La révision de la Constitution, la nouvelle tactique du pouvoir algérien pour gagner du temps face au Hirak

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Après la libération d’une partie des détenus d’opinion et politiques pour installer le controversé nouveau gouvernement de Tebboune, le pouvoir algérien s’apprête à lancer un nouveau plan d’action visant à gagner du temps dans l’espoir de neutraliser le Hirak. Ce nouveau plan s’appelle la révision de la Constitution. Une action politique qui ne relève d’aucune priorité au regard des problèmes actuels de l’Algérie. 

Oui, le bon sens aurait voulu que le nouveau Président Tebboune s’attaque d’abord au dialogue et négociation avec le Hirak pour sortir le pays de l’actuelle crise politique et de ramener de la stabilité pour enfin bâtir des institutions légitimes et stables. Mais au lieu de cela, Tebboune se lance dans un processus de révision de la Constitution qui n’aura aucun impact réel sur le développement du pays. En plus, le mode d’emploi qui sera utilisé par Tebboune soulève de nombreuses interrogations sur les intentions malsaines de l’actuel pouvoir algérien. Explications.

La première manoeuvre a commencé aujourd’hui mercredi. Tebboune désigne  le professeur universitaire et membre de la Commission du droit international à l’Organisation des Nations Unies (ONU), Ahmed Laraba, pour présider  le comité d’experts chargé de formuler des propositions pour une révision constitutionnelle. L’audience s’est déroulée en présence du directeur de cabinet de la présidence de la République, Noureddine Ayadi et du ministre conseiller à la communication, porte-parole officiel de la Présidence de la République, Belaïd Mohand Oussaïd.

Il faut savoir que le professeur Ahmed LARABA est une personnalité, certes, respectable et réputé pour sa compétence en droit international et son esprit libre. Ahmed Laraba dirigera un comité composé de plusieurs experts respectables et respectés en tant que juristes à l’image de Fatsah Ouguergouz, docteur de Droit, Genève, ancien juge à la Cour africaine des Droits de l’Homme.

Cependant, le timing et l’agenda tracés par Tebboune sont en porte-à-faux avec les revendications démocratiques du pouvoir algérien. Pourquoi ? Parce que tout simplement le peuple algérien n’aura pas le droit légitime de participer à cette révision constitutionnelle alors qu’elle est censée concrétiser d’abord et avant-tout les aspirations des Algériens mobilisés dans les rues depuis le 22 février 2019.  En effet, le plan initial prévu à la suite de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune consistait à organiser des élections législatives anticipées dans le sillage de la dissolution de l’actuel parlement hérité de l’ère d’Abdelaziz Bouteflika. Et l’adoption de la future constitution devait se faire au niveau de ce nouveau parlement. La deuxième option consistait à organiser un référendum populaire pour permettre aux Algériens de valider l’adoption de la nouvelle Constitution.

Il s’avère, malheureusement, que ces deux options ont été écartées par le pouvoir algérien et Tebboune envisagerait de conserver l’actuel Parlement pour adopter la nouvelle Constitution. Ce qui serait l’une des pires provocations à l’égard d’un Hirak qui se poursuit chaque vendredi mobilisant des millions de manifestants qui réclament une toute Algérie.

Une nouvelle Constitution façonnée par des experts, peut-être oui respectés et respectables, mais approuvée par un Parlement Algérien totalement illégitime et discréditée par sa complicité scandaleuse avec le régime Bouteflika. En clair, les Algériens seront rejetés du processus de l’adoption de la loi fondamentale. Ce qui constitue une énorme régression politique pour notre pays. En attendant, Tebboune va dissimuler ses intentions et gagnera plusieurs mois en tentant de faire croire aux Algériens et Algériennes qu’une future constitution démocratique, libérale et prometteuse est sur le point de voir le jour. Or, cette même constitution sera le fuit d’un processus autocratique.

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