C’est une escalade inédite. Depuis le début de cette semaine, les arrestations arbitraires et musclées se multiplient à l’encontre des acteurs les plus actifs du mouvement populaire algérien du 22 février. Des figures médiatiques comme Fodil Boumala, Samir Belarbi ou Karim Tabbou ont été « neutralisées » de manière très inquiétante de la part des services de sécurité. Mais on ne compte pas les autres centaines d’anonymes, de simples facebookers, blogueurs, activistes sur le terrain et encadreurs des marches des vendredis, qui ont été incarcérés un peu partout à travers tout le territoire national. 

Ces arrestations marquent un tournant majeur dans la politique actuelle des autorités algériennes. Elles démontrent que le régime encore en place a franchi une dangereuse étape : l’affrontement direct avec le hirak pacifique. Le Chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, ne cache plus ses intentions belliqueuses et affiche clairement la nouvelle couleur : la répression directe pour casser le hirak et en finir avec la mobilisation populaire qui épate le monde entier par son pacifisme et son intelligence.

Après les arrestations ciblées, démontrant un impressionnant maillage sécuritaire, le haut commandement militaire ordonne de verrouiller les accès à la capitale Alger. Pis encore, il réclame des sanctions sévères à l’encontre des transporteurs qui embarquent des manifestants en direction d’Alger. Du jamais vu. Ces mesures témoignent de la stratégie de tension que veut déployer le régime algérien. Une stratégie consistant à semer la panique, la peur et les diverses frayeurs avec pour but de contraindre l’opinion publique à réviser ses positions pour réclamer au final un retour au calme au détriment des revendications démocratiques.

Une stratégie brutale et ô combien dangereuse car si le mouvement populaire algérien mobilise des millions de manifestants à chaque vendredi. Diviser un tel élan populaire en recourant à la répression et la politique du bâton engage un risque sécuritaire pour le pays. Combien de manifestants le régime algérien va-t-il encore enfermer ? Cette attitude risque d’attiser les tensions et nourrir les frustrations. Ce qui va créer un climat malsain lequel va menacer la tenue des élections présidentielles le 12 décembre prochain. Et après cela, l’Algérie se dirigera vers l’inconnu.

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