Enquête – les bonnes affaires d’Iskandar Safa avec l’armée algérienne.

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Iskandar Safa, est un Franco-Libanais de 65 ans issu d’une famille chrétienne fortunée du Liban. Il a combattu dans les milices chrétiennes, lors de la sanglante guerre civile qui avaient déchiré le Liban au milieu des années 70. La milice des gardiens des cèdres est classée d’extrême droite et sa position anti-palestinienne et pro-israélienne est notoire. Blessé, Iskandar Safa se rend en Arabie Saoudite où il conduit, dans un premier temps et durant plusieurs années des chantiers de travaux publics, avant de devenir intermédiaire dans le commerce des armes.

Iskandar Safa Photographer @Dimitri Messinis AP Photo

 

Selon sa biographie, le petit-fils d’un juge et fils d’un haut fonctionnaire directeur du cabinet du premier président libanais aurait obtenu en 1978 un diplôme en ingénierie civile à l’Université Américaine de Beyrouth puis part s’installer en France en 1981. Il y poursuit des cours à l’Insead (Institut européen d’études administratives) de Fontainebleau ou il décrochera un MBA en 1982.

Iskandar Safa est contacté en 1985 par le prince saoudien Metaab bin Abdullah bin Abdulaziz Al Saoud de la famille royale saoudienne, et ce afin de prendre en charge la chaine hôtelière Novapark. Jean-Charles Marchiani était alors secrétaire général du groupe d’Hôtellerie Le Méridien.

Jean Charles Marchiani – Ami d’Iskandar Safa 

 

Ce dernier, ancien officier des services de renseignements adepte de  »l’Algérie française » qui est devenu entre-temps conseiller du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, fait appel à Iskandar Safa en 1986 lors de négociations pour la libération d’otages au Liban.

Plusieurs fois condamné par la justice à des peines de prisons, notamment pour recel d’abus de biens sociaux et trafic d’influence dans le cadre d’un marché de fournitures de boîtes de vitesses pour des chars Leclerc destinés à être vendus aux Émirats arabes unis, Marchiani avait par ailleurs activement participé aux négociations qui ont eu lieu lors du détournement de l’Airbus d’Air France par des terroristes islamistes du GIA le 24 décembre 1994, puis était à nouveau intervenu en 1996 dans le cadre des négociations visant à libération des moines de Tibhirine…

De son côté et au début des années 90 Iskandar Safa crée Privinvest Group avec son frère Akram, alors qu’il faisait déjà l’objet de plusieurs enquêtes judiciaires et notamment fiscales en France.

Akram Safa frère d’Iskandar – Priminvest

 

Pourtant, en 1992, il est retenu par le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) pour le rachat des Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), spécialisées dans les navires militaires, dont il relance, avec succès, le chantier naval.

En 2007, il participe à la création du chantier naval Abu Dhabi Mar avec le groupe émirati Al Aïn International Group, et en devient le directeur exécutif avant d’en racheter toutes les parts. A cette même époque il est initialement cité aux côtés du futur préfet du Var : Jean Charles Marchiani dans l’affaire de la vente d’armes à l’Angola, dite l’Angolagate, affaire se concluant par un non-lieu général en octobre 2009.

La même année on va retrouver celui dont la presse spécialisée estime la fortune à plus d’un milliard de dollars dans les Panama Papers, associé à la gestion de deux sociétés offshore, Marshdale SA et Mainsail Holdings Corp, appartenant au cheikh Abdallah Ben Zayed Al Nahyane, frère du président des Emirats arabes unis et Ministre des affaires étrangères…

Si le montage de telles sociétés n’est en rien interdit, le recours aux sociétés off-shore est souvent justifié pour des considérations d’optimisation dites fiscales qui en soi peut également signifier possibilités de paiements occultes et dilution de responsabilités pour des intermédiaires dans des marchés pour ne prendre que cet exemple.

En avril 2015, Iskandar Safa rachète au groupe Pierre Fabre les titres du Groupe Valmonde, parmi lesquels l’hebdomadaire Valeurs actuelles, via Privinvest Médias, filiale de Privinvest.

On se demande pourquoi le Magazine Valeurs Actuelles, classé droite conservatrice proche de l’extrême droite, cite si souvent l’Algérie dans des articles incendiaires et tendancieux tout en mettant toute la communauté algérienne au centre des attaques de cet hebdomadaire ? Pourtant, son propriétaire fait de juteuses affaires avec l’armée algérienne…

En effet, les deux frégates militaires acquises par l’armée algérienne ont été fabriquées sur le chantier naval German Naval Yards de Kiel (GNYK), appartenant conjointement à Iskandar Safa à travers la holding Privinvest dont il est propriétaire, et TKMS en vertu d’un accord de sous-traitance pour le développement et la construction de navires de combat.

Deuxième frégate algérienne à Kiel sur les chantiers de German Naval Yards d’Iskandar Safa

Pour se rapprocher de la filiale marine du géant allemand de ThyssenKrupp, le sulfureux homme d’affaire franco-libanais, très proche des émirs du golfe et qui a toujours ses entrées dans les salons d’Alger, dont les portes lui avaient été ouvertes par l’ex Président déchu Abdelaziz Bouteflika, a tout simplement promis 2,2 Milliards d’Euros aux allemands de ThyssenKrupp en s’assurant au préalable de la commande des deux bâtiments de guerre algériens…

Une aisance dans le deal qui témoigne de l’assurance du franco-libanais Safa et des émiratis quant à la commande militaire algérienne.

Si certains affirment que la mainmise des émiratis sur l’industrie militaire algérienne fait partie d’un plan imposé par la position géostratégique de l’Algérie qui fait face à l’Europe et au Sahel mais aussi à l’Afrique Subsaharienne et ses ressources, d’autres, plus pragmatiques, affirment que les émiratis ne font que couvrir un système de commissionnements qui ne peut être accepté par certaines entreprises occidentales à cause d’une législation contraignante…

Quoiqu’il en soit, il est clair que l’institution militaire algérienne finance à coup de plusieurs milliards de dollars d’argent public l’acquisition de bateaux de guerre militaires, fabriquées par des entreprises appartenant à Iskandar Safa, alors que son média français  »Valeurs Actuelles » ne cesse d’humilier l’Algérie.

Lire notre enquête sur l’histoire secrète des frégates achetées par les forces 
navales algériennes 1ère partie et 2ème partie

Comment expliquer que les hauts gradés de notre armée aient pu commercer avec un homme au parcours si sulfureux et qui agréé les attaques haineuses et répétées de son média à l’encontre de notre peuple et de son histoire ?

Les algériens seraient-ils démunis face aux fortes suspicions de corruption dans les marchés de l’armement algérien, souvent couverts par la hiérarchie militaire même, quand ce n’est pas par des états déstabilisateurs connus et à travers d’obscurs intermédiaires recourant à des montages qui brillent par leur opacité ?

Récemment, un tribunal de Brooklyn s’est penché sur le paiement de commissions à plusieurs personnalités mozambicaines par le groupe Privinvest. Contre toute attente, le 02 Décembre 2019, le milliardaire d’origine libanaise Iskandar Safa gagne son bras de fer contre le ministère de la justice américaine.  »Sur la forme et non sur le fond » nous dira un juriste informé de cette scabreuse affaire.

 »Le ministère de la justice américain, s’adossant sur l’extraterritorialité des lois anti-corruption américaines, devait démontrer que l’affaire liée à Iskandar Safa dépendait en grande partie de l’existence d’un lien suffisant avec les États-Unis. Ce qu’a finalement rejeté le jury. »

Pour rappel, la société du milliardaire Iskandar Safa avait été chargée de fournir des bateaux militaires et de pêche au Mozambique, financés entre autres par des prêts garantis par le gouvernement mozambicain qui sont restés cachés pendant plusieurs années, ainsi que des infrastructures portuaires pour un total de 2 milliards de dollars en contrepartie du financement de la campagne du président.

La révélation de l’existence de ces financements secrets, en 2016, avait provoqué la fureur du Fonds monétaire international qui avait retiré son soutien au pays, obligeant les autorités à ce pays africain parmi les plus pauvres à poursuivre Iskandar Safa pour fraude.

Mais pas en Algérie, car Safa continue d’entretenir d’excellentes relations, grâce à ses amis émiratis, avec quelques hauts gradés de l’armée…

A suivre.

Amir Youness

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