L’Algérie, c’est d’abord le pétrole  et ensuite l’Armée. Le pétrole, une question de géographie ; l’armée, une réponse de l’histoire. L’Algérie est une jeune nation, elle n’a pas d’Etat ; elle a un pouvoir. Un Etat de droit est un ensemble d’institutions, des personnes morales, (des entités abstraites) régies par des règles de droit.

L’Algérie a un système de pouvoir, conçu à l’ombre de la guerre de libération et mis en œuvre par des hommes sortis de l’ombre pour faire de l’ombre à une démocratie en herbe. Des hommes d’appareils formés dans la clandestinité, l’intrigue et la conspiration. Des qualités certes nécessaires pour renverser l’ordre colonial français mais constituent des obstacles infranchissables pour la construction d’un Etat national moderne et intègre. En effet, le pouvoir en Algérie est composé d’individus influents (personnes physiques) formant des clans dominés par des rapports de force, soit un rapport dominant/dominé, c’est la loi du plus fort ; soit un rapport équilibré, c’est la recherche d’un consensus. Or les clans se sont entendus pour ne jamais s’entendre..

Le clan dominant impose son dictat au reste de la société. L’élite dirigeante issue du mouvement de libération nationale a su faire croire à une population majoritairement musulmane que la providence se trouve au sommet de l’Etat et non dans le sous-sol saharien. De ce sable chaud et stérile ont surgi le pétrole et le gaz. Une manne financière couvrant l’ensemble des besoins des algériens du berceau jusqu’à la tombe. Longtemps sevré par la colonisation le peuple algérien met les bouchées doubles. La main qui « donne » est toujours supérieure à celle qui reçoit même si elle est pourrie. Qui osera le sevrer ? Il sera aussitôt mordu.

« Un peuple qui a des appétits est un troupeau de bestiaux » nous dit Jean Dutourd. Un troupeau de moutons suit naturellement le berger qui le conduit soit aux pâturages soit à l’abattoir. Il obéit à la volonté de son maître. Au lendemain de l’indépendance, il n’était pas préparé à se prendre en charge. Il n’a pas assumé ses responsabilités de peuple libre et souverain. Il a confié son destin à des hommes « providentiels ! ». C’est un peuple pieux, il croit à la providence. Pouvait-il faire autrement ? Non « sept ans ça suffit » clame-t-il sans se faire entendre. Evidemment, « quand la hache pénétra la forêt, les arbres dirent le manche est des nôtres ». Chemin faisant, traumatisé et fragilisé, le peuple algérien à son corps défendant, a troqué sa dignité et sa liberté retrouvée contre de la nourriture et une protection. Une nourriture couverte par le pétrole et une protection assurée par l’Armée. C’est un peuple émotif et non de raison. Il réagit plus qu’il n’agit. Etre libre, c’est être digne.  Etre digne c’est refuser l’argent de l’indignité, c’est gagner son pain à la sueur de son front.

C’est arrêter de tendre la main à l’Etat. Pour les hommes du ou au pouvoir, la population n’est pas une ressource à mobiliser mais une charge à supporter. « Tranquille est celui qui n’a pas d’âne, il ne s’occupe ni de sa paille ni de son orge » diront les tenants du pouvoir. Pour la population, « salaires de diable = travail de diable » allant à contrecourant de leurs propres convictions religieuse : dieu bénit les mains laborieuses et maudit les mains oiseuses ». Digne est celui qui se nourrit de son propre labeur sans tendre la main à un pouvoir, qui de surcroit est corrompu et corrupteur. Un animal domestique est un animal qui se fait servir par son maître à qui il doit obéissance et respect.

L’argent des hydrocarbures est un argent sale. Un argent qui tue, qui corrompt, qui pourrit, qui détruit y compris les consciences. Le pétrole est le carburant du régime, le ciment de l’Etat, l’opium du peuple. Que vaut le peuple sans l’Etat ? Que vaut l’Etat sans l’armée ? Que vaut l’armée sans le pétrole ? Le peuple dépend de l’Etat ; l’Etat s’appuie sur l’armée ; l’armée se fonde sur la rente pétrolière. La rente est fonction du marché. Elle échappe à la volonté des algériens. Qui va briser ce cercle vicieux pour en faire un cercle vertueux. L’Algérie a arraché son indépendance par l’emploi de la ruse, elle a raté son développement par manque d’intelligence. Elle n’a pas su coudre la peau du renard avec celle du lion.

 

Par Dr A. Boumezrag

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