Les Bouteflika sont partis, mais leurs pratiques et leur mode de gouvernance sont toujours là. C’est le premier constat que l’on peut dresser à la lecture de la répartition budgétaire entre les différents départements ministériels de l’Etat algérien qui vient d’être publiée officiellement dans le Journal Officiel en marge de la parution de la version définitive de la Loi sur les Finances 2020. 

Et comme à l’époque du clan présidentiel des Bouteflika, les priorités du pouvoir algérien n’ont pas changé. Les budgets les conséquents sont accordés à la Défense nationale, à savoir l’armée, les ministères les plus bureaucratiques comme l’Intérieur, la Justice ou les affaires étrangères, et naturellement le ministère des Moudjahidine prend encore une fois le dessus sur de nombreux départements stratégiques qui dirigent des secteurs créateurs de richesses et d’emplois comme les télécommunications, l’Industrie, les transports et les travaux publics ou le tourisme. Après près d’une année de luttes acharnées et de manifestations populaires de grande envergure dans le cadre du Hirak du 22 février, rien n’a encore, absolument rien, changé en Algérie.

Comme à l’époque d’Abdelaziz Bouteflika, la Présidence de la République prend un méga budget qui est l’équivalent de 80 millions d’euros. Le Palais présidentiel d’El-Mouradia est presque aussi riche que la Présidence de la République d’un grand pays comme la France, 6e puissance mondiale, dont le budget s’établit à 105,316 millions d’euros.

Mieux encore, la Présidence de la République en Algérie est nettement plus riche que la présidence de l’Allemagne, première puissance économique en Europe et 3e dans le monde, qui est financée uniquement à hauteur de… 25 millions d’euros. En Tunisie, notre voisin immédiat, le budget annuel de la Présidence de la République dépasse à peine les 34 millions d’euros.  La différence est de taille d’autant plus que personne n’a daigné un jour justifier auprès des Algériens les dépenses énormes et onéreuses du Palais Présidentiel d’El-Mouradia.

Le ministère de la Défense nationale s’accapare toujours de la plus importante part du gâteau en 2020 avec un budget dépassant les 12 milliards de dollars. Comme à l’époque de Bouteflika, la priorité est toujours donnée à l’armée et aucun contrôle que ce soit parlementaire ou gouvernemental n’est exercé pour justifier ces énormes dépenses onéreuses gérées dans une totale opacité. L’Algérie reproduit donc le même modèle de ces 20 dernières années, le modèle qui s’est soldé par l’un des plus grands gâchis économiques et sociaux des temps modernes avec des centaines de milliards de dollars dépensés pour un pays qui est restée dans le sous-développement le plus crasseux.

Dans les grands pays développés, ce n’est pas l’armée qui prend le plus grand budget. C’est l’Education Nationale en France avec plus de 50 milliards d’euros ou le travail et les affaires sociales en Algérie avec un budget de 140 milliards d’euros. L’Angleterre, la Suède et la Finlande et de nombreux autres grands pays développés dépensent beaucoup plus d’argents sur les écoles que pour les armes. L’Algérie fait exactement le contraire même si le ministère de l’Education est pratiquement le deuxième budget de l’Etat algérien. En  2020, l’Algérie dépensera près de 7 milliards de dollars pour son éducation. Ce qui reste encore insuffisant pour rattraper son retard de développement.

Ce budget est à peine plus élevé que celui du Maroc évalué à près de 6 milliards de dollars que l’Algérie est nettement plus riche et prospère que son voisin marocain dépourvu de richesses naturelles aussi prestigieuses que celle contenues dans le sous-sol algérien. En Turquie, depuis 2012, l’Etat consacre plus de 14 milliards de dollars chaque année à l’éducation nationale. Les résultats de cet investissement massif se font sentir puisque la Turquie ne cesse de gagner une place incontournable parmi les nations développées et puissantes.

L’Algérie est encore malheureusement loin de ce modèle et continue à consacrer des milliards à des départements ministériels qui n’ont aucun impact positif sur le développement économique du pays comme le ministère des Moudjahidine dont le budget est toujours maintenu à plus de 2 milliards de dollars ! Il est pratiquement 10 plus élevé que celui du Commerce, de l’Industrie et des Mines ou les Télécommunications, les TICS et la Poste ainsi que l’Habitat et les Travaux publiques ou les Transports. Rares sont les pays à travers le monde qui consacrent plus d’argent à leur passé qu’à leur… avenir.

On le voit bien, en dépit du Hirak et de la chute de Bouteflika, le pouvoir algérien n’a pas changé ses dogmes. Et les conséquences sur le sous-développement du pays sont désastreuses.

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