A Genève, la paisible et très chic ville suisse, deux grosses fortunes algériennes s’affrontent dans une affaire judiciaire qui soulève de nombreuses interrogations sur les pratiques de la surfacturation des opérations d’importation en Algérie. En effet, depuis fin 2017, Rachid Bettahar et Kada Berrahel s’affrontent au tribunal de Genève autour d’une affaire de dividendes et d’investissements qui dépasse le 1 million d’euros. 

Mais qui sont Rachid Bettahar et Kada Berrahel ? A eux-seuls, ces deux hommes détiennent de nombreux secrets sombres de l’économie algérienne et du système de la surfacturation permettant de transférer illicitement des devises depuis l’Algérie vers l’étranger. Rachid Bettahar est un ancien haut fonctionnaire de l’Etat algérien qui s’est converti en un redoutable homme d’affaires influent et richissime businessman en lançant deux entreprises en France et en Suisse spécialisées dans le commerce et fourniture des matières premières aux producteurs des produits alimentaires en Algérie.

Rachid Bettahar est l’ancien directeur de cabinet de Réda Hamiani lorsque ce dernier dirigeait au début des années 90 le ministère de la PME. Il était également directeur général de la chambre algérienne du commerce et de l’industrie (CACI) entre 1993 et 1994. C’est l’un des plus fins connaisseurs de l’administration algérienne et des rouages du régime algérien. Grâce à ses compétences, plusieurs hommes d’affaires algériens ont monté des affaires florissantes. Rebrab de Cevital, Général Abderrahim dans le secteur de la santé ou les Cherfaoui du groupe Blanky, toutes ces grosses fortunes ont recouru à ses services au cours des années 90 pour développer leurs affaires.

Mais l’homme vole de ses propres ailes et s’exile à Paris pour fonder son entreprise NEIL & MAN à travers laquelle il revend de la matière première et essentiellement du sucre à plusieurs producteurs algériens. Dans son bureau basé au 8e arrondissement à Paris, Rachid Bettahar a reçu toutes les grosses fortunes algériennes de Rebrab jusqu’aux frères Dahmani, propriétaires du groupe « La Belle ».

En 2002, ses affaires prospèrent et créé une nouvelle société à Genève appelée « Bacara » toujours spécialisée dans la fourniture des matières premières aux industries alimentaires et notamment le sucre. Pendant des années, il était le principal fournisseur du marché algérien jusqu’au lancement des raffineries de sucre par le groupe CEVITAL et ses autres petits concurrents. Mais durant une période précise, entre 1998 jusqu’à 2008, Rachid Bettahar faisait des chiffres hallucinants sur le marché algérien allant jusqu’à engranger prés de 30 millions d’euros en un seul mois.

Ses performances et son savoir-faire ont fait de Rachid Bettahar un homme « incontournable » aux yeux de plusieurs dirigeants algériens notamment Abdesslam Bouchouareb, l’ex-ministre de l’Industrie entre 2014 et 2017, qui va s’appuyer énormément sur l’expérience et le réseau de Bettahar pour élaborer sa politique et mener ses négociations.

Jusqu’à fin 2017, Rachid Bettahar entretenait d’excellentes relations avec Kada Berrahel, un oligarque méconnu en Algérie, mais faisant partie des plus grosses fortunes du pays. Kada Berrahel est le fondateur du groupe Berrahel, l’autre producteur de sucre qui tente ces dernières années de défier le monopole de Cevital de Rebrab. Berrahel, originaire de la wilaya de Mascara, possède deux raffineries de sucre à l’ouest du pays, à Mostaganem et Oran. Communément appelé le Rebrab de l’ouest, Kada Berrahel est très discret dans ses affaires alors qu’il avait constitué au cours de ces dernières années une immense fortune qui soulève, tout de même, de nombreuses interrogations car lui-aussi il a beaucoup profité des largesses du régime Bouteflika pour prospérer grâce au système des importations et leur lot de surfacturations suspectes et douteuses.

Au moment où de nombreux oligarques algériens sont en prison, Kadar Berrahel n’a pas attiré les projecteurs des services de sécurité ou de la justice ni ceux des médias. Discret, méconnu, Berrahel espère s’en sortir en se faisant très petit pendant cette période délicate de l’histoire de l’Algérie. Le milliardaire algérien ne se déplace plus à Paris où il avait l’habitude de loger très longuement à « l’hôtel de la Paix ».

Mais son nom figure toujours tribunal de Genève où il est en conflit avec Rachid Bettahar, son ex-fournisseur, avec lequel il devait s’associer en apportant une mise d’un million d’euros. Comment cet argent a quitté l’Algérie pour atterrir en Suisse ? Personne ne le sait. Mais cette association finit en queue de poissons et les deux hommes se séparent sur fond de tensions commerciales. Chacun réclamant à l’autre de l’argent, l’affaire a été transférée à la justice suisse dans l’indifférence générale à Alger alors que les deux hommes ont géré durant de longues années les opérations d’importation les plus controversées du sucre algérien. Des millards de dollars ont été dépensés depuis 1995. En effet, entre 1995 jusqu’2008, l’essentiel des importations du sucre en Algérie passaient par les sociétés de Bettahar, ce qui représente plus de 1 million de tonnes par an sachant que le prix du sucre est monté de 250 dollars la tonne jusqu’à 500 dollars en quelques années. Les enjeux financiers sont tout simplement énormes.

Selon nos investigations, rien que les transactions entre Berrahel et Bettahar sont évalués à 50 mille tonnes de sucre par mois depuis 2012 jusqu’à aujourd’hui. Ce qui représente des marchés de…250 millions de dollars par an ! Des devises transférés et payées par les banques algériennes alors que les autorités algériennes  n’ont jamais enquêté sur les véritables valeurs financières de ces importations pour vérifier si les montants n’ont pas été sciemment gonflés afin de transférer des devises à l’étranger. Un scandale qui a causé l’hémorragie financière de notre pays.

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