Exclusif. Comment l’Algérie a perdu un méga-projet chinois de plus de 7 milliards de dollars à cause de ses problèmes politiques internes

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Il fut l’un des espoirs de la relance industrielle de l’Algérie. Mais finalement, ce méga-projet que devait réaliser des investisseurs chinois à l’est de notre pays est tombé totalement à l’eau faisant perdre à l’économie nationale plus de 7 milliards de dollars. Un véritable gâchis.  Enquête et explications. 

 

Annoncé en grande pompe en novembre 2018, le méga-projet algéro-chinois de l’exploitation de phosphate de l’Est algérien a, effectivement, pataugé pendant plus d’une année en raison de la mauvaise gouvernance et des tiraillements politiques internes au sein du pouvoir algérien. Mais depuis le début de l’année 2019, ce projet finira par être gelé par les investisseurs chinois qui ont été effrayés par les problèmes politiques internes et l’instabilité du pays : crise de succession de Bouteflika, enclenchement du Hirak, prise du pouvoir par l’armée, gouvernement illégitime et rejeté par la population, incarcération de la majorité des décideurs politiques algériens les plus influents, etc.

Et pourtant, tout a bien commencé le 26 novembre 2018, un accord de partenariat entre les groupes Sonatrach et Asmidal-Manal, et les groupes chinois Citic et Wengfu a été signé à Tébessa pour la réalisation d’un projet intégré d’exploitation et de transformation du phosphate et du gaz naturel des gisements de la région de Bled El Hadba. L’accord a été signé par l’ex-PDG de Sonatrach,  Abdelmoumen Ould Kaddour, et le PDG de la société Citic, Chen Xiaoijia, à la direction de transfert du gaz dans la localité Oglet Ahmed, à 22 km de Bir El Ater, distante de 106 km au sud du chef-lieu de wilaya.

Ce projet était vraiment une grande ambition et une énorme chance pour l’Algérie puisque les partenaires chinois ont promis un financement de 80 % des réalisations des installations industrielles grâce à des prêts de grosses banques chinoises. Le méga-projet en question obéissait à la règle 51/49%. Il était réparti entre le gisement de Bled El Hadba à Tébessa (2045  ha), la plateforme de Oued Kebrit à Souk Ahras (1484 ha), celle de Hadjar Essoud à Skikda (149 ha) et le port de Annaba (42 ha),

Cet investissement, qui est doté d’une enveloppe dépassant les 7 milliards de dollars, devait créer 3000 postes de travail directs alors que ses chantiers de réalisation à travers les quatre wilayas assureront 14 000 postes d’emploi. Le complexe de phosphate devait garantir des revenus en devises à hauteur de 1,9 milliard de dollars/an.

Les chinois ont vu grand, très grand en Algérie. Pour atteindre une production de 6 millions de tonnes de phosphate/an et 1,1 million de tonnes d’ammoniac/an, de nombreuses infrastructures stratégiques allaient être réalisées à l’est algérien. Les chinois ont dit oui pour financer la réalisation d’une Station de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 70.000 m3/jour, à Guerbes (Wilaya de Skikda). La société qui était chargée de ces travaux est Algerian Energy Company (AEC), une société détenue par SONATRACH  et SONELGAZ, à parts égales.

Il était également de la réalisation des alimentations en électricité. La société chargée  de ces travaux était GRTE – Filiale de SONELGAZ. Le projet comprenait aussi la réalisation des alimentations en gaz et le marché devait être attribuée à la GRTG, filiale de SONELGAZ.
Sur la feuille de route de ce méga-projet figurait la réalisation de forages, pompage et 100 km d’adduction pour Bled El Hadba. Et ce marché devait revenir à l’Agence Nationale des Barrages et Transferts (ANBT). Dans le même sillage, les investisseurs chinois ont consenti à la réalisation d’adduction pour Hadjr Soud et la société chargée  de ce projet fut Algérienne Des Eaux (ADE).
Le méga-projet de l’exploitation du phosphate algérien comprenait encore la réalisation de forages, pompage et 100 km d’adduction pour Oued Kéberit. Et ce marché devait être attribué à l’ANBT, sous l’égide du ministère des Ressources en Eau. Il était prévu dans ce même sillage la surélévation des barrages de Mexa et Boukheroufa et 100 km d’adduction. Ce marché aussi fut attribué sur le papier à l’ANBT.
D’autre part, le partenariat algéro-chinois avait abouti à la modernisation de la voie ferrée sur 388 kms. Ce projet stratégique était attribué à l’Agence Nationale d’Etudes et de Suivi des Réalisations des Investissements ferroviaires. Le Port d’Annaba devait être le grand gagnant de cet investissement chinois prestigieux avec un projet d’extension que devait prendre en charge l’Entreprise Portuaire d’Annaba.  L’acquisition des locomotives et wagons pour le transport des produits devait bénéficier également aux sociétés étatiques SNTF & FERROVIAL.
Ainsi, le montant global estimatif de tous ces projets est de 760 Milliards de DA, à savoir près de 7,4 milliards de dollars ! Tout l’est algérien aurait été remodelé et propulsé sur la scène du développement local et industriel. Mais, malheureusement, ce projet n’a jamais vu le jour car les investisseurs chinois ont été déçus par la tournure des évènements politiques en Algérie. Les troubles internes et l’incapacité du pouvoir algérien à ramener la stabilité ainsi que le climat délétère dans lequel est tombé le pays a dissuadé définitivement les investisseurs chinois de poursuivre ce méga-projet. Ni de le concrétiser. Pékin a ordonné à toutes ces sociétés les plus importantes en Algérie de geler leurs activités jusqu’à ce que la situation politique revienne à la normale. En attendant, le temps perdu aura profiter au concurrent marocain, l’un des plus importants producteurs de phosphate dans le monde. Profitant de l’instabilité de l’Algérie, le gouvernement marocain déploie son lobbying pour draguer les investisseurs chinois et les ramener vers son marché.
En septembre 2018, le ministre marocain de l’Energie, des Mines et du Développement durable a participé avec une forte délégation marocaine aux travaux de «China Mining 2018» à Tianjin en Chine. Le gouvernement marocain a profité de la léthargie de l’Algérie pour vendre le modèle marocain aux investisseurs chinois et étrangers sachant que cette conférence mondiale se considère comme la plus grande plateforme mondiale de coopération internationale dans le domaine des mines. Et pendant ce temps-là, en 2020, l’Algérie n’a toujours rien fait pour renaître de ses cendres et relancer ce méga-projet qui s’éloigne de plus en plus de notre pays…

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