Depuis le mouvement du Hrak du 22 février 2019 qui traduit la vitalité de la société algérienne,  bon nombre d’analyses internationaux  suivis malheureusement par certains politiques algériens, l’Algérie serait au bord de l’effondrement politique et économique avec des incidences sociales, mettant  en garde les  gouvernements du pourtour méditerranéen et notamment la France  à ce que des milliers d’Algériens débarquent chez eux, flux bien plus important qu’ils connaissent actuellement. Ainsi, les années 2019/2020 pourraient marquer le début du délitement de l’Etat algérien si la crise politique actuelle perdure encore dans le temps.

Pour éviter les impacts dramatiques de la crise de 1986 due à la chute brutale du cours  des hydrocarbures, s’imposent de profondes réformes structurelles, évitant les replâtrages conjoncturels et la navigation à vue du gouvernement actuel qui fonctionne sur les schémas responsables  de la crise actuelle. La mobilisation de tous les algériens sans exclusive, la visibilité et la cohérence au sein d’une planification stratégique face tant aux nouvelles mutations locales et mondiales devient un impératif de sortie de crise afin de démentir ce scénario catastrophique.

Privilégions les intérêts supérieurs de l’Algérie, l’efficacité et non la distribution de postes de ministres s’assimilant à des récompenses au moyen de la distribution de rente. Un ministre est avant tout responsable de la politique générale de son ministère, et selon la déontologie politique, il est responsable de toute action de ses collaborateurs, positive ou négative. Force est de constater une confusion des rôles, personne ne se sentant responsable, certains ignorant ou faisant semblant d’ignorer le fonctionnement de leur secteur. Et en cas de mauvaise gestion ou de scandales financiers relatés par la presse (renvoyant à une justice indépendante), ils font retomber toute la responsabilité sur leurs collaborateurs, expliquant d’ailleurs la démotivation de la majorité des cadres. Or, la responsabilité est collective.

Combien d’expériences montent qu’un gouvernement n’est pas fait pour être obligatoirement populaire, mais doit avoir une vision stratégique d’optimalisation de la fonction objective stratégique, pour notre cas l’Algérie horizon 2020/2030, afin de réaliser la transition d’une économie totalement rentière à une production et exportation hors hydrocarbures de segments productifs au sein des valeurs internationales. Certes, on doit concilier efficacité économique et une profonde justice sociale, mais sans populisme, une nation ne partageant en principe que ce qui a été préalablement produit, la rente des hydrocarbures donnant des taux de croissance, de chômage et d’inflation biaisés.

Pour cela,  il  y a urgence de créer de grands départements au niveau de la présidence de la république traçant les axes stratégiques, étant dans un régime semi présidentiel,  ainsi sous réserve d’objectifs stratégiques précis,  le regroupement de ministères, certains mini ministères  se télescopent  avec des secrétariats d’Etat techniques ainsi qu’une vision décentralisée de la gestion des collectivités locales.

En effet, un regroupement des ambassades, excepté pour des pays avec qui l’Algérie entretient d’importantes relations commerciales, devrait rentrer dans cette réorganisation. Afin de rapprocher l’Etat du citoyen, il s’agit de s’orienter vers une nouvelle organisation locale, une véritable décentralisation autour de pôles socio-économiques  régionaux  à ne pas confondre avec l’avatar dangereux du régionalisme qui doit avoir pour conséquence un meilleur gouvernement réel ressenti comme tel par la population, l’argument de base résidant dans la proximité géographique.

Cela signifie qu’il existe une solution locale aux problèmes locaux et que celle-ci est nécessairement meilleure qu’une solution nationale. Car une centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société. Les expériences historiques montrent clairement que si la centralisation a été nécessaire dans une première phase, elle a atteint vite ses limites et que ce sont les pays qui ont développé des décentralisations réelles et non des déconcentrations, synchronisant gouvernance centrale et locale, qui ont le mieux réussi leur développement.

Le pays le plus décentralisé au monde ce sont les Etats-Unis d’Amérique. Après la «commune-Providence» du tout-Etat, l’heure est au partenariat entre les différents acteurs de la vie économique et sociale, à la solidarité, à la recherche de toutes formes de synergie et à l’ingénierie territoriale. C’est dans ce contexte, que la commune doit apparaître comme un élément fédérateur de toutes les initiatives qui participent à l’amélioration du cadre de vie du citoyen, à la valorisation et au marketing d’un espace.

L’aménagement du territoire devra répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu’elles se trouvent et assurer la mise en valeur de chaque portion de l’espace où elles sont installées. Je pense qua la structure la plus appropriée pour la dynamique  tant du développement national que local, ce sont les Chambres de commerce régionales qui regrouperaient   les appareils d’Etat central et local , la société civile représentative , en tant que régulateur, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche.

C’est ainsi que  l’Algérie saura éviter le scénario dramatique des impacts de la crise de 1986. La pleine réussite des réformes proposées, processus complexe éminemment politique, implique de dépasser les positons partisanes étroites et de poser le rôle de l’Etat régulateur stratégique et son articulation avec le marché ce qui renvoie au mode de gouvernance tant locale que nationale. L’on devra réaliser la symbiose efficacité économique et une très profonde justice sociale par une lutte contre la corruption et les rentes spéculatives, par de nouveaux mécanismes de régulation, loin des règlements de comptes inutiles sources de tensions.

L’Algérie doit s’adapter aux enjeux de la mondialisation, l’espace euro-méditerranéen et africain étant son espace naturel, surtout que la mondialisation processus irréversible  préfigure un bouleversement géostratégique politique, militaire, social  culturel et  économique important. Cette adaptation est inséparable d’un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, de l’économie de marché concurrentielle humanisée, loin de tout monopole, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine. L’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot, nécessitant  une dynamisation de la production et exportations hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales.

Il est admis tant par les observateurs internationaux que nationaux sérieux que le développement de l’Algérie est possible sous réserve d’une bonne gouvernance et d’une réorientation de l’actuelle politique socio-économique axée essentiellement sur les infrastructures alors que la dynamique du développement repose sur des institutions centrales et locales crédibles, débureaucratisées, l’entreprise et son fondement l’économie de la connaissance. Aussi, j’invite le pouvoir algérien et l’opposition d’oublier leurs différents et tous les patriotes, afin de démentir le sombre scénario, qu’il y a lieu de ne pas prendre à la légère, qu’aucun patriote algérien ne souhaite. Le discours de vérité est que la  situation socio- économique est certes difficile mais pas insurmontable. On mobilise au niveau d’une Nation, au niveau local et au niveau des institutions et entreprises  par la concertation et le dialogue productif  permanent, personne n’ayant le monopole de la vérité. Les discours récents contradictoires, la navigation à vue du gouvernement actuel,  la peur et  la sinistrose  ont eu un impact négatif sur l’image de l’Algérie tant au niveau national qu’international  et l’immobilisme donneraient alors raison à ceux qui espèrent la désintégration de l’Algérie.

Il y a urgence  de trouver  des solutions rapides à la crise politique, avant la fin de l‘année  2019. Les manifestations au lieu de diminuer risquent de s’amplifier, devant tirer les leçons rapidement. Le pouvoir doit éviter d être appuyés par les  partis politiques et  personnalités de l’ancienne  société civile rejetés par l’immense majorité de la population, montrant la confiance brisée Etat-citoyens.  Le dialogue productif mais sans s’éterniser par des discours lassant   ou d’éternelles commissions. Des décisions urgentes doivent être  prises  opérationnelles, sans lesquelles il est  illusoire, voire utopique de faire une nouvelle l’élection présidentielle au risque d’un nouvel échec comparable au  04 juillet 2019.

Aujourd’hui, l’Algérie a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2019, et de ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’un même projet, d’une même ambition et d’une même espérance.  Il devient impérieux de mettre en place rapidement un dialogue serein avec  des pistes de solution à la crise pour qu’on puisse éviter une  crise institutionnelle, isolant l’Algérie de l’arène internationale et accentuant au niveau interne  le divorce Etat-citoyens.

Car après les dernières sorties de la population en masse du 22 février au 14 juin 2o19, il ne fait plus aucun doute qu’il est difficile, sinon impossible, de tenir l’élection présidentielle sans un dialogue que chaque partie fasse des concessions raisonnables privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie. Ce d’autant plus que l’incarcération de hauts responsables politiques et hommes d’affaires , a provoqué un véritable choc de  rejet par l’opinion publique  de l’ancienne classe politique face à l’ampleur des faits de corruption et de délits d’initiés, encore que toute personne a le droit par ses avocats de réclamer la préemption d’innocence.

La situation politique et économique actuelle en ce mois de fin aout  2019 est complexe avec des réserves de change tendant vers zéro à l’horizon 2022,  peut être fin 2021 si la crise politique persiste avec  la paralysie économique.  Avec une population qui dépasse les 43 millions d’habitants au 1 janvier 2019 et qui nécessite de créer 300.000/350.000 emplois par an qui s ‘ajoutent au taux de chômage actuel afin d’éviter de vives tensions sociales. Il  est irraisonnable, le temps ne se rattrapant jamais en économie, de demander une transition qui traine en longueur de plus d’une année, avec la perte de l’indépendance politique, avec des répercussions géostratégiques au niveau  de la région  méditerranéenne et africaine.

En résumé, L’Algérie, pays pivot,  est confrontée à d’importants défis socio-économiques  et sécuritaires ayant un impact sur toute  l’espace euro-méditerranéen  et  africain que j’ai analysé dans    différentes contributions (1). Méditons les déclarations de deux grands politiques,  Winston Churchill  pour qui « si le problème a une solution il ne sert à rien de s’inquiéter, mais s’il n’y a pas de solution, s’inquiéter ne changera rien »  et Georges Clemenceau « si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission ».

Avec l’intensité de la corruption, l’Algérie allait droit au mur avec une dérive économique à incidences politiques  et sociales. Les bienfaits du Hirak sont incontestablement cette prise de conscience  de l’urgence de corriger l’actuelle politique qui mène le pays droit au mur.  De ce fait, il est souhaitable que l’actuel gouvernement évite de prendre des décisions stratégiques qui engagent l’avenir du pays sur  le moyen  et long terme. Sans la moralisation de la Cité ( bonne gouvernance)  et  le savoir, aucun développement de l’Algérie  n’est possible  surtout  à l’aube de la quatrième révolution économique mondiale, imposant  une gestion efficace tant des institutions et des  entreprises publiques ou  privées.

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