Le malaise est indescriptible au sein de l’institution militaire algérienne. L’incompréhension et la méfiance règnent en maître au sein de plusieurs institutions stratégiques de l’armée. L’arrivée au pouvoir de plusieurs nouveaux décideurs et hauts responsables désignés et choyés par Gaid Salah a provoqué un profond déchirement au sein des services secrets, l’ex-DRS, ou la Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée (DCSA). 

Le problème est, à la fois, complexe et simple : Ahmed Gaid Salah a désigné plusieurs nouveaux hauts responsables à la tête des structures de ces nouveaux services délicats et sensibles. Des nominations qui n’obéissent à aucun critère de compétence ou de méritocratie. Au contraire, ces nominations s’inscrivent uniquement dans le silage des règlements de comptes  orchestrés par les officines qui entourent Ahmed Gaid Salah.

Le général Bouazza incarne à lui-seul ces contradictions internes qui font tant de mal à la lucidité du chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah. Le général Wassini Bouazza a été nommé à la tête du renseignement intérieur, la Direction de la Sécurité intérieure (DSI), en remplacement du général Abdelkader le  21 avril dernier. Or, cet homme n’a jamais connu le monde du renseignement. Pis encore, il n’a jamais exercé la moindre fonction en relation avec l’univers sombre des services secrets.

Ce général originaire de la région de Nedroma à Tlemcen est un enfant du ministère de la Défense Nationale. Il occupait le poste de Directeur central des infrastructures militaires auprès du ministère de la Défense nationale. Il doit son ascension à son amitié avec le général Ghali Belkecir, l’ex-patron de la gendarmerie nationale, et sa famille. Il a été également propulsé dans sa carrière grâce à l’aide de l’ancien commandant des forces de défense aérienne du territoire, le général-major Amar Amrani. Le général Bouazza était pendant de nombreuses années le collaborateur de ce général-major qui avait fini par l’introduire auprès d’Ahmed Gaid Salah.

Mais comment le général Bouazza a pu convaincre Gaid Salah de le placer à la tête de l’une des directions les plus sensibles des services secrets algériens ? La réponse est étonnante. Et pour cause, le général Bouazza entretenait depuis de nombreuses des années des relations solides avec plusieurs oligarques et membres actifs du clan de Said Bouteflika à l’image des frères Kouninef. Le monde de l’argent, le général Bouazza le connaît très bien car il gérait un important budget lorsqu’il présidait aux destinées du département des infrastructures militaires. Il gérait un important budget et de nombreux marchés publics qu’il distribuait au profit des hommes d’affaires les plus fidèles au régime et enfants de la nomenklatura du système.

Dés les premiers signes de la fin du clan présidentiel en raison de l’impressionnant Hirak populaire, le général Bouazza se rend au cabinet de Gaid Salah pour lui proposer ses « services » et surtout lui dévoiler les dossiers des Kouninef et des autres partenaires proches de Said Bouteflika. Gaid Salah décide de le récompenser et de le placer à la tête du renseignement intérieur en remplacement du général Abdelkader, réputé trop proche de Said Bouteflika.

Mais très rapidement, le général Bouazza prouve ses incompétences et son incapacité à s’adapter au monde du renseignement. L’homme est limité, peu cultivé et peine à imposer le respect au sein de ses équipes. Pis encore, il multiplie les bourdes et adresse des rapports faussés, bidonnés et infondés au haut commandement militaire de l’ANP. Pour sauver sa tête, il va s’appuyer sur l’expérience du général « Caniche », l’ex-patron de la DCSA, limogé dans des conditions troublantes en 2018 pour ses accointances avec l’Etat-profond du général Toufik.

Avec le savoir-faire et l’expérience du général « Caniche », le général Athmane Benmiloud, le général Bouazza tente de maquiller son incompétence. Et le général « Caniche » utilise Bouazza pour avancer ses pions sur l’échiquier politique dans l’espoir de revenir un jour au pouvoir. Premier signe de ce plan machiavélique : la nomination du général Nabil, l’adjoint de Bouazza, à la tête de la DCSA en remplacement du colonel Abdelouahab Barbouri qui avait été désigné à la tête des services de renseignement interne de l’armée après la chute vertigineuse du colonel Boubekeur, moins de deux mois après sa désignation à la tête de ce service sensible à la place du général Sid Ali.

La DCSA victime d’une instabilité chronique et un renseignement intérieur confié à un amateur manipulé derrière le rideau par un général à la retraite et à la réputation sulfureuse, Gaid Salah a commis, de l’aveu de plusieurs fins connaisseurs de l’institution militaire algérienne, des erreurs qui risquent de le mener vers l’abîme. Ces hommes incompétents préfèrent lui mentir pour lui plaire que de lui dire la vérité dans des rapports professionnels et sérieux. Gaid Salah a continué ses mauvais calculs en préférant un semblant de fidélité à la véritable compétence que requiert, pourtant, des fonctions aussi sensibles.

A la tête du renseignement extérieur, il se débarrasse de l’expérimenté Ali Bendaoud pour le remplacer avec un certain colonel Kamel Remli qui occupait un poste au sein des forces de l’ANP à Laghouat ! Une désignation totalement excentrique : le renseignement extérieur nécessite des compétences pointues, un parcours complet et un réseau international. Comment peut-on confier une telle mission à un colonel originaire d’une wilaya de l’intérieur du pays ?

Les choix de Gaid Salah ont fini par provoquer l’ire de plusieurs hauts responsables de l’ANP. La polémique enfle et la lucidité du « chef » suscite de nombreuses interrogations. Le Général Bouazza, le colonel Remli ou le général Nabil ne font même pas l’unanimité au sein de leurs « troupes ». Comment peuvent-ils imposer le respect aux services étrangers partenaires de l’Algérie dans un contexte géopolitique dangereux ? Gaid Salah est-il conscient de ces enjeux ? Les rapports qui lui distillent les mensonges les plus fallacieux sur les opposants et les journalistes indépendants ne vont pas l’aider à se remettre en cause. La sécurité de l’Algérie est, malheureusement, dans une situation inquiétante.

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