Après plus d’un demi-siècle d’exercice du pouvoir et de souveraineté, on peut se demander à la lumière de ces vingt dernières années, si nous sommes en présence d’une république avec un pouvoir monarchique absolu ou dans une monarchie  absolue avec une façade républicaine en carton-pâte aussi coûteuse qu’inutile.

Pour mieux comprendre, nous allons nous servir de cette image, vous avez devant vous un homme conservateur qui, pour paraître moderne au regard de l’étranger, porte un costume trois pièces  (législatif, exécutif et judiciaire) avec une cravate qui le relie aux puissances occidentales, dans lequel il se sent mal à l’aise et dans ses rapports avec son peuple, enfile une djellaba dans laquelle il se sent libre de se mouvoir sans trahir ses intentions tout en cachant ses difformités. Qui s’approprie l’Etat s’accapare des richesses de la nation et décide de leur affectation en fonction de ses intérêts stratégiques. Les revenus pétroliers et gaziers sont  présents dans l’Etat, dans la tête de ceux qui pensent être l’Etat. La rente pétrolière et gazière va devenir au fil des années une propriété clanique. Elle va favoriser des pratiques mafieuses au profit des clans.

Elle sera responsable de la décadence morale de la société et de l’indigence de l’économie politique. L’argent du pétrole a détaché la société du travail, de l’effort et de l’investissement. L’Algérie a vécu plus de la rente pétrolière et gazière que de l’effort et de l’économie. Il y a eu un consensus social pour un couscous collectif. Un consensus construit autour de la dilapidation de la rente au détriment des générations montantes. Un système de gouvernance qui va donner naissance à une économie rentière par la centralisation des ressources nationales et à un régime politique autocratique par la concentration du pouvoir de décision. Il s’opposera au développement d’un secteur productif performant et au renouvellement du personnel politique atteint par la limite d’âge. Le résultat des courses, il n’y a point d’alternance politique en dehors de l’armée et point d’alternative économique en dehors du pétrole. L’islamisme est en perte de vitesse, il ne mobilise plus, la laïcité est hors champ, l’islam se réduit à un rituel, les« démocrates et les militants des droits de l’homme importés d’outre-mer », hors contexte et hors saison, se contentent de verbiage creux et d’une sémantique inappropriée aux valeurs culturelles et religieuses de leur société dont ils prétendent la représenter. De fausses solutions (la manipulation des foules par le politique ou la religion) à de vrais problèmes (le chômage massif de longue durée).

Tous sont solidaires des mêmes pratiques. Nous vivons de notre pétrole et non de notre labeur. C’est le travail de leurs habitants qui fait la prospérité des nations, réalise la paix sociale, donne de l’espoir. L’économie féodale  a cédé la place à l’économie bourgeoise laquelle a donnée naissance à la démocratie occidentale. La civilisation occidentale suscite des envies sans les satisfaire. La démocratie est une affaire d’adultes et non un jeu d’enfants. Le développement est une affaire d’hommes et non de la providence. « Dieu nous a donné des bras mais ne construit pas les ponts ». La démocratie n’est pas un jeu d’enfants mais une affaire d’adultes. Etre adulte, c’est cesser de jouer, c’est arrêter de croire au père Noël c’est-à-dire à la providence étatique. La providence n’est pas au sommet de l’Etat elle est dans le sous-sol saharien.

L’Etat-providence n’est qu’un subterfuge inventé par les hommes pour tromper les peuples et faire main basse sur leurs richesses. Il faut se libérer de la tutelle de l’Etat et se prendre en charge.  Pour se libérer de l’autorité de ses parents, il faut soi-même être parent. Du point de vue du pouvoir, tant que vous le nourrissez et le protégez, il a tendance à vous faire confiance et à vous obéir. Il a un attachement viscéral à la mère et une peur maladive du père. Une mère fragile qui n’ose pas le sevrer de peur d’être mordu et un père narcissique qui l’empêche de grandir de peur de perdre son ascendance. Or  pour devenir adulte, il doit s’opposer au père. Un peuple émotif secrète naturellement un pouvoir narcissique c’est à dire un pouvoir égocentriste dépourvu de tout sentiment de culpabilité. Pour combler son vide existentiel, il a besoin de se nourrir des émotions et des peurs de la  population.

Les militaires français seront les premiers colons qui vont s’emparer des terres fertiles et soumettre les populations autochtones. L’indépendance est perçue par l’élite dirigeante comme un butin de guerre à partager et non comme une responsabilité à assume. Un régime fondé sur un double monopole ; celui de la violence légale et celui de l’argent facile. S’il est possible que des dirigeants intelligents reconnaissent leurs erreurs et soient disposés à les corriger, il est également possible qu’un peuple qui s’est libéré du joug colonial accepte de se dire des vérités et décide dans sa grande majorité d’amorcer des changements indispensables à sa survie dans un monde sans état d’âme qui ne laisse aucune place aux nations faibles.

Si le gouvernement est la source de tous les problèmes, il est aussi la source de toutes les solutions. Si l’on veut réaliser la possibilité de l’Algérie de rompre avec le syndrome autoritaire, une analyse en profondeur des rapports entre les élites et le peuple est indispensable. Rare sont les dirigeants qui disent la vérité parce que faire de la politique c’est mentir.

La langue de bois ayant survécu à tous les séismes, a fait des ravages sur les mentalités et les comportements. Seul le langage de vérité est en mesure de remédier au désastre causé par la langue de bois. Qui va abandonner la douceur de vie de la vallée pour emprunter les chemins tortueux de la montagne ? Toute opposition partisane ou affairiste, affichée ou cachée, réelle ou supposée, ne rêve que d’accéder au reste du gâteau  ou à une parcelle de pouvoir. Point de romantisme, l’heure est au réalisme. L’Algérie ne vit que grâce aux recettes des exportations pétrolières et gazières. Il s’agit d’une ressource financière avec laquelle l’Etat tient en otage la population et affiche sa légitimité vis-à-vis des partenaires étrangers. Dans ce contexte, aucune force politique ne peut s’opposer à l’armée et aucun secteur économique ne peut se substituer aux hydrocarbures dans la couverture des besoins de la société sur une longue période à moins d’un sursaut national patriotique salvateur. Il y va du destin du pays. La vérité crève les yeux. Mais à quoi bon la lumière du soleil si on garde les yeux fermés ?.

 

Par Dr A.Boumezrag

 

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