Ce vendredi, la rue a encore parlé. Ce vendredi, à Alger et dans les autres villes du pays, les manifestants étaient au rendez-vous pour manifester contre la tenue rapide d’une présidentielle exigée et voulue par le haut commandement militaire de l’ANP et à sa tête Ahmed Gaid Salah. 

Les slogans étaient tranchants, très critiques et à la limite violents à l’égard du chef d’Etat-Major de l’ANP. L’arrestation et l’incarcération de Karim Tabbou ont profondément choqué les manifestants algériens. Ces derniers ont fait connaître leur colère. Les cris et chants hostiles à Gaid Salah et réclamant la libération de Karim Tabbou ont été entonnés par des milliers de manifestants indignés.

Comme chaque vendredi, les forces de sécurité ont montré leurs muscles, déployé leurs équipements de répression. Rien qu’à Alger, des dizaines d’arrestations ont été déplorés dés les premières heures de la matinée. Certains de ces manifestants n’ont pas encore été relâchés ou retrouvés par leurs proches.

Mais cette répression devenue « habituelle » et « ordinaire » n’a pas découragé pour autant les manifestants. Le Hirak se porte toujours en forme. Mais il se dirige tout droit vers le divorce avec l’armée, la dernière institution encore solide du régime algérien.

Un divorce dont les signes ont été affichés clairement pour ce 30e vendredi consécutif de manifestation. Les Algériens ne partagent pas du tout la vision défendue par le haut commandement de l’ANP. Il s’opposent, fortement, à la tenue rapide d’une présidentielle, même si le Parlement vient de voter deux textes qui devraient ouvrir la voie à l’annonce d’un scrutin d’ici fin décembre.

https://www.youtube.com/watch?v=C9WkVQ2h1aoLe mouvement de contestation populaire est resté droit dans ses bottes. Il continue de réclamer le démantèlement de l’appareil hérité des 20 ans de la présidence Bouteflika avant tout scrutin, ainsi que la mise en place d’institutions de transition, ce que refuse le pouvoir monopolisé jusqu’à maintenant par l’institution militaire.

 

Une institution qui risque d’être de plus en plus impopulaire dans les jours et semaines à venir. Ce vendredi, un imposant cortège s’étirait dans plusieurs rues autour de la Grande Poste, point de ralliement des manifestations hebdomadaires à Alger. Et même si la foule qui prend chaque semaine depuis le 22 février part au « Hirak » demeure difficile à mesurer précisément, il n’en demeure pas moins qu’elle n’hésite plus à dénoncer ouvertement la feuille de route du chef d’Etat-Major de l’ANP. Et l’incompréhension entre les deux parties laisse petit à petit la place à un divorce qui risque de saper l’instabilité du pays s’il s’avère être brutal et violent.

 

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