En 2007, l’Algérie avait relancé l’appel d’offres restreint adressé aux détenteurs de licences de fabrication de turbines à gaz, pour la réalisation de deux centrales électriques. Dans ce cadre, elle avait choisi le groupement Alstom – Orascom et General Electric pour la réalisation des centrales de Terga dans la Wilaya de Ain Temouchent et celle de Koudiet Eddraouch dans la Wilaya d’El Tarf.

Deux entreprises, Shariket Kahraba Terga (SKT) et Shariket Kahraba Koudiet Eddraouch (SKD) ont alors été créées par le groupement Sonatrach – Sonelgaz, afin de gérer ces deux centrales.

Une centrale à cycle combiné au gaz naturel est composée de deux turbines, une première turbine à combustion (TAC) et une autre turbine à vapeur (TAV). Le gaz naturel fait fonctionner la TAC dont les gaz chauds d’échappement sont utilisés pour produire de la vapeur, qui va être dirigée vers la deuxième turbine, la TAV. Ces deux turbines vont alors entraîner un ou deux alternateurs.

Plus propres et plus intéressante pour un pays producteur de gaz, ces centrales thermiques sont également flexibles et réactives, tant elles assurent un rendement supérieur à celui des centrales thermiques classiques et répondre aux fortes variations de consommation.

La centrale électrique à cycle combiné de Terga a été réalisée par le consortium dirigé par Alstom et comprenant la société égyptienne Orascom Construction Industrie pour la partie génie civil et construction, pour un montant de 1,9 Milliards de US Dollars.

De même, celle de d’El Tarf aura couté 1.99 Milliard USD pour la même capacité de 1200 MW.

Centrale électrique de Koudiet Eddraouch

 

Un montant très important que les experts et les observateurs du secteur de l’Energie estiment largement exagéré.

Nous avons décidé de comparer les prix du marché mondial des centrales électriques en nous concentrant sur les acquisitions et réalisations faites au préalable en Algérie.

En effet la centrale de Ain Arnat de Siemens sise dans la Wilaya de Sétif et d’une capacité de 1100 MW, a couté 1.06 Milliards d’US Dollars.

La centrale de Hadjret Ennous, d’une capacité de 1227 MW, a quant à elle couté 900 Millions d’US Dollars et a été acquise en 2005. Elle est la réplique de celle de Koudiet Edraouch.

Pour rappel, la centrale de Hadjret Ennouss avait déjà défrayé la chronique en 2005 lorsque, dans le montage financier de la création de Kahraba Hadjeret Ennous (SKH, Spa) en charge de la centrale, on avait assisté à l’arrivée surprise d’un fonds d’investissement émirati : Mubadala et des personnes physiques pour la plus part étrangères, afin de contourner l’Article 592 du code du commerce sur le nombre d’associés d’une Société Par Actions…

Généreux, Chakib Khelil, ayant autorisé de larges concessions à SNC Lavalin, avait demandé à plusieurs banques publiques de financer le projet à hauteur de 70%, et à Sonelgaz de garantir la dette contractée par la partie étrangère qui détenait 51 % du projet !

Chakib Khelil

Mais le plus inquiétant est cette concession inimaginable consistant à approvisionner en gaz la centrale d’SKH, détenue majoritairement par des partenaires étrangers, gratuitement durant une période de 20 ans ! Bien évidemment, personne à cette époque n’avait osé le contredire.

Si Noureddine Boutarfa et son prédécesseur Abdelkrim Benghanem ont été inculpés par le juge de la 9e chambre du pôle pénal spécialisé de Sidi M’hamed, près la cour d’Alger dans le cadre de ces marchés de réalisation de centrales électriques, Chakib lui Khelil a été épargné…

Noureddine Boutarfa

Pour revenir aux deux centrales de Terga et Koudiet Eddraouch qui auront finalement accusé un surcout de plus de 2 Milliards d’US Dollars, supporté par les caisses du trésor publique, c’est encore vers Chakib Khelil, l’ex Ministre de l’Energie et Nouredine Bouterfa, l’ex DG de la Sonelgaz que la justice devrait se tourner pour démêler l’écheveau embrouillé de ce scandale.

Sabri Lezhar PDG Sonelgaz SPE

Notre enquête, qui n’est pas complétement close, a déjà pu mettre en lumière l’intervention de plusieurs autres personnes responsables de concrétisations « forcées » des affaires liées au marché des centrales électriques en Algérie.

Il s’agit d’Hillary Clinton l’ex candidate à la présidence américaine que Bouteflika avait gratifiée d’une enveloppe de 500.000 Dollars et le franco Algérien Touffik Fredj, conseiller du commerce extérieur de la France et qui a été employé par… Alstom et General Electric. Nous y reviendrons dans nos prochaines éditions.

Touffik Fredj

Après la construction des deux centrales de Terga et de Koudiet Eddraouch, les aspects opération et maintenance ont été accordés à Algerian Operation & Maintenance Company (AO & MC).

AO & MC est un consortium créé par le Japonais : Japan Gasoline Co (JGC), une société d’ingénierie mondiale basée à Yokohama et détenant 30% du capital, SOGEX basée à Oman et qui fournit des services de conseil, d’exploitation et maintenance des centrales électriques détenant également 30% du capital, et la compagnie publique algérienne SONELGAZ détenant 40% du capital.

En Novembre 2018, AO & MC a signé un contrat de maintenance à long terme avec le prestataire ALSTOM Power O&M Ltd, relatif à la centrale électrique à cycle combiné de Terga pour un montant de 317 Millions d’euros.

Ce document privé et confidentiel, que nous nous sommes procurés et que nous mettons en partie à votre disposition, avait clairement été établi pour une durée minimum de 20 ans !

Sollicités dans le cadre du déploiement d’AO & MC, plusieurs dizaines d’employés de la Sonelgaz, ayant des compétences avérées et une longue expérience dans la production d’électricité et la maintenance de centrales électriques, ont quitté leurs postes stables et permanents ainsi que des situations socio-professionnelles avantageuses, pour rejoindre AO & MC et bénéficier en plus d’un salaire encore plus avantageux, d’une formation et du savoir-faire des partenaires étrangers.

Pourtant, étrangement au mois de Février 2016, soit après seulement 6 ans d’exploitation, les partenaires étrangers dans AO & MC se retirent et cèdent leurs actions à Sonelgaz.

Pour que nos lecteurs soient correctement informés, il faut savoir que le contrat de conversion de gaz naturel en électricité N° 03 /SDA.Spa-SKT/2008 signé entre SKT et le chef de file Spa Sonelgaz Distribution Alger (SDA) représentée par Mustapha Guitouni, avait été conclu pour une durée de 30 années…

Pour quelles réelles raisons les partenaires étrangers ont précipitamment décidé de se retirer de cet ambitieux projet, à peine 6 années après l’entrée en vigueur du contrat ? La question reste toujours posée.

Afin d’évaluer l’état de la société, les responsables de la Sonelgaz ont décidé en Mars 2016 d’auditer les comptes d’AO & MC. Le bureau d’expertise désigné a relevé des transferts illicites de devises par les partenaires étrangers, comme il a d’autre part découvert des trous dans la tenue des livres comptables.

Par ailleurs, de graves manquements relatifs aux engagements pris par les partenaires étrangers concernant le transfert de technologie, de formation, d’approvisionnement en pièces détachées ont été constatés.

Au vu de ces défaillances ayant abouti à des contentieux au niveau du civil, du social et du pénal, Noureddine Bouterfa, Sabri Lazhar : PDG de sonelgaz Spe et le PDG d’AO & MC : Mr Bensid Djelloul ont décidé de liquider l’entreprise sans bruit, en désignant un liquidateur qui n’est autre que… Le directeur même de l’entreprise ! Pratique quand on veut couvrir une gestion défaillante.

Cette démarche incongrue soulève à elle seule de nombreuses questions.

Pourquoi aucun des hauts cadres algériens d’AO & MC n’a jamais dénoncé les dérives des partenaires étrangers, dont le seul souci était de transférer un maximum de dividendes à l’étranger ?

AO & MC aurait-elle été créée pour procéder principalement à l’acquisition d’équipements surfacturés ?

« Certains cadres étaient payés comme des expatriés afin d’acheter leur silence sur la gestion catastrophique dont était responsable la partie étrangère. Ils sont complices et responsables de la dissolution précipitée de l’entreprise  » Nous indiquera un employé désabusé.

Le transfert des activités d’exploitation et de maintenance au profit de SKT et SKD a engendré des problèmes d’organisations évidents, comme la cession et la renégociation des contrats de services, la nouvelle organisation, le re-transfert du personnel vers la Sonelgaz…

Pourtant, alors qu’il venait d’être fraichement nommé en qualité de PDG d’AO & MC, Bensid Djelloul avait promis, le 24 Novembre 2016, que la société allait poursuivre son activité malgré le retrait de la partie étrangère, comme il avait donné des assurances quant à la pérennité des emplois et des avantages octroyés aux employés de la société de maintenance…

Devant la dégradation de la relation de travail induite par la nouvelle direction et les rumeurs de fermeture de l’entreprise, le partenaire social, représentant du personnel, monte au créneau et demande officiellement une séance de travail avec la Direction afin de défendre le droit des employés par le maintien des acquis et la sécurisation de leur avenir.

A l’issue de la réunion du 29 Décembre 2016 tenue au siège de AO & MC, la Direction Générale s’était engagée auprès des deux sections syndicales de Terga et Koudiet, à ce qu’en cas de dissolution, les dispositions légales et réglementaires seraient scrupuleusement appliquées et notamment l’article 74 de la loi 90-11.

Alors que les négociations stagnent et n’aboutissent à rien de concret, le syndicat multiplie les demandes et informe l’inspection du travail et les hautes instances du gouvernement en prônant également l’application de l’article 62 de la même loi 90-11.

Rien n’y fait, la dissolution est actée et la Sonelgaz récupère une partie des employés d’AO & MC ayant accepté de faire des concessions, certains ont préféré partir, d’autres ont décidé d’attaquer en justice les responsables de ce fiasco économique qui n’a pas fini de livrer ses secrets.

Il faut savoir qu’un montant 150 milliards de dollars a été investi par l’Etat pour la réalisation de centrales électriques à travers le pays depuis l’année 2000…

Le 31 Décembre 2018, la société AO & MC a cessé définitivement toute activité. Aucune poursuite judiciaire n’a été prononcée, malgré les défaillances contractuelles des partenaires étrangers ayant touché l’économie du pays…

C’est cela l’ère Bouteflika. Affairisme outrancier et odieuse impunité, occultant les drames individuels que subit la population ballotée au gré de personnes jouissant d’une protection heureusement éphémère…

C’est ce dont nous ne voulons plus, comme nous refuserons de revivre le drame d’une dictature d’incompétents. Quels qu’ils soient.

Aussi, la Justice de notre pays devrait répondre à ces simples employés que ces parvenus ont malmenés et ignorés, au même titre que les lois algériennes.

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