Documents exclusifs. Comment le général Belkecir a sacrifié des petits employés pour protéger des ministres et des hauts responsables

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Algérie Part a obtenu des documents exclusifs au cours de ses investigations qui démontrent que l‘ancien commandant de la gendarmerie nationale, le général Ghali Belkecir, a entièrement bâclé l’enquête confiée à ses services concernant les marchés publics du transport universitaire. L’ex-patron de la gendarmerie nationale a omis volontairement plusieurs éléments accablant des hauts responsables et des ministres du gouvernement dans le seul but de permettre l’incarcération provisoire des petits salariés de l’office national des oeuvres universitaires (ONOU). Des petits fonctionnaires pour protéger les hauts responsables influents du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la recherche scientifique. 

Il est de notoriété publique que le marché des transports estudiantins a été octroyé presqu’en exclusivité depuis plusieurs années par les autorités algériennes à l’homme d’affaires et milliardaire Mahieddine Tahkout. Cette domination n’aurait jamais été possible si le cahier des charges imposé à l’ONOU par leurs supérieurs hiérarchiques au ministère de l’Enseignement Supérieur n’avait pas été en faveur du groupe privé Tahkout.

Cette vérité n’a jamais fait l’objet d’une enquête diligentée par le tribunal de SIDI M’HAMED qui était chargé de traiter ce dossier de dilapidation des deniers publics au début du mois de juin 2019. Malheureusement, les magistrats du tribunal de Sidi M’hamed se sont contentés d’appliquer des directives téléphoniques qui leur sont parvenues d’en haut sans approfondir leurs investigations comme leur dicte la déontologie de leur travail. Les juges du tribunal de Sidi M’hamed ont donc exécuté à la lettre les conclusions de l’enquête menée par les services de l’ex-patron de la gendarmerie nationale, le général Ghali Belkecir.  L’ancien procureur de SIDI M’HAMED Fayçal Bendaas avait instruit les magistrats en charge du dossier des marchés publics du transport universitaire de se limiter uniquement à l’enquête menée par la brigade de recherches de Bab Jedid sous l’égide du général Ghali Belkecir.

Algérie Part a obtenu des documents qui auraient pu être étudiés par les magistrats instructeurs dans ce dossier. Ces documents ont été dissimulés dans le dossier d’inculpation des accusés présumés sans attirer l’attention des magistrats du tribunal de Sidi M’hamed. Et pourtant, ces documents prouvent sans aucun doute l’implication des hauts responsables du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique car ces preuves en notre possession indiquent que les services de l’ex-ministre de l’Enseignement Supérieur, Tahar Hadjar, avaient bel et bien recommandé un canevas relatif au cahier des charges du transport estudiantin en favorisant ainsi le tout puissant milliardaire Mahieddine Tahkout.

En dépit de la clarté de ces documents, le ministre Tahar Hadjar et ses collaborateurs ont été paradoxalement épargnés par les enquêteurs de la brigade de recherches de Bab Jedid de la gendarmerie nationale. Un autre document dévoile la ruse de l’ancien directeur général de l’office national des œuvres universitaires (ONOU), Abdelhak Boudraa, qui avait à cette époque-là, recouru à la complicité de son directeur de l’audit pour tromper et convaincre les directions concernées par le transport universitaire sur la crédibilité des procédures administratives mises en oeuvre pour attribuer des marchés publics de transport universitaire à un opérateur privé. Jusqu’à aujourd’hui, cet ancien patron de l’ONOU est toujours libre comme l’air alors que des pauvres salariés ont été jetés derrière les barreaux de la prison d’El-Harrach.

 

Mais pourquoi toute cette grotesque manipulation ? Nous avons effectivement appris au cours de nos investigations que des hauts responsables au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique entretiennent de très bonnes relations avec des  haut gradés militaires et des responsables de la Gendarmerie Nationale dont le général Ghali Belkecir.  Ce dernier intervenait régulièrement en faveur de ses proches et notamment au profit des enfants de son entourage militaire et politique pour leur obtenir des bourses d’études à l’étranger, mais aussi pour l’obtention des diplômes universitaires en master et de doctorats malgré leur niveau très médiocre et des résultats insuffisants aux examens et évaluations.

Le général Ghali Belkecir faisait même jouer ses relations au ministère de l’Enseignement Supérieur pour obtenir à des entrepreneurs privés des marchés pur l’approvisionnement d’une centaines d’établissements universitaires en produits alimentaires et d’autres équipements pédagogiques. Ces marchés sont estimés à plusieurs milliards de centimes accordés  à des entreprises et des sociétés privées qui appartiennent majoritairement aux membres du clan des Belkecir.  C’est ce qui explique l’absence de toute charge contre les anciens ministres de l’Enseignement Supérieur comme Tahar Hadjar et Mohamed Mebarki ainsi que leur secrétaire général, Seddiki Salah Eddine qui a été récemment limogé par la Présidence de la République, sans oublier la complicité évidente du département d’inspection générale de ce ministère, et d’autres directions centrales stratégiques relevant du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Force  est enfin de constater que l’entame des enquêtes accélérées à l’encontre de l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout par la brigade de recherches de Bab Jdid sous l’égide de son patron véreux Ghali Belkecir, relève d’une opération de marketing judiciaire extraordinaire qui a inculpé pas moins de 140 fonctionnaires en une seule journée seulement parmi lesquels figurent une vingtaine de simples salariés qui ont été placés sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach. Le but de cette « opération » est de séduire l’opinion publique pour calmer la colère du Hirak et de ses manifestants enragés contre le pouvoir de la corruption au plus haut sommet de l’Etat algérien.

Le résultat des courses fait froid dans le dos :  une impunité flagrante pour les vrais coupables car à l’exception du directeur général de l’ONOU, aucun présumé coupable parmi les mis en cause dans ce dossier n’a vraiment une quelconque prérogative pour valider et approuver des passations douteuses de marchés publics qui se chiffrent en milliards de Da.

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