeler à l’ordre à cause de ses positions intempestives dans certains projets stratégiques.

En 2016, Mustapha Hannifi a été relevé de ses fonctions, mais il a été rapidement réhabilité par l’ex-ministre de l’Energie, Nourredine Bouterfa qui lui avait même restitué son mandat d’administrateur au sein de la Sonatrach.

Tout un lobby s’est constitué autour de Mustapha Hannifi pour l’imposer à la tête de Sonatrach dés le départ d’Abdelmoumen Ould Kaddour. Mais ce plan va échouer et Mustapha Hannifi sera désavoué et restera au ministère de l’Energie. Mais comme Fatma Zohra Chorfi qui multiplie les manoeuvres pour assurer son maintien et préserver ses intérêts, Mustapha Hannifi poursuit son lobbying pour obtenir un poste stratégique qui lui assurera un redécollage de sa carrière. Et après avoir échoué à conquérir la direction générale de Sonatrach, Hannifi et ses partisans lorgnent maintenant le poste de ministre de l’Energie qui fait l’objet de toutes les spéculations à cause du bilan médiocre et le manque de charisme de Mohamed Arkab, affaibli face à tous ces lobbys qui noyautent son ministère.

Le troisième lobby ou clan est constitué enfin des collaborateurs et vice-présidents de Sonatrach désignés par Abdelmoumen Ould Kaddour lorsque ce dernier avait dirigé Sonatrach entre mars 2017 et avril 2019. Ces hauts responsables se battent pour leur survie face aux attaques successives de leurs adversaires qui veulent les dégommer pour prendre leurs places et leurs privilèges. Et pour gagner la « guerre », chaque clan ou lobby sort ses dossiers, diffuse des informations scandaleuses ou tentent d’influencer le gouvernement et le Palais présidentiel d’El-Mouradia.

A titre d’exemple, pour saboter le PDG de Sonatrach, Kamel Eddine Chikhi, les lettres anonymes ont plu sur le bureau du premier-ministre, Abdelaziz Djerad. Mustapha Hannifi a activé ses réseaux au sein du pouvoir grâce à l’un de ses amis qui est actuellement conseiller du Premier-ministre. Ces manoeuvres atteignent leur but : Chikhi est décapité et il doit quitter ses fonctions. La Sonatrach s’enfonce dans l’instabilité. Et tout le secteur des hydrocarbures patine : ni projets majeurs, ni investisseurs étrangers qui veulent s’implanter dans notre pays. Au contraire, ceux qui sont déjà sur place veulent partir et le contexte politique actuel leur fait peur. British Petroleum veut cesser son partenariat avec Sonatrach et cherche des acquéreurs pour ses parts, dans l’usine de gaz naturel d’In Amenas, d’un montant évalué à 2 milliards de dollars.

Une très mauvaise nouvelle pour notre pays qui risque de décourager tous les autres investisseurs qui ont consenti à des efforts financiers pour explorer et exploiter dans notre pétrole ou gaz. Cette guerre de clans va finir par causer un préjudice inqualifiable. Tous les Algériens doivent connaître cette vérité.

 

 

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