La situation en Algérie est aujourd’hui fortement influencée par la crise socio-politique qui ravage le pays et par le changement négatif des indicateurs économiques. Plusieurs conséquences découlent de cette nouvelle donne.

 

L’économie algérienne dépend entièrement du pétrole et du gaz naturel qui génèrent 95% des recettes à l’exportation et plus de 60% du budget de l’Etat. A cause de cette hyper-dépendance aux hydrocarbures, la baisse du prix de pétrole amorcée en 2014 a eu pour conséquences de frapper de plein fouet le pays.

 

Ce modèle de croissance basé sur la “redistribution” des richesses extraites du pétrole et du gaz naturel s’est fissuré. Cela a aussi coïncidé avec la disparition de la scène politique de l’ex President de la république.

 

Au lieu de couper dès le début dans les dépenses publiques inutiles, en orientant les ressources disponibles vers une diversification de l’économie et en sortant de la dépendance au pétrole, les autorités algériennes ont préféré adopter le modèle onéreux  de « type africain »  (cf le Soudan qui suivit ce même scénario). Ce choix a eu pour unique objectif la préservation du pouvoir de l’élite politique et de ses capitaux investis dans le pétrole, richesse appartenant « officiellement » à l’Etat.

 

Concrètement, ce modèle de gestion s’est décliné en quatre points :

 

  • La préservation et la mise à jour des dépenses sociales ( allocations et subsides élevés servant à acquérir combustible, médicaments, denrées alimentaires….) pour phagocyter les tensions causées par la montée du chômage et de l’inflation
  • La monétisation de l’économie via la baisse du taux de change de la monnaie locale. Cela a été possible grâce aux réserves en or et devises et à l’augmentation de la dette intérieure suite aux emprunts du ministère des finances.
  • Le durcissement de la politique financière et d’octroi des crédits, avec des méthodes administratives coercitives pour le système, provoqué par le renoncement aux instruments de régulation par le marché.
  • Les fortes dépenses militaires pour entretenir une armée qui sert de point d’appui à tout pouvoir corrompu

 

Il est incontestable qu’une telle situation a été favorisée par l’affaiblissement du pouvoir présidentiel et par une influence grandissante, dans les domaines institutionnel et politique, du pacte conclu entre les oligarques et le haut commandement militaire et sécuritaire.

 

Deux petites années auront suffi à l’Algérie pour consumer 20 milliards de dollars de réserves de change . Elles fondent comme neige au soleil pour se situer désormais aux alentours des 86 milliards de dollars.

 

Au cours de la période 2016-2018, les gestionnaires du pays – se trouvant sous la coupe de la France et des institutions financières internationales – ont essayé de redresser la situation par des consolidations budgétaire et fiscale. Cette politique visait à améliorer le climat d’affaires, à réformer les ressources issues des hydrocarbures et à changer les politiques monétaire et de crédit. Tout cela s’est fait dans une atmosphère de panique et de désorientation, sans programme clair et dans l’improvisation la plus totale.

 

La crise et la confusion qui s’ensuivit créèrent une onde de choc qui a fracturé les rangs du gouvernement pour former deux réalités : des politiciens hyper-corrompus dépourvus de vision et un haut commandement militaire déboussolé et incapable d’agir. Des fissures ont dès lors commencé à se former puis à s’élargir au sein des clans. Il fallait choisir son clan!

 

La révolution spontanée et populaire força ce choix en envoyant le haut commandement militaire se recroqueviller dans leurs casernes. Ce dernier n’ hésita pas de son coté  à jeter en pâture à l’opinion publique ses complices politiques et affairistes.

 

Le peuple n’a été ni impressionné, ni dupé par de telles manoeuvres. La haute hiérarchie de l’armée avait une occasion d’éviter la crise. Elle a préféré l’enrichissement personnel. De ce fait, elle a perdu une occasion de gagner la confiance de la nation. Sa crédibilité est désormais entamée. L’arrestation médiatique de ses complices apparait d’ailleurs comme un geste de désespoir, tant que bien une opportunité pour se démarquer.

 

Au niveau économique, les indicateurs économiques sont alarmants :

  • Une baisse significative du PIB
  • Une inflation à 7,6 % alors qu’elle était de 6,4 %. en 2016
  • Sur le marché noir des devises la monnaie nationale algérienne est 50% plus cher que celle de la Banque Centrale
  • Le système bancaire subit une réduction drastique des dépôts sur fond de liquidité excédentaire
  • En 2019, le chômage est estimé à 14% (contre 10,5% en 2016). Ce sont les femmes et les jeunes qui sont les plus touchés.
  • Les prix des biens importés augmentent (+ 12,9% lors du premier semestre 2018 par rapport à celui de 2017). Dans le même temps le volume des exportations est en nette réduction (chute de 4,7% au premier semestre 2018 par rapport à 2017)
  • En 2019, la dette intérieure publique a grimpé à 39,9%- contre 20, 06% en 2016 – en valeur du PIB. C’est un vrai fardeau pour la jeune génération.
  • La structure de l’économie du pays est peu diversifiée: les secteurs hors hydrocarbures (agriculture, pisciculture, matières premières, biens de consommation courante) représentent à peine 20% du total. .

 

A cela il faut ajouter, un accroissement de la dépense publique de 25,3%  parmi lesquelles celles du ministère de la défense qui consomment 24,4% du budget. Ce chiffre colossal est injustifié et mal employé eu égard aux condition de vie de nos soldats et officiers.

 

Les tenants du pouvoir actuel ne sont clairement pas compétents pour redresser la situation. Pour cela, il faut se débarrasser coute que coute de ce système archaïque. L’ Algérie avec ses infrastructures, sa position géographique, sa composition sociologique – une population jeune -, son marché intérieur, ses matières premières disposent des atouts pour mener les réforme qui nous conduiront vers une économie diversifiée et florissante.Il faudra aussi que les réserves en or et en devise soient conséquentes, que la dette extérieure soit minime, que l’inflation soit maitrisée afin de contrecarrer les éventuelles secousses économiques.

 

Pour atteindre ces objectifs, un processus électoral démocratique doit s’imposer et les gestionnaires du pays doivent être méritants. Le peuple en a assez des rhétoriques et des promesses politiques vides.

 

Afin de ne pas tomber dans le piège précédent, la spécificité nationale et les facteurs historiques qui irriguent l’Algérie ne devront pas être négligés. La conscience nationale du peuple algérien est marquée par l’histoire récente. La lutte pour l’indépendance, la forte croissance économique qui a suivi – l’Algérie étant désigné comme « le Japon de l’Afrique et du pourtour méditerranéen -, le rôle de leader diplomatique africain sont encore dans les mémoires. Cette période se distinguait aussi par un strict  contrôle en matière de corruption. La lente dégradation des moeurs est apparue au début des années 80. Puis vint le «  printemps politique » (1988-91) qui a débouché sur un le multipartisme et sur l’ouverture à un capitalisme mal conçu et abusif. Par la suite, la guerre civile (1991-2000)  et sa crise économique ont isolé le pays avant qu’une brève éclaircie (2000-04) soit suivie d’une dizaine d’années de mensonges caractérisée par un délit d’escroqueries sans précédent. Un crime contre le peuple qui sera noyé, après le Printemps arabe de 2011, dans une prospérité en trompe l’oeil consécutive au prix élevé du pétrole.

 

 

Traditionnellement, les militaires ont joué un rôle prépondérant dans tous ces événements. Ils ont toujours représenté le contrepoids décisif pour le parti, lorsqu’il y a conflit entre les divers groupes, qui a su s’attirer les bonnes grâces de la grande muette.

 

La clé de voûte pour une solution idoine et un changement réussi, c’est la fin de l’implication des militaires dans les décisions politique et économique du pays. Nos soldats devront par ailleurs se choisir un haut commandement composé de leaders visionnaires, hautement qualifiés, qui construiront une armée moderne dimensionnée à la situation géo-stratégique de l’Algérie. Des cadres qui veilleront  au bien-être de nos forces armées tout en sécurisant le territoire.

 

Aujourd’hui, l’administration du pays doit faire face à la nécessité d’amoindrir le poids du pétrole et du gaz dans l’économie nationale. Il faut pour cela tirer  les leçons du passé, prendre conscience de la situation actuelle et exploiter les qualités remarquables du peuple algérien en passant d’un système de subsides inopérant à un développement des talents et des richesses nationales.

 

Pour mener à bien ce projet de retour à l’efficacité économique, quelques propositions de sortie de crise peuvent être envisagées :

 

  1. La création de conditions favorables au développement du secteur privé avec un accès facilité au financement bancaire (via un programme d’acheminement des revenus des hydrocarbures pour faire baisser le taux d’emprunt) et l’établissement d’un régime fiscal allégé sur une période allant de 1 à 3 ans.
  2. L’amélioration du climat des affaires pour les investisseurs étrangers et notamment dans les branches à fort potentiel (extraction et recyclage des matières premières, agriculture, énergie renouvelable, tourisme)
  3. Le développement de l’emploi chez les jeunes et chez les femmes grâce à des aides et avantages liés à l’entreprenariat et à l’ouverture de centres de réorientation professionnelle des cadres.
  4. La consolidation des dépenses publiques via la réduction du déficit budgétaire.
  5. Une indépendance de la politique de la Banque Centrale qui luttera contre le marché illégal du change des devises et contre l’inflation via les instruments du marché. Le but est d’adoucir les facteurs négatifs inéluctables qui surviendront lors des périodes anti-crise.
  6. La lutte contre la corruption dans les compagnies publiques et la recherche d’efficacité via la transparence des processus et l’accès à l’information de la population.
  7. L’introduction de barrières économique et douanière afin de limiter l’importation et de favoriser la production locale.
  8. Le changement de la structure de la dette publique par l’émission de titres servant aux financement de grands projets prioritaires étatiques.
  9. L’introduction dans le corpus juridique d’amendements et d’appendices fixant les mesures de stimulation économique.

 

En guise de conclusion, il serait bon de faire valoir que l’amélioration économique et le bien-être de nos concitoyens découleront de la volonté politique d’un gouvernement visionnaire et de l’unité populaire et nationale du pays.

 

Par Faouzi Zerrouk, fondateur et président du Group international Zecotek (Technologies pour les hautes énergies, Médecine Nucléaire, Photoniques et Opto-électroniques), Docteur en Physique théorique et mathématiques du Royaume-Uni et Docteur des sciences en génie physique de l’Académie des Sciences de Russie. Conseiller International en développement et commercialisation de technologies de pointe.

 

 

 

LAISSER UN COMMENTAIRE