Ces derniers jours, plusieurs médias français et algériens ont parlé de l’histoire du commandant Tarek Amirat, l’ex-coordinateur général du DRS, les services secrets algériens, au niveau de l’ambassade d’Algérie à Paris, incarcéré depuis peu à la prison militaire de Blida. Or, dans les informations rapportées par ces médias, il y a eu beaucoup d’approximations et de fausses données. 

D’abord, contrairement à ce qui avait été affirmé dans les publications des autres médias nationaux ou étrangers, le commandant Tarek Amirat n’a jamais été l’attaché militaire de l’ambassade d’Algérie à Paris en France. Il est, comme nous venons de le révéler, le coordinateur général des services secrets algériens en France. Cet officier des services algériens était le principal interlocuteur des services secrets français pendant même pas une année et demie. Auparavant, il occupait un poste stratégique à l’ambassade d’Algérie à Rome toujours au niveau du renseignement extérieur.

Après avoir accumulé tant de pouvoirs et de prestiges, le commandant Tarek Amirat a chuté brutalement dans le sillage de l’effondrement du clan présidentiel des Bouteflika. Et pour cause, Tarek Amirat était très apprécié par Said Bouteflika qui lui vouait beaucoup d’estime. Et lorsque le général Youcef Bouzid, l’ex-patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l’une des trois principales branches des services secrets algériens, avait voulu le sanctionner et s’en prendre à lui pour « un différend personnel », Said Bouteflika est intervenu pour jouer l’arbitre et empêcher le général Bouzid d’abuser de son pouvoir.

Après Rome, le commandant Tarek Amirat bénéficie d’une promotion et se retrouve à la tête des services algériens à Paris en France, l’un des poste les plus stratégiques et influents dans le monde des services algériens. L’officier travaillait le plus normalement du monde jusqu’à ce qu’il soit rappelé à Alger au début du mois de juin dernier, à savoir juste au lendemain de la célébration de l’Aid El-Fitr.

Convoqué à Antar, la fameuse base localisée à Ben Aknoun qui abrite le centre de recherche et d’investigation du DRS, le commandant Tarek Amirat a été interrogé et soumis à un interrogatoire par le colonel Yassine, le premier responsable du centre Antar, et ses enquêteurs. L’objet de cet interrogatoire concernait plus exactement les déplacements de deux missions de la DGSE, les services secrets français, à Alger. La première mission a été effectuée à la fin du mois de février et la deuxième au cours de la première partie du mois de mars dernier. A chaque fois, en tant que coordinateur général du DRS, les services algériens en France, les délégations de la DGSE étaient accompagnées par le commandant Tarek Amirat.

Face aux enquêteurs du centre ANTAR, Tarek Amirat explique qu’il a fait uniquement son travail, à savoir mettre en relation les délégations de la DGSE avec les hauts responsables du DRS, à l’époque le général Bachir Tartag, l’homme qui croupit à la prison militaire de Blida avec Said Bouteflika et le général Toufik depuis le 5 mai dernier.

Durant ces deux réunions secrètes, les représentants des services secrets français se sont entretenus avec Bachir Tartag à propos des évènements en Algérie et des manifestations populaires qui ciblent le régime Bouteflika et réclament son départ. Les enquêteurs du centre ANTAR et de la direction centrale de la sécurité de l’Armée (DSCA) ont soupçonné le commandant Tarek Amirat « d’avoir trahi » son institution en dissimulant au haut commandement de l’Etat-Major de l’ANP que les responsables de la DGSE ont échangé avec Bachir Tartag au sujet de l’attitude du premier commandant de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, et de ses intentions à recourir à l’article 102 pour destituer Abdelaziz Bouteflika et chasser ainsi les Bouteflika du pouvoir.

Face à ces graves accusations, Tarek Amirat a tout nié en estimant qu’il s’est contenté d’accomplir sa mission, à savoir assurer la liaison entre les services algériens et français dans le cadre des accords de coopération conclus entre les deux services des deux pays. Les délégations de la DGSE ont-elles rencontré Said Bouteflika ? Ont-elles suggéré ou pris part à un « complot » fomenté contre Ahmed Gaid Salah que Said Bouteflika voulait limoger pour empêcher le haut commandement de l’ANP de recourir à la destitution d’Abdelaziz Bouteflika dans le cadre des revendications du mouvement populaire ? A ces questions, aucune source fiable n’a pu nous répondre avec des faits avérés et vérifiables. Tout dans ce dossier semble relever du fantasme et des spéculations.

Mais après une semaine d’interrogatoire, le commandant Tarek Amirat a été relâché avant d’être reconvoqué une deuxième fois trois semaines plus tard. Et cette fois-ci, il sera placé directement en détention préventive à la prison militaire de Blida. Son dossier judiciaire reste sombre et inaccessible. Pourtant, nous avons pu confirmer au cours de nos investigations qu’à l’origine de la chute de ce commandant du DRS, nous retrouvons le général Bouzid, son ex-supérieur hiérarchique et son ennemi juré qui lui tenait rancune. C’est le général Bouzid qui avait dressé un rapport accablant contre le commandant Tarek Amirat. Un rapport sur lequel s’est basé le tribunal militaire de Blida pour inculper officiellement Tarek Amirat. Mais le général Bouzid, à la retraite et écarté du pouvoir, est-il pour autant crédible et sincère ? Nous reviendrons sur ce dossier avec de nouvelles révélations dans nos prochaines publications.

LAISSER UN COMMENTAIRE