Une nouvelle lutte de clans menace la stabilité et l’avenir de Sonatrach à cause du dossier de la raffinerie Augusta

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Le dossier de la raffinerie italienne Augusta rachetée en 2018 par la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach suscite une énorme polémique en raison des pertes financières actuelles provoquées par la très mauvaise gestion de cette raffinerie stratégique au coeur de la Méditerranée. Malheureusement, personne en Algérie ne veut dire la vérité sur les dessous de ce dossier ni expliquer ses véritables enjeux économiques. Au contraire, deux clans actuellement au pouvoir à Sonatrach tentent absolument de se neutraliser en utilisant ce dossier brûlant sur lequel personne n’a voulu dire la vérité aux algériens. 

D’abord, rappelons les faits. En décembre 2018, la raffinerie italienne Augusta devient officiellement propriété de la Sonatrach. La filiale raffinage italienne de Sonatrach, dénommée Sonatrach Raffineria Italiana Srl, est devenue propriétaire de ces actifs à partir du samedi 1er décembre 2018. Le groupe national des hydrocarbures, Sonatrach, et ESSO Italiana (filiale du groupe américain ExxonMobil) ont clôturé, samedi à Milan (Italie), la transaction portant sur la raffinerie d’Augusta. La transaction a coûté exactement près de 720 millions de dollars.

Mais, il faut être honnête et explique que ce prix ne comprend pas seulement la raffinerie d’Augusta. La transaction inclut 3 terminaux pétroliers et des pipelines … et une raffinerie qui peut produire jusqu’à 10Millions de tonnes de produits raffinés par an. Grâce à cette acquisition, Sonatrach est devenue également propriétaire de trois terminaux pétroliers situés à Augusta, Naples et Palerme. Il s’agit de trois infrastructures hyper-stratégiques qui permettent à Sonatrach de jouir d’un énorme atout pour commercialiser ses produits en Europe. Ces trois terminaux valent de l’or puisqu’ils pourront toujours être rentabilisés grâce à ses multiples prestations.

Mais malgré ses atouts, Sonatrach perd chaque mois plus de 25 millions de dollars à cause de la mauvaise gestion de la raffinerie italienne d’Augusta. Et Algérie Part a été le premier média à avoir révélé cette information à la fin du mois de septembre 2019. 

Lors de notre révélations, nous avions expliqué clairement qu’à travers cette acquisition, le système de raffinage de SONATRACH spa devait être renforcé d’une capacité de raffinage supplémentaire de 10 millions de tonnes de traitement par an et d’une capacité de stockage équivalent à une autonomie supplémentaire de 3 jours de consommation en Gas oil et de 3 jours de consommation en essence.

Malheureusement, il s’avère que ces objectifs n’ont pas été atteints car  l’équipe mise en place en ce moment par l’actuelle direction générale de Sonatrach peine à gérer cette raffinerie italienne en se conformant aux normes du management exigé par l’environnement européen. Le premier contrat négocié avec Exxon Mobil s’est avéré finalement une très mauvaise affaire. Et pour cause, Exxon achète à un très bon prix toute la production des lubrifiants de cette raffinerie italienne ainsi qu’une bonne partie de la production de bitume et du gasoil conforme aux standards européen. Mais ces trois produits sont fabriqués à partir du pétrole saoudien ou irakien. Le pétrole algérien n’est guère utilisé par la raffinerie d’Augsuta.

Le niveau de rentabilité de cette raffinerie reste donc très faible pour ne pas dire quasi-inexistant puisque Sonatrach dépense beaucoup plus pour assumer les charges et n’a déployé aucune stratégie pour rentabiliser cet investissement de… 580 millions d’euros.  Sonatrach a consenti, en plus de ce montant, à un investissement de près de 100 millions d’euros pour relancer l’activité industrielle de la raffinerie Augusta.

Un plan d’investissement qui ne fonctionne guère et le départ d’Abdelmoumen Ould Kaddour de la direction générale de Sonatrach a fini par précipiter ce dossier dans le bricolage le plus inquiétant. L’équipe mise en place autour d’Ahmed El Hachemi Mazighi, Vice-Président Commercialisation de Sonatrach, a échoué à trouver un partenaire international capable d’aider Sonatrach à gérer cette immense raffinerie italienne. Le résultat est catastrophique et les pertes financières s’accumulent depuis de plusieurs mois.

La raffinerie Augusta fait donc les frais de la très mauvaise gestion de Sonatrach et notamment de son principal superviseur Ahmed El Hachemi Mazighi qui vient d’être mis en congé en prévision de son remplacement. Mais est-ce pour autant une mauvaise affaire ? Non, pas du tout. Si Augusta était une mauvaise affaire, pourquoi du temps d’ExxonMobil, elle rapportait chaque année des bénéfices de 150 millions de dollars ?

Un bénéfice qui s’est effrité lors du rachat de Sonatrach parce que notre compagnie nationale des hydrocarbures n’est pas allée jusqu’au bout de son processus de marketing. Il était effectivement prévu en 2019 que Sonatrach lance un appel d’offres international pour sélectionner un partenaire international notamment une société de trading spécialisée dans la vente des produits raffinés sur le marché mondial. Mais cette démarche n’a jamais été effectuée laissant ainsi ce projet au bricolage.

En plus, Sonatrach n’a pas été bien conseillée et assistée par les deux partenaires qui ont été sélectionnés pour négocier cette opération de rachat de la raffinerie Augusta. Il s’agit du cabinet d’avocats Shearman & Sterling et la filiale de la banque française Société Générale spécialisée dans le conseil et le consulting. Ces deux entités n’ont pas fourni le travail souhaité et escompté par la direction générale de Sonatrach en 2018. Ce qui explique, certainement, les mauvaises erreurs qui sont survenues plus tard en 2019.

Malheureusement, au lieu de s’attarder sur ces problèmes et de leur trouver des solutions, ce dossier sert d’alibi à une lutte de clans entre l’ancienne équipe de Mazouzi Amine, l’ex-PDG de Sonatrach, et l’équipe d’Abdelmoumen Ould Kaddour, le PDG qui avait négocié cette opération stratégique. Le clan Mazouzi veut revenir aux commandes de Sonatrach et retrouver ses privilèges onéreux dans le secteur des hydrocarbures après avoir été « dégagé » de façon humiliante en mars 2017. Dans ce clan nous retrouvons, d’anciens dirigeants de Sonatrach comme Djamel Ould Ali et un certain Mustapha Hanifi, directeur des hydrocarbures au ministère de l’Énergie. Ces apparatchiks instrumentalisent des dossiers  sensibles dans l’espoir de torpiller leurs adversaires faisant fi de la stabilité de Sonatrach. Dans l’autre camp, nous retrouvons Farid Ghezali, Vice-Président Stratégie Planification et Economie, Ahmed Mazighi, ou le vice-président chargé des finances, M’hamed Kherroubi.

Ces deux clans se battent et se déchirent sans prendre conscience du risque d’instabilité qu’ils font courir au seul poumon économique du pays. Une inconscience générale qu’il faut dénoncer et empêcher de saboter une nouvelle fois Sonatrach, le seul pilier de l’économie algérienne.

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