Débat télévisé entre les candidats aux élections présidentielles : Ali Benflis domine, Mihoubi s’en sort, Tebboune déçoit…

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Le premier débat télévisé dans l’histoire de l’Algérie organisé, ce vendredi soir, entre les cinq candidats en lice pour l’élection présidentielle algérienne, qui aura lieu le 12 décembre prochain, a dévoilé l’indigence des programmes électoraux des 5 prétendants à la magistrature suprême en Algérie. Les 5 candidats ont versé dans les généralités, les constats superficiels et peu de solutions concrètes ont été débattues, proposées ou exposées aux Algériens. 

De la politique en passant par l’économie et les divers problématiques socio-culturelles qui préoccupent la société algérienne, les 5 candidats se sont contentées de lister les complications que tous les Algériens et Algériennes connaissent parfaitement puisqu’ils les subissent au quotidien. Les 5 candidats algériens aux élections présidentielles ont dressé des tableaux connus de tous les Algériens sans approfondir pour autant les véritables sujets majeurs du moment en explorant de nouveaux horizons et en y apportant des réponses concrètes. C’est, ainsi, la première conclusion que l’on peut tirer de ce premier débat télévisé dans l’histoire des élections présidentielles algériennes.

Cependant, s’il faut noter chacun de ces 5 candidats à la lumière de leur prestation au cours de ce débat télévisé, force est de constater que certains ont su comment tirer, toute proportion gardée, leur épingle du jeu alors que d’autres ont déçu les attentes de leurs fans ou supporters. En effet, une observation objective de ce premier débat télévisé en Algérie nous permet de constater que le candidat Ali Benflis a dominé ses adversaires. L’ex-Chef de gouvernement a bien utilisé son expérience au service de l’Etat algérien pour imposer une aura et une meilleure maîtrise des enjeux abordés par les multiples questions formulées par les journalistes encadrant ce débat télévisé diffusé par toutes les chaînes de télévision algérienne.

En toute objectivité, Ali Benflis a été le plus concret des 5 candidats et c’est celui qui a fait part des propositions les mieux développées en matière d’économie ou de société. A titre d’exemple, Benflis est celui qui a réellement insisté sur l’importance du développement de l’économie numérique et la numérisation de l’école algérienne. Benflis a même développé une idée intéressante concernant la baisse de 20 % du budget de fonctionnement de l’Etat algérien pour réduire le train de vie jusque-là « princier » des hauts responsables algériens. Benflis a même proposé la création d’un « office » indépendant qui contrôle les dépenses et la gestion du secteur de la santé, l’un des secteurs les plus ébranlés par les problèmes de la mauvaise gouvernance en Algérie.

D’un point de vue purement pragmatique, Ali Benflis s’est fortement distingué des 4 autres candidats. Est-ce l’expérience qui parle ou la ruse d’un homme habitué aux campagnes électorales ?

Force est également de constater que le candidat Azzedine Mihoubi s’en est finalement bien sorti. Tous les projecteurs étaient braqués sur le candidat du RND qui bénéficie jusque-là de tous les soutiens des médias les plus lourds en Algérie et de nombreuses chapelles politiques proches du pouvoir algérien. Azzedine Mihoubi enfilait depuis des jours le costume du « candidat du système ». Sa prestation était donc très attendue lors de ce premier débat télévisé de l’histoire des élections présidentielles en Algérie. Et Mihoubi s’en est plutôt bien sorti.

Un discours serein, des propositions plus au moins concrètes à l’image de l’introduction des tablettes dans l’enseignement des écoles algériennes ou la création d’un conseil national de la diaspora algérienne ainsi qu’une baisse ou suppression des impôts au profit des entreprises qui recrutent les diplômés de l’université algérienne. Jusque-là, les adversaires ont beaucoup minimisé les qualités et mérites d’un Azzedine Mihoubi qualifié d’un simple « poète » dépourvu de toute compétence politique qui lui permet de diriger un grand pays comme l’Algérie.

Au final, Mihoubi a su comment redresser la barre et améliorer son étoffe même s’il demeure peu convaincant dans plusieurs domaines et secteurs. En revanche, l’ex-premier ministre Abdelmadjid Tebboune a beaucoup déçu pendant ce débat télévisé. L’homme s’est enfermé dans les constats généralisateurs et n’a fait que répertorier des problèmes connus de tous nos compatriotes sans développer ses solutions et expliquer le projet qu’il veut porter ou concrétiser s’il arrive au Palais Présidentiel d’El-Mouradia.

La prestation de Tebboune est totalement surprenante car l’homme dispose d’une grande expérience sur le terrain politique et il connaît parfaitement les rouages de l’Etat. Il avait géré pendant de longues années le secteur de l’habitat, il avait connu les défis des fonctions d’un Premier-ministre. Malheureusement, l’homme n’a aucunement tiré profit de sa longue expérience et contrairement à un Ali Benflis concis et pragmatique, Tebboune a enchaîné les discours simplistes. Une seule solution concrète a figuré dans ses longues phrases  : suppression de l’Impôt sur le revenu Global (IRG) pour les salariés algériens qui touchent moins de 30 mille Da.

Pour tout le reste, Tebboune n’a approfondi aucun sujet sérieux et dessine uniquement une réalité amère que les Algériens et Algériennes connaissent parfaitement. Les citoyens et citoyennes attendent autre chose de la part d’un politique aussi chevronné comme Tebboune.

Concernant enfin Abdelaziz Belaid et Abdelkader Bengrina, les deux candidats ont tenté de se frayer un chemin parmi les trois poids lourds qui monopolisent les regards des médias et les manoeuvres des lobbyistes. Abdelaziz Belaid a profité de l’occasion pour s’affirmer face à Benflis, Mihoubi et Tebboune. Ceci dit, le commun des mortels sent le manque d’expérience et la naïveté dans certaines solutions proposées qui paraissent pas du tout réaliste à l’image de créer 1000 villages touristiques à travers lesquels Abdelaziz Belaid espère relancer le tourisme en Algérie. Or, pour attirer des touristes, il faut créer une véritable « destination Algérie » et faire preuve d’un marketing prometteur. Malheureusement, une nouvelle infrastructure ne suffira pas pour développer le tourisme sans une nouvelle image séductrice de l’Algérie.

Quant à Bengrina, l’homme a réussi à maitriser son temps parole. Mais il peine à se défaire de son discours populiste et de sa dépendance vis-à-vis de l’idéologie conservatrice et islamiste. Une image qui ne colle pas forcément avec ce que les Algériens désirent comme changement dans leur pays. En conclusion, aucun de ces 5 candidats aux élections du 12 décembre n’a réellement l’étoffe d’un Chef d’Etat ou d’un Président de la République qui peut créer une nouvelle Algérie ou mettre en place cette deuxième République dont rêve tous les Algériens.

Certains de ces 5 candidats sont de bons politiques comme Ali Benflis, mais ils sont tous « unis » par un seul et même défaut : l’absence d’un souffle nouveau qui peut mobiliser et fédérer les Algériens.

 

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