Plus de 200 chercheurs et un investissement dépassant les 60 millions de dollars : l’énorme gâchis du CDTA d’Alger

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C’est l’histoire d’un centre de recherches qui devait permettre à l’Algérie de se mettre sur les rails du développement. Finalement, le projet scientifique se transforme en un énorme gâchis et plusieurs chercheurs ont été victimes d’une grande désillusion qui a cassé leur carrière.  Créé officiellement en 1988, le Centre de développement des technologies avancées (CDTA) a pour mission essentielle de contribuer au rayonnement et au développement technologique de la nation. Situé à Baba Hassen dans les environs d’Alger, ce centre devait incarner « les efforts des pouvoirs publics pour acquérir les dernières technologies en la matière sont constants ». 

En 2005, les autorités algériennes consentent à un énorme investissement dépassant les 60 millions de dollars pour développer des divisions robotique, système et architecture multimédia, micro et nanotechnologie, section laser et enfin la division télécoms. Un projet pilote a été identifié et portant sur les opérations fondamentales de fabrication des circuits intégrés sur silicium. L’ambition de l’Algérie était de former des ingénieurs algériens capables de concevoir des composants électroniques.

A cette époque, un concours national a été organisé pour recruter les 20 meilleurs ingénieurs algériens afin de les intégrer ensuite à ce projet piloté par le CDTA. Une Salle blanche a été conçue à cette occasion et le CDTA a recouru d’abord à l’expertise des  allemands de M W ZANDE, une entreprise allemande spécialisée dans les secteurs et systèmes pour salles blanches et procédés. Il s’avère que la construction de cette futuriste Salle Blanche a été étrangement gérée dans des conditions opaques puisque l’entreprise allemande a recouru à un sous-traitant libanais qui n’était nullement à la hauteur des enjeux de ce projet.

Les anomalies et les irrégularités s’accumulent car au départ tout le budget consacré à ce projet de recherches scientifiques ne devait pas dépasser les 20 millions de dollars. Or, après la conception de la Salle Blanche, le CDTA devait acquérir des équipements incontournables pour les chercheurs. A ce moment-là, plusieurs sociétés étrangères vont se succéder pour livrer au CDTA divers équipements et outils. D’abord, une société américaine, ensuite une société française chargée de procéder à l’installation des équipements dont a besoin le laboratoire de recherches scientifiques. En attendant, les chercheurs algériens sont dépêchés en Allemagne pour des stages de formation.

Mais à leur retour, ces chercheurs ne feront aucune recherche ! Il se contenteront de suivre l’évolution du projet qui va durer plus de 11 ans. En effet, de 2005 jusqu’à 2016, les ingénieurs algériens ont uniquement suivi les travaux de construction de la Salle Blanche et géré les problèmes administratifs de la réception des équipements scientifiques. Beaucoup de ces équipements ne sont même pas neufs. Il s’agit de matériel rénové et les fournisseurs étrangers n’ont jamais inquiétés en dépit de cette anomalie. Et pourtant, plusieurs rapports ont été rédigés par les chercheurs algériens et adressés à Hafid Aourag, directeur général de la recherche scientifique au ministère de l’Enseignement supérieur, l’homme qui était en charge de veiller et superviser ce projet scientifique futuriste.

Des rapports qui resteront lettre morte. Et aucune réaction officielle n’a été enregistrée. Il aura fallu attendre 2016 pour que les pressions des chercheurs algériens paient et les partenaires allemands dépêchent à Alger les encadreurs d’une entreprise anglaise pour superviser les chercheurs algériens et fabriquer enfin le premier prototype de circuit intégré.

Le rêve scientifique ne va durer longtemps puisqu’à cause d’un litige financier entre les partenaires allemands et le ministère de l’Enseignement Supérieur, la coopération s’était arrêtée brutalement à partir de fin 2016 et le projet a été mis à l’arrêt laissant les équipements à l’abandon et les chercheurs algériens livrés à leur sort.

L’addition finale a grimpé jusqu’à 60 millions de dollars dépensés durant 11 ans, de 2005 jusqu’à 2016, sans aucun travail scientifique concret excepté un prototype dont on ne sait même à quoi il avait servi réellement. Un échec retentissant et de l’argent public qui avait été dépensé et exploité sans aucun contrôle transparent. Le ministère de l’Enseignement Supérieur n’a jamais diligenté une enquête sérieuse. Pis encore, l’un des anciens responsables du CDTA directement impliqué dans la gestion opaque de ce projet scientifique a même fini par devenir… ministre dans l’actuel gouvernement d’Abdelaziz Djerad. Il s’agit de Yassine Djeridane, l’actuel ministre des PME/PMI.

Aujourd’hui, la majorité écrasante des Algériens n’ont jamais entendu parler du CDTA. il emploie toujours 650 travailleurs, dont 204 chercheurs. La presse algérienne le découvre de temps à autre lors des visites protocolaires des délégations ministérielles.

 

 

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