Document. Transport maritime : L’Algérie fait marche arrière et modifie un règlement bancaire qui a failli isoler le pays du reste du monde

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L’Algérie est passée à deux doigts d’une grave crise économique qui aurait pu provoquer une pénurie de produits alimentaires ou pharmaceutiques, en tout cas de première nécessité, en raison d’un nouveau règlement bancaire étonnamment insensé. En effet, tout a commencé le 30 septembre dernier lorsque l’ABEF (association des banques algériennes) a annoncé les nouvelles barrières aux importations prises par le Ministre des finances. Ces nouvelles mesures concernent la règle Incoterms “FOB (Free on Board)” et le recours au différé de paiement de 9 mois sont obligatoires sur les produits de la téléphonie et de l’électroménager exportés en pièces détachées ou en kit en vue d’assemblage en Algérie.

La note a indiqué que « les importateurs doivent recourir, en priorité, aux capacités nationales de transport maritime », d’où l’Incoterm FOB imposé aux exportations vers l’Algérie. Il obligera le destinataire algérien à organiser le transport principal et à payer le fret maritime en dinar. Objectifs : promouvoir l’utilisation de la flotte maritime nationale, réduire le recours aux moyens de transport étrangers en vue de réduire les dépenses en devises pour aider à l’importation de produits de première nécessité, notamment infantiles.

Le 3 décembre dernier, ces nouvelles barrières ont été étendues à l’ensemble des exportations à destination de l’Algérie. Et depuis cette date-là, ces nouvelles mesures ont jeté un froid sur les échanges entre les armateurs et fournisseurs étrangers avec l’Algérie, déjà mis à mal par l’obligation de bloquer 120 % des achats sur un compte en banque et autres exigences documentaires déjà en vigueur. En plus, ces Les compagnies maritimes algériennes ont-elles la capacité d’absorber de tels flux ? Malheureusement, non !

Il faut  savoir qu’à cause de la régression de la flotte maritime nationale, seulement 3% des marchandises algériennes sont actuellement transportées par le pavillon national, à savoir une compagnie maritime nationale.  Le reste étant transporté par des armateurs étrangers. Le transport maritime a été confié à des compagnies installées à l’étranger avec tout ce que cela induit comme transferts de devises. Les transferts de devises effectués par les armateurs étrangers coûtent à l’Etat entre 4 à 5 milliards de dollars annuellement, soit 20% plus cher que ce qu’aurait coûté un fret assuré par des opérateurs locaux, a souligné à ce propos le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Ali Bey Nasri.

Dans ce contexte l’Algérie est terriblement dépendante des compagnies maritimes européennes (dont la CMA-CGM) qui ont été impactées par ces nouvelles mesures bancaires inapplicables dans la réalité. La procédure de l’incoterm FOB (franco à bord) avec recours prioritaire et chaque fois que possible au transport maritime national a provoqué rapidement des conséquences néfastes  dans les relations d’affaires entre les importateurs algériens et leurs fournisseurs étrangers.

Preuve en est, les principaux armateurs qui relient les ports mondiaux à l’Algérie (MSC, CMA CGM, Marfret, Maersk…) ont préparé leur riposte. Une riposte qui aurait pu mettre en danger l’économie algérienne et la sécurité alimentaire du pays. Et pour cause, ces compagnies maritimes internationales avaient prévu de refuser d’accepter du fret sur leurs navires à destination des ports algériens à compter du 1er janvier 2020.

« C’est en effet à cette date que les banques algériennes et les importateurs appliqueront la note du ministère des finances algérien de septembre 2019 imposant la généralisation de l’Incoterm FOB qui signifie des délais de paiement, en dinars au lieu de l’euro, pouvant aller jusqu’à un an. Ainsi, seule la Cnan et son associée depuis début décembre 2019, la compagnie maritime turque Arkas, maintiennent leurs services. Les armateurs européens, par la voix de l’association ECSA, dénoncent « la distorsion de concurrence », la « violation de l’article 34 de l’accord euro-méditerranéen » de 2005 établissant une association entre les États membres de la Communauté européenne et l’Algérie », nous apprend à ce sujet le média spécialisé Businews d’après lequel « les compagnies maritimes, extrêmement préoccupées par cette situation » ont  demandé au premier ministre algérien de « reconsidérer ces mesures » qui vont à « l’encontre des pratiques commerciales habituelles et affecteront fortement les opérateurs économiques desservant les marchés algériens ».

Face à ces pressions et ces menaces qui aurait isolé l’Algérie du reste du monde étant donné que les navires algériens pouvant transporter des marchandises et des équipements stratégiques vers les ports notre pays sont rares, le gouvernement fait marche arrière et revoit sa copie.

L’Association des banques et établissements financiers (Abef) a donné une nouvelle instruction sur les conditions d’application des mesures relatives aux importations en FOB.  Et dans cette nouvelle note, l’ABEF corrige ses bêtises et rectifie le tir en expliquant que  « les opérateurs sont invités à adopter, en priorité cet incoterm chaque fois qu’un tel choix est possible. Dans le cas, où la facture présente à la domiciliation est en C.F (coût et fret), elle doit alors, être détaillée et décomposée en trois parties: la marchandise, le fret et l’assurance ».  Les autorités algériennes suppriment donc l’interdiction de recourir aux armateurs étrangers et changent leur orientation concernent le mode de paiement du fret et transport des marchandises. Un changement qui a sauvé le pays d’un conflit économique qui aurait aggravé les tensions financières dans notre pays. Encore une bêtise corrigée de justesse. Une bêtise qui s’explique par la mauvaise gouvernance et l’incompétence de nos actuels dirigeants.

 

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