Enquête Exclusive – L’histoire secrète des frégates achetées par les forces navales algériennes – 1ère partie.

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En 2011, l’unité marine de ThyssenKrupp, ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), a construit à Kiel en Allemagne deux frégates MEKO A-200AN à la marine algérienne pour un montant total dépassant les 2 milliards d’euros. Pour rappel, l’accord militaire avec les allemands porte sur un programme d’armement global qui s’élève à 10 Milliards de dollars engagé après la visite d’Angela Merkel en Algérie en 2008.

Frégate MEKO A-200N

 

Pour ce faire, le gouvernement allemand avait donné son accord sur les garanties de crédit à l’exportation et le Conseil Fédéral de Sécurité, dont Steinmeier était alors ministre des Affaires étrangères, a approuvé l’exportation en Algérie des deux frégates en février et novembre 2016.

En effet, suite aux élections fédérales du 18 septembre 2005, les principaux partis de droite CDU/CSU et le SPD, parti de gauche, décident de former une coalition sous la direction d’Angela Merkel, présidente de la CDU et candidate à la chancellerie. Celle-ci, finalement désignée chancelière, présente son gouvernement fédéral de coalition le 22 novembre 2005, Frank-Walter Steinmeier se voit confier le poste de ministre fédéral des Affaires étrangères.

Frank Walter Steinmeier – Président allemand

 

Ahmed El Husseini, 66 ans, est un homme d’affaires et lobbyiste libanais d’origine arménienne très actif dans le secteur de l’armement. Il a longtemps travaillé avec les sociétés allemandes Rheinmetall et ThyssenKrupp et c’est lui qui a agi en tant qu’intermédiaire pour l’industrie de défense allemande dans les ventes au Moyen-Orient et en Algérie.

Ahmed El Husseini – Homme d’affaire libanais

Husseini est lié à la famille royale d’Abou Dhabi à travers le cheikh Tahnoun Ben Said ben Shakhbout Al Nahyan et leurs sociétés communes Commodore contracting et Federal Development Establishment.

Le millionnaire libanais qui est maintenant citoyen de l’État des Caraïbes de Saint-Kitts-et-Nevis, a toujours su maintenir d’excellents contacts non seulement avec les familles au pouvoir et les acheteurs d’armes au Moyen-Orient mais également en Allemagne ou il était également très bien connecté à Berlin.

Pendant des années, il a été actif à Abou Dhabi aux Émirats arabes unis – en tant qu’entrepreneur en bâtiment, lobbyiste en armements et marchand d’armes.

La société «Gesellschaft für Wirtschaftsförderung», propriété de l’État de Rhénanie du Nord-Westphalie, dirigé par le SPD à l’époque pensait que la société avait besoin d’un bureau au Liban, Ahmad El Husseini avait alors été désigné comme représentant local à Beyrouth.

El-Husseini avait alors reçu un total de plus de 380 000 marks (près de 190.000 Euros) en espèces entre 1997 et 1999 pour la « sauvegarde des intérêts économiques de l’Etat de Rhénanie du Nord-Westphalie à Beyrouth…

En novembre 2007, il a fondé la société de conseil Commodore Consult à Berlin. A partir de 2010, il avait acquis des bureaux pour sa société berlinoise sur la Pariser Platz, juste en face de l’hôtel Adlon, près du Bundestag (Parlement allemand) et du siège du gouvernement. Un emplacement idéal pour un bureau d’affaires !

Une sauvegarde des intérêts allemands qui ont valu à Ahmad El Husseini d’être assez « qualifié pour fournir des services » parce qu’il « entretient de bonnes relations avec un conseiller du président algérien », avaient conclu des auditeurs d’un cabinet d’avocat chargés de ses affaires.

En plus de ThyssenKrupp et Rheinmetall, un autre consortium d’armes allemand a définitivement conclu un accord opaque avec la société Commodore. Depuis mai 2007, aidée par El Husseini une coentreprise conclue entre ThyssenKrupp et le fournisseur de services industriels Ferrostaal a tenté de vendre des sous-marins au gouvernement algérien.

Il faut savoir que Ferrostaal, société allemande et fournisseur mondial de services industriels dans la construction et l’ingénierie d’usines possède un bureau à Alger géré par Mebarek Akik.

Mebarek Akik – Ferrostaal Algérie

 

Cette entreprise a été fondée en 1920 aux Pays-Bas en tant que société activant dans le commerce de l’acier. Dès ses débuts la rumeur disait que le principal objectif de cette configuration aux Pays-Bas avait pour intention de contourner les sanctions imposées à l’Allemagne et aux fabricants d’acier allemands après la Première Guerre mondiale.

En Décembre 2011, Commodore Contracting d’Ahmad El Husseini, a repris 25% du groupe lorsque le fonds souverain émirati appartenant à Cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyan, membre de la famille régnante d’Abou Dhabi : International Petroleum Investment Company (IPIC), actionnaire de Ferrostaal, avait voulu se débarrasser de ses actions…

En Janvier 2017, le Cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyan avait créé le fonds Mubadala Investment Company, très impliqué en Algérie, qui avait absorbé les actions détenues par IPIC.

La société allemande Ferrostaal traîne une sulfureuse réputation dans le milieu des affaires et a été, à de nombreuses fois, accusée de corruption d’agents publics étrangers dans le cadre d’arrangements commerciaux internationaux, ainsi que d’évasion fiscale…

En effet la société avait payé 200 000 Deutsch Marks (plus de 102.000 €) à l’ancien président indonésien Bacharuddin Jusuf Habibie, ainsi qu’à l’ancien dictateur nigérian Sani Abacha 460 millions de Deutsch Marks (près de 230 Millions d’Euros) pour la construction d’une usine de transformation des métaux.

Giesecke & Devrient, une société basée à Munich spécialisée dans l’impression de billets de banque a vendu cinq machines d’impression et de gaufrage, ainsi qu’un système utilisé pour détruire les billets de banque, à la société d’État indonésienne d’impression de billets de banque. Ferrostaal a négocié l’accord par l’intermédiaire d’un consultant, et aurait versé des pots-de-vin aux autorités locales…

Une autre entreprise, dont le siège est situé près de la ville de Brême dans le nord de l’Allemagne, et pour laquelle Ferrostaal aurait négocié un accord d’environ 28 millions d’euros pour vendre un navire des garde-côtes à la marine colombienne, avait négocié une commission de 5% pour ses services. La filiale colombienne de Ferrostaal a versé entre 625 000 et 850 000 € aux « décideurs de la marine et du ministère »…

Ferrostaal aurait également versé des pots-de-vin aux garde-côtes argentins en 2006, en échange d’un contrat de service pour la même société de Brême. Un employé du ministère argentin de la Défense a été grassement payé par le bureau local de Ferrostaal, somme qu’il aurait partagée avec deux officiers supérieurs de la marine !

Siège de l’entreprise Ferrostaal en Allemagne

 

Enfin, de nombreux autres scandales financiers impliquant Ferrostaal ont fait la une des journaux en Afrique du Sud, en en Grèce, mais le scandale de corruption le plus récent avait concerné la livraison de deux sous-marins Type 209 au Portugal pour lesquels Ferrostaal avait soumissionné et remporté le contrat pour 880 millions d’euros en novembre 2003, et ce à l’aide de pots-de-vin.

Selon les dossiers des enquêteurs, un consul honoraire portugais avait approché l’un des membres du conseil d’administration de Ferrostaal, se présentant capable de conclure l’accord pour l’acquisition de sous-marin grâce à un contact directe avec le Premier ministre d’alors, José Manuel Barroso.

Un contrat de consulting a alors été signé avec le consul honoraire en janvier 2003, en échange de son « aide constructive » rémunérée à hauteur de 0,3% du volume total du contrat si l’accord était conclu. Le consul a fini par collecter environ 1,6 million d’euros…

Poursuivie par la justice pour ces nombreux faits de corruption de par le monde, Jan Secher, PDG de Ferrostaal, a mené des négociations intensives concernant la possibilité de parvenir à un règlement avec des représentants du parquet et du tribunal régional de Munich et a confirmé que la société était disposée à payer une amende de 139 millions d’euros.

Reconnaissant par ailleurs son implication dans une autre poursuite judiciaire contre Ferrostaal Industrieanlagen concernant des allégations de corruption liées à la construction d’une station de compression au Turkménistan, Ferrostaal avait recouru avec le parquet de Munich au paiement d’une amende de dix millions d’euros…

A suivre
Amir Youness

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