Rusé comme un renard. Ne disposant pas d’un soutien populaire ni d’une véritable assise démocratique, Abbdelmadjid Tebboune s’est lancé intelligemment dans un nouveau processus de « légitimation », à savoir l’organisation d’une série de rencontres avec des personnalités nationales qui jouissent du respect de la population algérienne, celle-là même qui n’a pas voulu voter pour lui, ni voter tout court le 12 décembre dernier. 

Après avoir reçu à la Présidence de la République la semaine passée, le docteur Ahmed Benbitour et l’opposant Abdelaziz Rahabi, ce lundi 13 janvier, Tebboune s’est entretenu au Palais Présidentiel d’El-Mouradia avec Mouloud Hamrouche, l’une des figures politiques les plus respectées par le Hirak, le mouvement populaire algérien.

« Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la poursuite des consultations lancées par le Président de la République avec des personnalités nationales, des présidents de partis et des représentants de la société civile sur la situation globale du pays et la révision de la Constitution, dont la mission a été confiée, dans un premier lieu, à un comité d’experts présidé le professeur universitaire et membre de la Commission du droit international à l’Organisation des Nations Unies (ONU), Ahmed Laraba », a précisé à ce sujet la Présidence de la République dans un communiqué rendu public.

« L’objectif de ces consultations est l’édification d’une nouvelle République répondant aux aspirations du peuple et de procéder à une réforme globale de l’Etat à même de consacrer la démocratie dans le cadre d’un Etat de droit préservant les droits et les libertés des citoyens, un objectif dont M. Tebboune s’est engagé à réaliser lors de sa campagne électorale et réaffirmé dans son discours prononcé à la cérémonie de prestation de serment en tant que Président de la République », ajoute la même source. « M. Hamrouche a présenté au Président de la République sa vision sur les différentes questions posées sur la scène politique, et ce, à la lumière de sa longue expérience au service de l’Etat ainsi que son suivi des évènements nationaux en tant qu’acteur politique éminent », conclut le communiqué de la Présidence.

Et juste après cette rencontre avec Hamrouche, Abdelmadjid Tebboune s’est rendu personnellement au domicile du diplomate et homme politique, Ahmed Taleb Ibrahimi. L’ancien ministre de l’Éducation (1965-1970), de l’Information et de la Culture (1970-1977) et plus tard des Affaires étrangères (1982-1988) est également une figure respectée par le Hirak. Durant l’année 2019, Taleb Ibrahimi avait pris sa plume pour proposer plusieurs initiatives afin d’amener l’Algérie vers le changement démocratique. Ce qui lui a valu les hommages des manifestants algériens.

Avec cette énième rencontre, Tebboune se présente comme le Président du « consensus », le Chef de l’Etat qui veut écouter tout le monde, fédérer autour de lui tous les courants de la société. Un homme qui écoute, qui prend le temps de noter les conseils des uns et des autres afin d’élaborer une politique consensuelle et d’ouverture. Tebboune relance ainsi sa légitimation et relègue ainsi au second plan, pour ne pas dire au tout dernier plan, la délicate question de son illégitimité. Au fur des jours, et notamment après le décès d’Ahmed Gaid Salah le 23 décembre dernier, il s’impose comme l’acteur principal de l’échiquier politique algérien. Il devient petit à petit le vrai président des Algériens. C’est en tout cas le sens de la démarche qu’il est en train d’adopter face à un Hirak qui le rejette.

LAISSER UN COMMENTAIRE