Exclusif. Plus de 146 officiers militaires algériens en prison dont trois anciens patrons de la DCSA

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C’est du jamais vu. A aucun moment dans l’histoire de l’Algérie, un nombre aussi élevé d’officiers supérieurs de l’armée algérienne placés en détention à la prison militaire de Blida n’a été enregistré. Depuis le mois d’avril dernier, plus de 146 officiers supérieurs de l’armée ont été enfermés à la prison militaire de Blida, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations. 

Et parmi ces officiers supérieurs, nous retrouvons des hauts gradés influents et hauts responsables puissants dont trois anciens patrons de la direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), à savoir le service de renseignement interne de l’armée. Il s’agit, effectivement, du colonel Nabil Boubekeur, alias BOB, le général Babouri Abdelwahab, limogé de son poste à la DCSA le 20 septembre dernier, et le général-major Athmane Benmiloud placé en détention au début du mois de nombre passé. Ces trois hauts gradés ont tous été les patrons et premiers responsables de la DCSA, l’appareil sécuritaire le plus stratégique de l’armée algérienne. Et ils finissent tous en prison !

L’incarcération du colonel BOB date de la mi-août a soulevé un vent de panique au sein des rangs de l’ANP. Et pour cause, le colonel BOB n’est pas n’importe qui comme il a été expliqué dans l’une de nos récentes enquêtes au cours de laquelle nous avons dévoilé l’histoire secrète de cette affaire soigneusement étouffée par le sérail militaire.

Le colonel BOB est l’homme qui a pris les rênes de la DCSA à la suite du déclenchement du Hirak à partir du 22 février. Jeune colonel, âgé de 51 ans, très respecté et apprécié pour son dévouement, le colonel BOB est l’officier qui avait dirigé toutes les enquêtes menées à l’encontre des personnalités politiques influentes du clan présidentiel des Bouteflika. C’est également lui qui avait lancé les enquêtes sur les richissimes oligarques les plus nocifs de l’ère Bouteflika.

Mais c’est surtout le colonel BOB qui a démêler l’écheveau du « complot » orchestré par Said Bouteflika, Bachir Tartag et le général Toufik contre le haut commandement de l’ANP. Les résultats du travail mené par le colonel BOB sont impressionnants. Malgré cela, dés le début de l’été, le colonel BOB sera écarté de la DCSA pour une sombre histoire de corruption qui implique plusieurs de ses collaborateurs de la DCSA. L’homme finira en prison dans une totale opacité et 18 personnes seront enfermées également dont un civil connu pour son lobbying et proximité avec de nombreux oligarques algériens. Toutes ces personnes ont été accusés de former un « réseau d’affairistes » qui exerçait du chantage au nom de l’armée à l’encontre de plusieurs personnalités du monde des affaires en Algérie.

Mais jusqu’à aujourd’hui, la justice militaire n’a rendu aucune conclusion fiable ou sérieuse pour démontrer la réelle culpabilité du colonel BOB. Pour de nombreuses sources militaires bien introduites au sein du ministère de la Défense Nationale, il s’agit plutôt de règlements de comptes opérés au sein du haut commandement militaire de l’ANP pour écarter le colonel BOB dont les investigations poussées sur les affaires de plusieurs hauts responsables de l’Etat-Major de l’ANP avaient commencé à déranger.

Et lors de l’emprisonnement du général Babouri Abdelwahab, plusieurs chefs de la DCSA à Constantine et à l’ouest du pays sont également « tombés en disgrâce » et finiront par le rejoindre à la prison militaire de Blida. Là aussi, c’est toujours le même scénario qui a été reconduit : opacité totale autour des charges qui pèsent contre ces officiers supérieurs de l’armée. Le général-major Benmiloud Atmane, surnommé « le caniche » par ses hommes en raison de son chien qu’il traine partout. Cet officier était l’ancien chef de la DCSA. Considéré comme un homme sans envergure mais qu’on dit loyal, c’est ce général qui avait supervise notamment, au nom de l’armée, les perquisitions et les convocations dans le très lourd dossier dit de la cocaïne du port d’Oran.

Trois mois après, le général Athmane Benmiloud a été brutalement limogée et remplacé, après avoir été admis, quelques jours avant sa révocation, à l’hôpital militaire de Aïn-Naâdja suite à un malaise cardiaque. A l’époque, les proches de Gaïd Salah ont expliqué qu’Athmane était en relations permanentes avec le général Toufik. Autrement dit, le traitre aurait joué double jeu. Et après avoir été auditionné à plusieurs reprises par une commission d’enquête au mois d’octobre dernier, ce général se retrouvera, lui-aussi, à la prison militaire de Blida.

Mais dans ce dossier, des éléments troublants l’accablent et l’accusent d’avoir fomenté des « complots » au sein des rangs de l’armée pour obtenir sa réhabilitation et son retour aux commandes de la DCSA. Au final, toutes ces histoires démontrent que l’armée algérienne n’est guère aussi solide, cohérente et forte qu’elle le laisse paraître. Corruption, chantage et esprit de complotite minent profondément son fonctionnement interne. Et jusqu’à aujourd’hui, les règlements de comptes opérés dans le sillage de la chute du clan présidentiel des Bouteflika ont fait beaucoup de dégâts en emportant dans leur sillage des officiers jeunes, engagés et réputés pour leur professionnalisme. Qu’attend la justice militaire pour imposer le droit et la loi au détriment des considérations politiques et clanistes ?

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