Le régime algérien, avec son actuelle coloration militaire, prétend lutter contre la corruption pour nettoyer le pays de ce cancer qui gangrène toutes les institutions de l’Etat. Mais il s’avère que ce même régime affiche une étonnante passivité face à certains de ses anciens principaux cerveaux de la corruption. 

Des cerveaux qui sont, pour la majorité d’entre eux, issus de l’institution militaire et ses divers organismes à l’image des services secrets. Algérie Part a lancé des investigations pour dévoiler aux Algériens et algériennes le rôle troublant joué par plusieurs hauts gradés des « services » dans l’enracinement dangereux de la corruption en Algérie. Et aujourd’hui, nous allons commencer par le fameux colonel Azzedine, un personnage totalement occulte et méconnu par les Algériens.

Et pourtant, ce colonel du DRS est l’une des pièces maîtresses de la corruption politique et de la dilapidation des deniers publics. Le colonel Azzedine était l’ancien directeur de la brigade économique du DRS entre 1991-1992. Un poste stratégique qui lui permettait d’imposer son diktat à tous les hommes d’affaires algériens désireux de faire du business. Aucun businessman ne peut réaliser le moindre projet s’il n’a pas dans sa poche ou ne renfloue pas les poches du fameux colonel Azzedine, un protégé du général Smail Lamari, l’un des poids lourds des services secrets algériens.

En 1998, le colonel Azzedine gagne en prestige et obtient un poste influent au ministère de l’Energie, là où toutes les affaires les plus juteuses de l’Algérie sont conclues grâce au secteur des hydrocarbures. Le colonel Azzedine noue des relations très fortes, et troublantes, avec deux richissimes hommes d’affaires qui faisaient la pluie et le beau-temps à la fin des années 90. Il s’agit de Waciny Ghezaili et N. Hafiz. Le premier vit aujourd’hui entre Paris et Marrakech. Le deuxième réside essentiellement à Londres.

Les deux businessmans étaient très proches de Mohamed Meziane, l’ex-PDG de Sonatrach et l’un des acteurs clés du scandale Sonatrach 1. Le colonel Azzedine protégeait tout ce beau monde en couvrant les distributions à tort et travers des marchés douteux engageant des sommes colossales de deniers publics.

Mais à partir de 1999, l’arrivée de Chakib Khelil complique cette équation. Le ministre de l’Energie veut mener une purge et procéder à un grand nettoyage pour placer ses propres hommes à la tête du secteur des hydrocarbures en Algérie. Il s’en prend très rapidement au colonel Azzedine et le bras-de-fer va durer des années. En 2009, Chakib Khelil obtient le limogeage de ce colonel ainsi que de 12 autres officiers supérieurs, des « conseillers militaires » qui officiaient dans plusieurs filiales de Sonatrach. Cet épisode s’était déroulé au plus fort de la guerre froide opposant le général Toufik à Chakib Khelil.

Ejecté de Sonatrach et de ses réseaux affairistes, le colonel Azzedine est envoyé à l’étranger, à Dakar plus exactement. Il y restera deux ans avant de prendre sa retraite dans la discrétion totale sans qu’aucune autorité ne lui réclame la moindre explication sur tous les secrets qu’il détient à propos des manoeuvres les plus occultes du système de corruption en Algérie. Aujourd’hui, le « mendjel » de l’institution militaire a épargné étrangement le colonel Azzedine et ce dernier profite de ses deux appartements à Paris dont l’un est situé dans le prestigieux 15e arrondissement. A chacun son destin. El-Harrach pour les uns, une retraite dorée pour les autres.

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