Beaucoup de pain sur la planche. Et la métaphore est loin d’être suffisante pour décrire avec fidélité la réalité qui attend Abdelmadjid Tebboune, le nouveau Président de la République, qui vient d’être élu avec 58,15% des voix exprimées à l’issue de l’élection présidentielle tenue jeudi, selon les résultats préliminaires annoncées par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

Il faut reconnaître que pour Abdelmadjid Tebboune, le pouvoir en ce moment n’est guère un cadeau. Pis encore, c’est un cadeau empoisonné car il doit faire face à une situation tout simplement explosive. Le, désormais, nouveau Président de la République est d’ores et déjà rejeté par une grande partie du peuple algérien, à savoir les manifestants du Hirak qui ce vendredi 13 décembre, à savoir le jour même de l’annonce de son sacre, sont sortis massivement dans les rues de toutes les plus grandes villes du pays pour rejeter catégoriquement les résultats de ces élections présidentielles contre lesquelles le Hirak s’est mobilisé pendant de longues semaines.

Tebboune est donc un Président qui souffre d’un très sérieuse déficit de légitimité. Et l’homme doit agir vite s’il veut gouverner réellement un pays  qui s’enfonce de jour en jour dans un climat insurrectionnel comme en témoigne les grosses manifestations populaires organisées jeudi 12 décembre un peu partout à travers l’Algérie.

Selon nos sources, Abdelmadjid Tebboune dispose d’une feuille de route pour parer à cette situation. Il s’agit, en vérité, d’une stratégie qui avait été préparée préalablement par l’Etat-Major de l’ANP. Cette stratégie comprend, certes, la désignation d’un nouveau Chef d’Etat en dépit de la très forte contestation populaire, mais aussi plusieurs mesures d’apaisement qui devront être prises au lendemain de l’investiture du nouveau Chef d’Etat.

Ces mesures concernent en premier lieu une libération des détenus d’opinion et détenus politiques. Tebboune devra d’ici le début du mois de janvier annoncer la libération de plusieurs détenus politiques comme Karim Tabbou, Bouregaâ et instruira la justice algérienne de relaxer les manifestants du Hirak enfermés dans les prisons pour port du drapeau amazigh ou de banderoles hostiles à l’institution militaire.

Dans le sillage de cette libération progressive des détenus d’opinion et politiques, Abdelmadjid Tebboune pourrait, selon les termes de cette feuille de route du haut commandement militaire de l’ANP, engager un dialogue politique avec les détenus politiques et les forces de l’opposition dans l’espoir de dégager un consensus qui pourrait calmer un tant soit peu la colère populaire de la rue.

Ce dialogue devra aboutir à la dissolution de l’actuel parlement pour organiser de nouvelles élections législatives au printemps 2020. Ces nouvelles élections seront censées intégrer dans la composante du nouveau parlement de nouveaux représentants de l’opposition et un rajeunissement de l’âge des parlementaires. Tebboune espère ainsi disposer d’un nouveau parlement qui se targuera d’un minimal syndical en termes de légitimité populaire. En parallèle, Tebboune poursuivra les arrestations et inculpations de plusieurs autres oligarques et dirigeants politiques impliqués dans des affaires de corruption. Une guerre annoncée contre la « corruption » que le nouveau Président va utiliser pour redorer son blason et rassurer les Algériens dégoûtés par les dilapidations gravissimes des deniers publics dans leur pays.

Toutes ces mesures font gagner beaucoup de temps à Abdelmadjid Tebboune et le pouvoir algérien. Le nouveau Président appliquera certes une feuille de route qui avait été préparée bien avant sa « désignation » à la tête de l’Etat. Mais, certifient nos sources, Tebboune ne manquera pas de surprendre en apportant sa touche et sa « ruse » pour débloquer une situation politique très complexe en ce moment en Algérie. Une seule donnée reste à déterminer : le Hirak va-t-il faiblir ou maintiendra-t-il sa dynamique face à cette stratégie qui sera déployée dans les jours et semaines à venir ?

 

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