Profitant des incertitudes politiques et de l’anarchie qui règne en Algérie, la branche de trading de matières premières agroalimentaires du groupe émirati Al Ghurair s’apprête à faire main basse sur le blé algérien. 
Nous avons effectivement appris au cours de nos investigations que des instructions confidentielles ont été données depuis plusieurs semaines à l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) d’acheter du blé et céréales par l’intermédiaire de la branche de trading du groupe Emirati installé à Dubai AL-GHURAIR au lieu de les acheter directement comme d’habitude auprès des fournisseurs français habituels.
Il faut savoir que l’OAIC gère un immense marché dépassant les 3 milliard de dollars chaque année. cet organisme étatique chargé de gérer pas moins de 3,1 milliards de dollars pour l’achat des céréales à l’étranger. Le blé est un enjeu majeur pour l’Algérie dont la consommation nationale atteint 10 millions de tonnes. 

Le poste de directeur général de l’OAIC est donc un poste très stratégique nettement plus important que celui de certains portefeuilles ministériels au gouvernement. Ainsi, depuis le 16 septembre, l’arrivée d’un nouveau directeur général, à savoir Abderrahmane Bouchahda, nommé par la Présidence de la République, s’est accompagné par un nouveau lot de pratiques occultes. 

1 jour après son installation à la tête de l’OAIC, ce nouveau directeur général commande pas moins de 600 mille tonnes de blé pour à peu près 130 millions de dollars. Une décision controversée et incompréhensible car le gouvernement avait annoncé auparavant que l’Algérie a réalisé une récolte record de 3,9 millions de tonnes (Mt) sur la campagne 2018/2019, soit une hausse de 61% de la production, dont 3,15 Mt de blé dur. Le pas vers une autosuffisance en blé dur est presque franchi. 

Selon plusieurs sources concordantes, ces chiffres communiquées par le gouvernement sont tronqués car l’Algérie s’apprête à acheter à l’étranger pas moins de 7,2 millions de blé d’ici la fin du mois de juin 2020 en raison de la faiblesse de la production nationale et locale qui ne dépassera pas les 4 millions de tonnes. La France demeure le principal fournisseur de notre pays au moment où plusieurs pays, comme la Russie, ne cessent de convoiter le marché algérien.

C’est dire que les enjeux sont énormes. Mais la transparence demeure totalement absente à l’OAIC. Et la nomination d’Abderrahmane Bouchahda n’est pas rassurante car cet ancien directeur régional de la coopérative des céréales et des légumes secs d’Annaba est très proche des enfants du chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah. Le patron de l’OAIC serait, effectivement, le neveu de la femme du puissant chef d’Etat-Major. Et l’un de ses fils active dans le secteur agro-alimentaire à travers des unités de stockage de céréales et de minoterie. N’est-ce pas un conflit d’intérêt dangereux ?

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