Documents exclusifs. Comment les dirigeants d’Air Algérie et Ouyahia ont voulu « détourner » le marché de la construction du nouveau siège de la compagnie au profit d’une société étrangère

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Air Algérie, une société déficitaire et proche de la faillite mais qui va s’offrir un nouveau siège flambant neuf qui vaut plus de 83 millions d’euros. Ce dossier suscite de nombreuses interrogations car le projet du nouveau siège d’Air Algérie dans le quartier d’affaires de Bab Ezzouar est bloqué depuis 2009. Les travaux ont redémarré au début de cette nouvelle année 2020. 

Selon nos investigations, le nouveau siège d’Air Algérie va lui coûter pas moins de 86 millions de dollars. Air Algérie a déjà versé presque 40 % de cette somme à la Société d’Investissement Hôtelière (SIH), dirigée pendant de longues années et jusqu’à avril 2019 par Hamid Melzi, l’ex-patron de la Résidence d’Etat de Club-des-Pins. Un protocole a été signé au mois de février 2019 entre la SIH et Air Algérie pour la relance des travaux de construction du nouveau siège de la compagnie aérienne nationale.

Mais nous avons découvert de nouveaux éléments au cours nos investigations. La première vérité que nous avons appris sur ce dossier est que la réalisation du siège ne sera pas du ressort de la SIH, comme cela a été claironné à maintes reprises par la Direction Générale d’Air Algérie, mais du ressort d’une entreprise étrangère.

Il s’avère que dans ce projet, comme dans beaucoup d’autres, la SIH est un intermédiaire pur et simple avec lequel Air Algérie a signé un contrat de gré à gré de 10 Milliards de Da, qui a été sous-traité (en devises), dans sa quasi-totalité, à une entreprise chinoise.

La manœuvre secrète et douteuse du PDG d’Air Algérie a été de faire croire que la SIH étant une entreprise publique, la conclusion d’un contrat de gré à gré avec cette entreprise ne pouvait donc pas poser  de problème comme en témoigne le document exclusif obtenu par nos soins et portant la référencé N°779 du 12 septembre 2018 du Premier Ministre avec copie au Président de la République.

Ainsi, on peut considérer que procédure de passation de marché d’Air Algérie a été contournée malhonnêtement d’autant plus que la direction générale  d’Air Algérie a été jusqu’à faire croire que la SIH avait été mise en concurrence avec COSIDER, la plus importante entreprise de travaux publics dans le secteur des BTP. Ce qui est totalement faux puisque COSIDER avait fait une offre informelle deux ans avant l’intrusion de la SIH dans ce projet. En tout état de cause, pourquoi se contenter de deux offres pour un si grand projet ? Pourquoi ne pas avoir lancé un appel d’offres national et international en toute transparence comme le dicte les dispositions du code des marchés publics en Algérie ? Il est à noter que la direction générale d’Air Algérie n’a jamais été capable de fournir la preuve qu’une consultation a été lancée en 2017-2018 pour choisir une entreprise pour la réalisation de son siège.

Et pour cause, la combine était tellement flagrante que la Commission des marchés de l’entreprise a décidé, à l’unanimité de ses membres, de se démarquer de cette opération et s’est déclarée incompétente pour l’examen du dossier en question que le PDG voulait absolument faire valider par la commission afin de se couvrir. Le document exclusif retraçant le PV de la réunion de cette commission au 31 janvier 2019 valide nos informations :

Aujourd’hui, la direction générale d’Air Algérie confrontée aux enquêtes qui seront diligentées prochainement pour établir les dessous de ce dossier troublant, clame partout qu’elle avait obtenu l’accord de l’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia pour conclure avec la SIH alors que son Ministre de tutelle, le ministère des Transports, avait demandé le lancement d’une consultation en bonne et due forme.

En vérité, nous avons découvert également au cours de nos investigations que c’est l’actuel PDG d’Air Algérie, Bakhouche Allèche qui avait sollicité avec insistance cet accord d’Ahmed Ouyahia alors que cette décision ne relevait pas directement de ces prérogatives.

Le nouveau siège d’Air Algérie cache donc d’autres considérations politiques et affairistes inavouées. Des lobbys au sein du pouvoir algérien ont voulu à tout prix attribuer ce marché à l’entreprise chinoise qui a fait main basse sur tous les projets publics que la SIH réussissait à obtenir de gré à gré grâce à la complicité des maîtres d’ouvrages et la bienveillance des décideurs politiques. Il s’agit en l’occurence de la société China State construction ENRG (CSCEC) qui avait remporté auparavant la construction de la Grande Mosquée d’Alger pour plus de 1,5 milliard de dollars, le Centre International des Conférences (CIC) de Club-des-Pins à plus de 500 millions d’euros ou la réalisation de la nouvelle ville universitaire de Constantine (520 millions de dollars) ainsi que la nouvelle aérogare internationale de l’aéroport Houari Boumediene d’Alger (550 millions de dollars). Il s’agit d’une société totalement choyée en Algérie et qui a pu accéder à tous les plus gros marchés publics. Sur l’international, elle est présente fortement  que dans deux pays en Afrique : l’Algérie et le Nigéria. Deux pays touchés de plein fouet par le fléau de la corruption.

Pour revenir à notre dossier, l’Ordre de Service (ODS) a été notifié à la SIH le 17 février 2019 et une avance conséquente du 40% du montant de ce futur siège à Bab Ezzouar a été réglée par Air Algérie alors que les travaux viennent tout juste d’être entamés, soit plus de 09 mois de retard. Où est donc l’efficacité tant vantée de la SIH ? Actuellement les travaux sont à l’arrêt. Faut-il rappeler que l’un des prétendus critères de choix a été le délai de réalisation de l’ouvrage avancé par la SIH.

Nous osons espérer que les enquêteurs des services de sécurité ou de la justice algérienne pourront avoir accès à tous les documents pertinents, notamment ceux relatifs aux délibérations de la commission des marchés, et sauront démontrer que cette affaire est une véritable entourloupe concoctée par les responsables cités plus haut qui, à l’exception du PDG d’Air Algérie, croupissent tous en prison.

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