D’après l’Office national des statistiques (ONS), le nombre de la population en chômage en Algérie a ainsi été estimé à 1,449 million de personnes contre 1,462 million de personnes en septembre dernier. Le taux de chômage a fléchi « substantiellement » chez les hommes passant de 9,9% en septembre 2018 à 9,1% en mai 2019, précise l’Office. La même source assure que le taux de chômage en Algérie a atteint 11,4% en mai 2019, contre 11,7% en septembre 2018, enregistrant un recul de 0,3 point, avec un fléchissement substantiel chez les hommes. Il s’avère que ces chiffres ne traduisent pas réellement la réalité économique et sociale de l’Algérie. Et pour cause, les méthodologies utilisées par l’ONS causent problème. Explications. 

Par définition, le taux de chômage est le pourcentage des personnes faisant partie de la population en âge de travailler et qui sont au chômage. La formule de son calcul soit relativement simple et égale au complément à l’unité du rapport entre la population active occupée et la population active totale. Mais dans un pays comme l’Algérie, le calcul du taux de chômage pose des problèmes méthodologiques tant pour la définition de la population active totale que pour la définition de celle occupée. En effet, la population active totale est définie comme l’ensemble des personnes en âge de travailler (théoriquement entre l’âge de la majorité civile et l’âge de la retraite) qui sont disponibles sur le marché du travail, qu’elles aient un emploi (population active occupée) ou qu’elles soient au chômage.

Ainsi, selon l’ONS, en mai dernier, le nombre de la population active a atteint 12,730 millions de personnes contre 12,463 millions en septembre 2018, en hausse de 267.000 personnes. Quant à la population occupée (personnes ayant un emploi), elle a été estimée à 11,281 millions de personnes en mai 2019, contre 11,001 millions de personnes en septembre 2018, en hausse de 280.000 personnes, soit un accroissement relatif de 2,5%, détaille l’organisme algérien des statistiques.

Partant de ce constat, on peut affirmer que l’échantillonnage et la méthodologie  de l’ONS sont certainement à revoir, presque les deux tiers environ de la population totale du pays, à savoir plus de 43 millions d’habitants en Algérie au 1er janvier 2019, ne font partie de la population active en âge de travailler et se trouvent donc d’emblée exclus des statistiques du chômage.

Pire encore, alors que les femmes représentent environ plus de 49% de la population totale, elles ne représentent selon l’ONS que à 17,3% de la population active en âge de travailler, excluant ainsi des centaines de milliers de femmes qui, même si elles sont femmes au foyer, pourraient être intéressées par le marché de l’emploi.

Les mêmes problèmes méthodologiques se posent pour la définition de la population occupée : est-ce qu’un ouvrier journalier, la catégorie d’emploi la plus répandue dans notre pays, qui travaille quelques jours par mois ou quelques mois par an est considéré comme ayant un emploi ou comme chômeur? À partir de quel seuil de nombre de jours travaillés par mois ou par an est-t-il considéré comme faisant partie de la population occupée? Est-ce que les employés en formation professionnelle ou les stagiaires sont considérés comme faisant partie de la population active occupée ou en chômage?

Malheureusement, au regard des spécificités sociologiques en Algérie et de l’étendue du marché informel qui emploie plus de 4 millions de personnes, les statistiques publiées par l’ONS ne permettent pas de calculer un taux de chômage réaliste et fiable. Et lorsqu’on voit les cafés pousser comme des champignons dans nos villes et qu’ils sont toujours bondés de jeunes et de moins jeunes en train de jouer aux dominos, on peut douter de la véracité de ce taux de 11,4% enregistré par l’ONS en mai 2019. Ce taux  implique qu’il n’y aurait qu’un seul chômeur sur 10 personnes actives en Algérie. Un chiffre en totale contradiction avec les réalités amères de notre pays marquée par une récession économique des plus effrayantes. Le pouvoir algérien use malheureusement de mauvaises méthodes scientifiques pour cacher le véritable grand nombre des chômeurs dans le pays.

 

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