Depuis la chute du clan présidentiel des Bouteflika, de nombreux puissants dirigeants politiques, richissimes oligarques sont tombés entre les mains de la justice algérienne.  Mais certains poids lourds du régime Bouteflika ont été totalement ignorés ou épargnés alors que leur rôle scélérat dans les combines politiques était déterminant au cours de ces 20 dernières années. 

Il en est ainsi de Mustapha Rahiel. Beaucoup d’algériens ne connaissent pas ce personnage. Et pourtant, il fait partie des rares personnes qui composent la boite noire du régime Bouteflika. Mustapha Rahiel est l’ex-directeur de cabinet d’Abdelmalek Sellal, l’ancien premier-ministre qui croupit à la prison d’El-Harrach depuis le 13 juin dernier.

Lors de la campagne pour le 5e mandat de Bouteflika, Mustapha Rahiel a été désigné pour chapeauter la direction de l’organisation de la campagne. C’est dire toute la confiance dont il jouissait auprès des Bouteflika et les dirigeants du clan présidentiel. Militant du parti FLN depuis 1975, plus précisément dans la mouhafadha d’Oran, Mustapha Rahiel a aussi été membre du comité central.

L’homme avait commencé sa carrière en tant que haut fonctionnaire de l’Etat à la wilaya de Tizi-Ouzou. Au début des années, il va connaître une véritable ascension grâce à Amara Benyounes qui était à l’époque ministre des Travaux Publics. Mais c’est un précieux coup de pouce de Toufik Chadli, le fils de l’ex-Président de la République Chadli Bendjedid, qui va propulser définitivement Mustapha Rahiel. Toufik Chadli avait intervenu auprès de Sellal pour qu’il prenne sous sous ailes Mustapha Rahiel au ministère des Ressources en Eau.

A l’époque, entre 2004 et 2009, l’Etat algérien avait débloqué d’énormes budgets pour construire des infrastructures ambitieuses dans ce secteur où l’Algérie accusait un retard impressionnant. Profitant de l’embellie financière du pays, c’est à ce moment-là que Mustapha Rahiel s’est rapproché de nombreuses sociétés étrangères pour devenir leur incontournable interlocuteur en Algérie. Et pour ce faire, il avait établi des liaisons troublantes avec un certain Djamel Rami, agent de plusieurs groupes étrangers en Algérie dont une filiale du géant français du BTP et des matériaux de construction, Saint Gobain.

Une filiale qui avait obtenu de nombreux marchés juteux dans la fourniture des canalisations en fonte. Grace au lobbying de Rahiel, cette entreprise étrangère avait décroché presque le monopole sur les marchés des fournitures des équipements à l’Algérienne des Eaux.

Mustapha Rahiel permettra aussi au géant canadien SNC-LAVALIN plusieurs contrats juteux dans le secteur de l’hydraulique. Son efficacité, son intelligence et sa roublardise vont faire du collaborateur le plus fidèle et proche de Sellal un homme très demandé par les oligarques algériens. C’est, d’ailleurs, Mustapha Rahiel qui guidera Ali Haddad dans ses projets dans le BTP et fera de lui un grand groupe privé algérien. Les Kouninef, la richissime et puissante fratrie, tendaient également l’oreille à Mustapha Rahiel pour enrichir leurs affaires et agrandir leur empire.

En parallèle, Mustapha Rahiel coachera son frère pour qu’il se lance dans la promotion immobilière à Oran en s’associant avec Kader Bouregba, le frère de Halima, l’épouse du défunt Président Chadli. A Oran, leurs affaires sont discrètes, mais ô combien florissantes grâce au soutien et lobbying de Mustapha Rahiel.

Avec la chute des Bouteflika, ce dernier s’en est sorti jusqu’à maintenant et habite toujours à Club-des-Pins en dépit de l’emprisonnement de plusieurs de ses mentors. Son secret ? Mustapha Rahiel doit sa survie à un certain Houcine Bachouche, un personnage excentrique qu’on appelle dans les coulisses du sérail algérien « l’homme au cigare ».

Proche de plusieurs influents généraux algériens de ces dernières années comme Said Bey, le général Benkortbi ou Sanhadji, « l’homme au cigare » a maintenu des contacts et des relations précieuses avec certains hauts gradés de l’ANP et du ministère de la Défense nationale. C’est dire enfin que l’impunité est jusqu’à aujourd’hui une culture fortement entretenue au plus sommet du pouvoir algérien.

 

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