Le fleuron de l’électroménager algérien se meurt sous nos yeux et cesse ses activités le 2 février : Il faut sauver « le soldat ENIEM » !

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A l’heure où les dirigeants algériens spéculent et pérorent sur les perspectives du pays, des milliers de travailleurs algériens sont livrés à la misère sociale et le chômage. Les entreprises les plus importantes du pays sont menacées par faillite et le nouveau gouvernement de Tebboune s’avère incapable de répondre aux urgences socio-économiques du pays. L’Algérie plonge de jour en jour dans une dangereuse décadence financière et économique qui peut la mener vers une instabilité sociale des plus inquiétantes pour son avenir. 

L’exemple parfait qui illustre cette amère vérité s’appelle l’ENIEM, une entreprise publique et l’un des fleurons de l’industrie de l’électroménager algérienne, qui compte plus de 2000 employés, est tout bonnement menacée de faillite ! Et personne au plus haut sommet du gouvernement ne dit un mot sur cette situation catastrophique. L’entreprise publique s’est dite contrainte d’aller vers un arrêt technique de ses activités à compter du 2 février prochain.

Dans une note signée par son P-dg, Djilali Mouazer, et dont une copie a été remise à la presse algérienne, la Direction générale de l’ENIEM a informé ses travailleurs que « l’employeur et le partenaire social se voient contraints de convenir d’un arrêt technique d’activité à partir du 22 février prochain, et ce, conformément à la convention collective de l’entreprise. »

Selon le document, la décision a été prise mardi lors d’une réunion du conseil de direction élargie aux membres du Bureau du comité de participation, tenue au siège de la Direction générale afin de débattre de la situation prévalant au sein de l’entreprise relative à la production et aux approvisionnements. Selon la note, trois solutions sont proposées aux travailleurs pour gérer l’arrêt technique des activités de l’entreprise publique, à savoir l’épuisement des reliquats des congés annuels, l’anticipation sur le congé annuel 2019/2020 et, comme ultime solution, aller vers un chômage technique.

L’arrêt technique des activités fait suite au non « aboutissement » des démarches entamées par l’ENIEM auprès des organismes financiers pour trouver solution à ses difficultés financières.

« Toutes les démarches effectuées par l’entreprise auprès de la Banque extérieur d’Algérie (BEA) et de la tutelle pour débloquer la situation financière de l’entreprise afin d’assurer les approvisionnements nécessaires à l’activité production, demeurent à ce jour sans suite, et ce,  malgré le plan de charge ambitieux présenté par l’entreprise », a-t-on expliqué. Selon la note, « cette situation a provoqué une rupture de stocks et des collections CKD. Pour ce qui est des approvisionnements déjà placés, ils seront réceptionnés à partir de la seconde quinzaine de mars prochain, et ne couvrent que quelques journées d’activité », a-t-on précisé.

La  situation d’arrêt technique des activités a été déjà vécue par l’ENIEM en juillet dernier, lorsque, faute de délivrance d’une licence d’importation de la matière première nécessaire au maintien de ses activités de fabrication, la Direction générale s’est retrouvée contrainte de mettre en congé ses travailleurs le 2 juillet dernier, et ce, durant presque un mois. La situation avait été débloquée après l’intervention du ministère de l’Industrie et des mines, lequel a accordé le 23 juillet la licence d’importation et d’exploitation de la matière première (les collections CKD/SKD) pour le montage d’appareils électroménagers. Les activités (l’approvisionnement de la  matière première) de l’entreprise publique avaient été reprises, début août dernier.

Il faut savoir que l’ENIEM mène des négociations depuis des mois pour l’octroi d’une aide de l’Etat pour accorder à l’entreprise un fond de roulement d’exploitation. « Nous avons mis en place les garanties nécessaires pour bénéficier d’une ligne de crédit d’exploitation importante. Nous avons besoin d’un fond de roulement consistant pour concrétiser notre stratégie de partenariat et commerciale, qui est très ambitieuse », a fait savoir le 16 janvier dernier le PDG de l’ENIEM.

C’est dire que l’ENIEM est en danger de mort à cause de l’absence d’une réaction sérieuse et positive de la part de l’Etat algérien.  L’ENIEM comprend cinq unités : la commerciale qui s’occupe de la commercialisation des produits et définit les besoins par apport au marché. Elle est dotée d’un service après-vente qui compte 160 agents agréés à travers le territoire national. La deuxième unité est celle du marketing commercial. S’ajoutent à ces deux là trois unités de production au niveau du complexe Oued Aïssi qui sont le froid, avec une intégration de 80%. Elle renferme une trentaine de produits.

Quant à l’unité de climatisation spécialisée dans le montage, elle tourne à 20% d’intégration. Elle compte quelque 10 produits, climatiseurs, radiateurs à gaz naturel, chauffe-eau, machines à laver, etc. L’unité cuisson (cuisinières) qui compte sept modèles de produits tourne presque à 100% d’intégration. L’ENIEM dispose aussi d’une unité de prestations techniques pour soutenir les autres unités de production. Cette unité s’occupe aussi de gérer et d’assurer la sécurité du personnel et l’entretien des équipements. L’entreprise publique dispose d’un atelier de fabrication de certaines pièces et accessoires pour les produits que nous montons ou fabriquons au sein de cette unité.

Les difficultés de l’ENIEM remonte à 1999 à cause de la dévaluation du dinar à cette époque-là qui a eu une incidence directe sur l’activité. Cette entreprise publique basée dans la wilaya de Tizi-Ouzou a connu un assainissement en 2009 qui a permis l’effacement de la dette. De 2010 à 2016, ellle a enregistré une stabilité dans le chiffre d’affaire et la production. En 2011, il y a eu un plan de développement de l’ordre de deux milliards de dinars destiné spécialement à l’entretien des équipements et à l’acquisition de nouveaux équipements aux fins de diversifier la production.

Malgré des départs à la retraite et la rude concurrence du secteur privé, l’ENIEM a tenu bon en conservant de belles parts de marchés estimées à 30%. Pour la machine à laver, l’ENIEM a conservé entre 8 à 10% de parts de marchés. La climatisation 25%, le froid 30%. L’ENIEM est donc l’incarnation de l’entreprise algérienne publique qui lutte, résiste et progresse en dépit de toutes les difficultés. Elle ne contente pas de consommer les budgets de l’Etat pour payer des salaires. Elle tente  d’innover et de se frayer un chemin dans cette économie algérienne déstructurée. Assister à sa mise à mort sans réagir est un véritable crime et un déshonneur. Il faut sauver le soldat « ENIEM ». Le nouveau gouvernement de Tebboune sera condamné par l’histoire s’il laisse un tel fleuron mourir sous nos yeux.

 

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