On est loin, très loin, de la rupture que Tebboune avait promis aux Algériens et Algériennes lors de son discours d’investiture. Pis encore, les premières nominations décidées par Abdelmadjid Tebboune et son nouveau premier-ministre, Abdelaziz Djerad, signent le retour aux commandes de l’Etat de plusieurs anciens serviteurs du pouvoir algérien. 

D’abord, c’est un certain Belaïd Mohand Oussaïd qui vient d’être nommé ministre conseiller à la communication, porte-parole officiel de la Présidence de la République. Agé de 72 ans, Belaid Mohand Oussaid a été l’ancien ministre de la Communication de Bouteflikan le 4 septembre 2012 en remplacement de Nacer Mehal. Et lors de son passage au ministère de la communication, Belaid Mohand Oussaid a laissé derrière lui un bilan totalement décevant. A l’époque, il avait échoué magistralement à procéder à la mise sur pied de l’instance de régulation de la presse écrite, comme stipulée dans la nouvelle loi sur l’information adoptée en janvier 2012. Il avait également très mal-géré le problème du problème des dettes des journaux auprès des imprimeries étatiques. Un dossier explosif qui le laissera en suspens provoquant plus tard la fermeture ou la suspension de plusieurs quotidiens algériens notamment ceux qui dérangeaient le pouvoir algérien à travers leur ligne éditoriale.

Un bilan très médiocre et une présence inefficace au gouvernement. Belaid Mohand Oussaid partira sur une très mauvaise en septembre 2013 et lors de la formation du gouvernement Sellal II, l’actuel porte-parole de la Présidence de la République fut éjecté sans aucune explication. L’homme reviendra à la politique pour militer à la tête de son Parti de la liberté et de la justice (PLJ), une formation du courant conservateur.  Un parti qui n’a jamais marqué la vie politique algérienne avec un quelconque apport positif ou enrichissant.

A la lumière de tous ces éléments, l’on est naturellement tenté d’affirmer que la nomination de Belaid Mohand Oussaid à la Présidence de la République est un véritable flop. Et la déception ne s’arrête pas-là puisqu’un autre symbole de l’ancien régime Bouteflika a fait son retour dans l’équipe de Tebboune. Et cette fois-ci, c’est l’universitaire et « intellectuel » Premier ministre, Abdelaziz Djerad, qui a procédé, dimanche, à la nomination de Brahim Bouzeboudjen en qualité de directeur de cabinet. Or, cet homme est celui qui avait plongé l’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption (ONPLC) dans une totale déchéance.

Le 7 novembre 2010, Brahim Bouzeboudjen a été nommé par le président déchu Bouteflika à la tête de l’ONPL pour une période de cinq ans. Il avait comme membre de son équipe, Mme Sabrina Temkit, l’épouse d’un certain Sabri Boukadoum, le premier-ministre intérimaire qui avait succédé à Nourredine Bedoui, et lui aussi l’un des amis proches de Tebboune.

Avant d’aborder plus profondément son rôle scélérat à la tête de l’ONPLC, il est utile de souligner que Brahim Bouzedboudjen est l’incarnation parfaite de l’apparatchik du système algérien. Ce même Brahim Bouzeboudjen a fait l’essentiel de sa carrière dans le finances comme directeur du budget en mai 1988 où il avait la délégation de signature au nom du ministre des finances de l’époque, Abdelaziz Khellef. Le 27 novembre 1989, le ministre de l’économie, Ghazi Hidouci, lui donne la délégation de signer en son nom tous actes et décisions à l’exclusion des arrêtés. En mai 1990, Brahim Bouzeboudjen a été nommé membre du conseil d’administration du centre d’ingénierie et d’expertise financière pour une période de 6 ans par Mouloud Hamrouche .  Le 3 novembre 1990, il a été nommé directeur général du budget. Le 2 novembre 1996, il a été nommé directeur de cabinet du ministre des finances, Abdelkrim Harchaoui, en 1997, il a été nommé secrétaire général du ministère des finances,  poste qu’il a occupé jusqu’à sa nomination au cabinet de…. Benflis lorsque ce dernier était le chef de gouvernement en août 2000.

Mais le plus troublant dans la carrière et parcours de Brahim Bouzeboudjen demeure ses relations avec l’ex-DRS. De nombreuses sources concordantes assurent que le nouveau directeur de cabinet du Premier-ministre algérien fut un ancien officier subalterne du DRS. En octobre 2015, dans une contribution publiée par Fares Bouhsane, un retraité du secteur des finances, une contribution parue sur le média Algérie 1, il est raconté que Brahim Bouzeboudjen a profité des multiples avantages matériels et pécuniaires de sa fonction à la tête de l’ONPLC.

« Comment peut-on accepter de bénéficier d’un très haut revenu, d’un véhicule de luxe haut de gamme et autres avantages pour observer délibérément une inactivité condamnable ? La principale mission de l’organe dont il s’agit est de prévenir la corruption, une tâche pédagogique sans plus, facile pour qui veut être utile à son pays. Dire qu’il a été fait obstruction à l’action de l’organe est fallacieux. Que ce responsable cossard n’aille surtout pas dire qu’il a été empêché d’agir. Cet organe a été doté des moyens et des pouvoirs nécessaires pour mener à bien la mission de prévention de la corruption dont il a été investi », avait dénoncé à l’époque ce retraité du ministère des Finances d’après lequel  « certains membres de l’organe soutiennent que non seulement Brahim Bouzeboudjen n’a sciemment rien fait, mais qu’il a en plus empêché les membres dudit organe de travailler. Ces membres sont tous des personnalités de haut niveau de compétence ».

A l’époque personne n’était monté au créneau pour dénoncer la gestion opaque de Bouzeboudjen. Et aujourd’hui, ce dernier fait un retour fracassant au cabinet du premier-ministre. Un retour qui soulève de nombreuses interrogations car l’Algérie d’aujourd’hui a besoin de cadres intègres, compétents et neutres. Ce qui ne correspond pas du tout au profil de Brahim  Bouzeboudjen. Ce cacique du système illustre ainsi par excellence le statu-quo dans lequel patauge le pouvoir algérien. Et Abdelmadjid Tebboune est en train de prolonger les mêmes vieilles habitudes d’un pouvoir aux abois incapable de se renouveler et de faire sa mue. C’est tout simplement énervant et étonnant.

 

 

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