Non, malgré la forte contestation populaire et le rejet de l’actuel processus de dialogue par les manifestants du hirak, le régime algérien a tracé son agenda pour appeler à l’organisation d’une élection présidentielle  d’ici la fin de l’année 2019, a-t-on appris au cours de nos investigations. 

Oui, la feuille de route a été d’ores et déjà élaborée. La première étape consiste à inciter les membres du panel de Dialogue dirigés par Karim Younes de commencer leur processus de négociation à partir de la semaine prochaine, à savoir le 26 août. Des commissions du panel seront mises en place dans toutes les wilayas du pays. Des rencontres avec tous les partis politiques seront organisées et des pourpalers avec de nombreuses personnalités seront tenus un peu partout à travers le pays. L’objectif est de « pondre » un document officiel qui regroupe toutes les recommandations et les revendications du mouvement populaire du 22 février d’ici la mi-septembre.

En deuxième étape, ce document officiel sera remis à Abdelkader Bensalah, le Président par intérim de l’Etat. Ce dernier procédera à la négociation pour exécuter certaines revendications. Selon nos sources, Bensalah commencera par le changement du gouvernement et l’annonce du départ de Nourredine Bedoui vers la fin du mois de septembre. Le changement du gouvernement est considéré par le pouvoir algérien comme la principale revendication du hirak. Ensuite, Bensalah décrétera une grâce pour libérer les détenus d’opinion et manifestants pacifiques arrêtés et interpellés dans les prisons depuis de longues semaines.

Mais cette grâce présidentielle ne reconnaîtra pas, pour autant, le statut de « détenu politique » pour ces manifestants et opposants réprimés. Pas question pour le pouvoir algérien de se déjuger sur ce point. En troisième étape, Abdelkader Bensalah, profitant de ces mesures d’apaisement, annoncera à la fin du mois de septembre la convocation du corps électoral pour l’organisation  d’une élection présidentielle au mois de décembre 2019.

Et dans le même sillage, il annoncera la mise en place de la commission de l’organisation des élections présidentielles dont le fonctionnement sera largement abordé et analysé dans le document rédigé par le panel de dialogue dirigé par Karim Younes. Comment fonctionnera cette commission d’organisation des élections ? Selon nos investigations, le pouvoir algérien va accepter le principe de son indépendance. Elle sera composée de magistrats, des représentants des organisations professionnelles reconnues et agréées en Algérie, des membres les plus connus de la société civile ainsi que des représentants du Hirak, à savoir le mouvement populaire.

Cette commission nationale sera dotée de commissions locales installées dans toutes les wilayas et les communes du pays dans le but de surveiller le déroulement du scrutin présidentiel. Indépendante du ministère de l’Intérieur, son fonctionnement sera encadré par des textes qui seront publiés au journal officiel au début du mois d’octobre. Avec cette stratégie, le pouvoir algérien espère organiser une élection présidentiel avant la fin de l’année 2019. Et avec l’élection d’un nouveau président, le régime algérien rêve de sortir de l’impasse actuelle dans laquelle il est coincé. Mais reste à savoir enfin si la rue va accepter de « marcher » dans cette combine et acceptera les concessions qui seront faites par les autorités actuelles. L’attitude rue qui réclame le changement radical dans le pays reste l’élément déterminant qui engage la faisabilité de cette feuille de route.

 

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