En temps de paix comme en période guerre, dans l’opulence comme dans la disette, les clans ont toujours su trouver un consensus dans la prise de décision et le plus souvent sur le dos des populations présentes et futures,.« Un compromis, c’est l’art de couper le gâteau de telle manière que chacun pense avoir la plus grosse part ». Et dans ce domaine, le dirigeant algérien excelle, c’est un des critères qui préside à sa désignation. Un héritage d’un passé lointain, une réalité du présent, et une projection pour le futur immédiat..

 

En s’emparant du pouvoir,  l’homme investit l’Etat et fait de l’argent du peuple un instrument de domination du peuple. L’Algérie vit des exportations des hydrocarbures. Sa survie dépend de l’étranger, du blé de la France et des armes de la Russie. Le pétrole et le gaz sont à l’économie mondiale ce que l’eau et l’oxygène sont au corps humain. Ils sont les fondements de la civilisation moderne  L’argent du pétrole a détaché la société du travail, de l’effort et de l’investissement.

Le sort de l’Algérie est indexé au cours du baril de pétrole sur le marché. En période de vaches maigres, les élections conduisent à une guerre civile avec ses milliers de morts et de disparus et en période de vaches grasses à une présidence à vie au prix de mille  milliards de pétrodollars. L’Algérie se distingue par l’importance des ressources soumises à une distribution publique (marchés, subventions, licences d’importation, fonds de commerce, logements etc…)  Un autre gisement s’offre aux élus et fonctionnaires c’est l’emploi public représentant un poids non négligeable dans l’électorat (La république à travers la fonction publique et para publique est le premier employeur avec une armée de fonctionnaires dociles et redevables). De l’indépendance à nos jours, c’est la ruée vers le politique. Cela se traduit par une mainmise de l’Etat et donc d’une caste d’élus et de fonctionnaires sur la quasi-totalité des ressources du pays. Les fonctions  électives sont un ascenseur social, un tremplin à l’enrichissement personnel. Les distributions d’emplois publics façonnent les clientèles autant qu’elles les révèlent. Toutes les fortunes privées sont constituées à partir du politique.

L’exercice des fonctions étatiques permet de se ménager une place dans l’échelle de redistribution des biens et des services. C’est un Etat providence pour les seuls clients du régime politique en place. La fraude électorale et le bourrage des urnes sont des pratiques courantes depuis l’époque coloniale. La rémunération des clientèles cède parfois le pas à l’enrichissement personnel. L’appétit des patrons et des clients allant en s’aiguisant. L’enjeu des élections en Algérie est évidemment l’accès à la rente que confère l’autorité.

En effet, l’élite au pouvoir, bien que vivant de l’Etat n’a pas le sens de l’Etat mais seulement de ses propres intérêts. Une fois, au pouvoir et à proximité de la rente, les élus se transforment en « harkis du système » ; hors du pouvoir et loin de la rente, ils sont ses plus farouches opposants ? Dans ce contexte, toute distribution des ressources par l’Etat et son administration peut difficilement viser l’intérêt général. L’intérêt général est intériorisé dans les démocraties occidentales. Il est ignoré dans les dictatures militaires. Il se confond avec l’intérêt de la caste au pouvoir. A chaque fois que l’on fait de l’Etat ou d’une petite élite, le principal acteur du développement, on suscite l’apathie générale du corps social et les citoyens se détournent des structures sociales et politiques organisées. On se trouve devant une société éclatée, une classe dominante qui vivant de l’Etat n’a pas le sens de l’Etat mais de celui de ses intérêts. Cette classe a le goût de l’autorité et du prestige, elle ignore celui de l’austérité et de l’humilité. C’est parfois l’affrontement Cela remonte loin dans l’histoire du nationalisme algérien au moment où la société de l’époque était organisée de telle façon que seules les élites étaient aptes à faire de la politique le peuple était maintenu à l’écart. Il était là pour servir de caution aux choix et décisions prises par l’élite. Quand la liberté de voix a été accordée au peuple, il s’est jeté à corps perdus dans la religion, une religion tronquée par des enjeux de pouvoir.

Les algériens ont été formatés par la colonisation française et par le système en place  pour s’autodétruire en se dressant les uns contre les autres selon la vieille formule « diviser pour régner » en jouant sur la religion, la langue et l’ethnie. Les régimes politiques en place proclament dans leurs constitutions que L’islam est la religion de l’Etat et que la souveraineté appartient au peuple. Quel euphémisme ?

L’Etat est une création humaine, une fiction juridique, l’islam est une révélation divine, une croyance religieuse. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Le cœur et la raison ne se trouvent pas au même endroit dans l’organisme. L’un est planté dans la poitrine, l’autre est enfoui dans le cerveau. Deux abstractions ne cohabitent pas ensemble dans le même espace  L’eau et le feu ne font pas bon ménage. Là où il y a le feu, il n’y a pas d’eau et là où il y a de l’eau, il n’y a pas de feu. Concrètement, sur le plan financier, cela se traduit ainsi là où il y a un besoin il n’y a pas d’argent et là où il y a de l’argent, il n’y a pas de besoin. Que peut faire un handicapé déclaré inapte à 100 % par la médecine pour survivre avec trois mille dinars par mois alors qu’un haut fonctionnaire pris en charge totalement par l’Etat touche plus  d’un million de dinars par mois ?

« Une heure de justice en terre chrétienne vaut mieux que mille ans de tyrannie en terre d’islam » diront les démocraties occidentales. Ont-ils torts ? oui diront certains, ce sont des mécréants. L’art de la politique est de mentir et nous sommes passés maître en la matière. Mentir à soi, aux autres, à dieu. Des mensonges qui rapportent gros, aux donneurs d’ordre, aux bénéficiaires des contrats publics, aux partenaires étrangers. Qui dit mieux ou plutôt qui fait mieux ?

 

Par Dr A. Boumezrag

 

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