Hier jeudi, la Cour de Mostaganem a ouvert un dossier très délicat qui a été longtemps étouffé par les autorités algériennes et les services de sécurité. De nombreux juges ont été auditionnés par des inspecteurs dépêchés depuis le ministère de la Justice à Alger. 

Ces magistrats ont été interrogés à propos des pressions et menaces qu’ils subissaient ces dernières années de la part de Tayeb Benhachem, l’ex-inspecteur général du ministère de la Justice, et Tayeb Louh, l’ancien ministre et pilier du régime Bouteflika. Au cours de ces auditions, les juges de la Cour de Mostaganem ont expliqué comment ces deux anciens hauts responsables dont Tayeb Louh qui croupit en ce moment à la prison d’El-Harrach, leur adressaient des instructions pour confectionner des verdicts et des jugements taillés sur mesure en fonction des intérêts affairistes ou politiques de Tayeb Louh et ses collaborateurs.

Cependant, au cours de ces auditions, les magistrats de la wilaya de Mostaganem ont dévoilé les tenants et aboutissants d’un immense scandale qui s’est déroulé en 2015 au tribunal de Mostaganem. A l’époque, un juge d’instruction a eu le courage de lancer une enquête sur une affaire de blanchiment d’argent qui impliquait l’un des frères Kouninef, Noah Kouninef, la puissante fratrie très proche de Said Bouteflika.

Ce juge d’instruction avait poursuivi sa procédure jusqu’au bout pour soumettre Noah Kouninef à l’instruction judiciaire. Il lance, par la suite, un mandat d’arrêt conformément aux conclusions auxquelles ont abouti ses investigations judiciaires. Mais le frère Kouninef n’est jamais inquiété. Pis encore, en 2016, soit une année plus tard, Noah Kouninef est accompagné par un colonel du DRS, le colonel Karim, pour se présenter devant le Procureur de la République près du tribunal de Mostaganem.

Et ce colonel va menacer et intimider le magistrat pour le contraindre à « vider » tout bonnement le mandat d’arrêt et obtenir une réhabilitation en bonne et due forme à Noah Kouninef, un super-citoyen intouchable parce qu’il est proche de la famille Bouteflika.

Apeuré, effrayé et humilié dans sa chair, le procureur a été contraint, à son grand dam, d’annuler le mandat d’arrêt relâchant ainsi Noah Kouninef et mettant fin à ce dossier compromettant de blanchiment d’argent. Et c’est ainsi que le colonel Karim a pu saboter le travail d’une justice qui se voulait libre et indépendante. Aujourd’hui, ces mêmes colonels et leurs parrains généraux veulent faire croire aux Algériens qu’ils se battent contre la corruption et la fin de la mafia politico-financière. Une blague de mauvais goût.

 

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