La rédaction d’Algérie Part a contacté récemment le général à la retraite Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense nationale au début des années 90, pour lui poser de nombreuses questions sur les dossiers dont il fait l’objet au niveau de la justice militaire en Algérie. Nous lui avons fait parvenir des questions concernant aussi « sa guerre » ouverte contre le Chef-d’Etat Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah. Nous l’avons interrogé également sur sa vision de la situation politique actuelle en Algérie sans oublier les poursuites judiciaires dont il fait l’objet en Suisse. En guise de réponses, nous avons reçu cette déclaration exclusive dans laquelle Khaled Nezzar revient sur tous les points que nous avons soulevé dans nos questions. Nous avons préféré ainsi publier cette déclaration telle quelle pour permettre à nos lecteurs et lectrices de comprendre les positions et opinions de cette personnalité qui défraie la chronique en Algérie. Cette démarche permettra à chacun de se faire sa propre opinion. Nous rappelons en dernier lieu que cette déclaration n’engage que son auteur, à savoir le général Khaled Nezzar. Elle ne peut en aucun cas refléter la ligne éditoriale d’Algérie Part. Notre média a pour devoir de donner la parole à tous les acteurs et composantes de la crise politique en Algérie afin que les Algériens, et Algériennes, puissent accéder d’eux-mêmes à la vérité et à l’information vérifiée. 

 

Le pouvoir se fait sourd et l’Algérie continue d’être soulevée par de gigantesques manifestations populaires, ordonnées et pacifiques. L’entêtement de ce pouvoir a fait que les manifestations n’ont pas cessé. Depuis des mois, chaque mardi et vendredi, des centaines de milliers de personnes battent le pavé et réitèrent inlassablement les mêmes revendications : le départ des symboles, Gaid Salah en premier, qui ont incarné le système qui a survécu à son géniteur, et la naissance d’une nouvelle République gérée par des Institutions démocratiquement élues.

En ce  qui me concerne, tous les mensonges qui ont été propagés à travers certains médias, financés par des bailleurs de fonds sur injonction de Gaid Salah, sur les réseaux sociaux via des activistes nostalgiques et par des officines de tous ordres sont de pure invention. Ils attentent à ma dignité et à celle de ma famille sans vergogne aucune. Ils ne font preuve d’aucune retenue. Ils poussent l’ignominie jusqu’à manipuler un de mes fils malade, resté en Algérie, à qui on a promis monts et merveilles pour s’attaquer et porter ainsi atteinte à ma personne et à ma famille. Il est clair que l’Algérie n’a rien à attendre d’une telle clique.

Je prouverai, lorsque le moment viendra, devant les instances juridiques, que tout cela participe d’une machination et d’une cabale orchestrées de longue date.

Gaid Salah qui  a accaparé la manœuvre tente d’éliminer tous ceux qui non seulement lui font de l’ombre mais aussi, susceptibles de s’opposer à ses ambitions démesurées. Je suis un de ceux-là et n’aurait de cesse que lorsque il aura été mis fin à ses vils desseins. Ne vous êtes-vous pas posés la question pourquoi ont-ils attendu que je commence à twitter pour me traiter de conspirateur ? Critiquer politiquement Gaid Salah qui a usurpé le pouvoir, est-ce de la conspiration ? Le personnage de Gaid Salah est-il sacré à ce point ? Ou croit-il que son personnage se confond avec l’Institution militaire ? Non, évidemment ! Gaid Salah se targue d’avoir une double casquette et croit qu’il peut tout se permettre. Cela découle d’un esprit malade qu’il faut réduire à tout prix et vite.

Je tiens à préciser que je n’ai jamais appartenu à un clan quel qu’il soit et que seul l’intérêt de l’Algérie a toujours guidé mes actions. Je refuse d’être assimilé et jeté en pâture en même temps que ceux que j’ai combattus.

La lettre que j’ai fait parvenir au président de la République de l’époque n’a pas eu d’écho auprès de ce dernier. Aucun crédit ne lui a été accordé. Le clan présidentiel était surtout désireux de disposer d’un atout militaire sûr pour ses futures échéances. J’ai découvert alors que la sécurité du pays n’était plus une priorité, mais celle de la fratrie, oui.

Mon retrait en 1993 démontrait mon désintéressement total du pouvoir. Ce n’est pas maintenant, et à mon âge, que je chercherais à jouer un rôle politique quelconque.

Depuis ma mise à la retraite, j’ai toujours veillé à ne rien faire qui affecterait la composante de l’ANP, sa cohésion et son unité garants de la sécurité nationale. Pour preuve, récemment, j’ai opposé un refus catégorique à la destitution de qui que ce soit, surtout dans un moment qui était critique où le pays avait tant besoin de son armée.

Au prononcé de l’application de l’article 102, j’ai tenté de contacter le chef d’état-major, à travers son cabinet, dès le 13 mars mais en vain. Ma démarche visait à l’informer et à apporter à l’institution mon soutien en tant qu’ancien ministre de la Défense à la décision historique de l’application de l’article 102. Mais de réponse il n’en fut rien. Je compris de suite que sa démarche à lui n’était pas de répondre aux revendications maintes fois répétées et exigées par le peuple, mais de le prendre de vitesse et sauver avant tout sa personne, se sachant le pilier principal du régime en place et qu’il allait au même titre en payer le prix fort. Son scénario est bien simple : changer les personnes tout en maintenant coûte que  coûte le système en place. C’est ce qui explique son louvoiement.

C’est dire que j’étais loin de ce qui se tramait ailleurs.

Toute personne responsable doit réfléchir aux conséquences de ce qui se passe actuellement, pour éviter le désastre.

Les atermoiements, les velléités, les tâtonnements de toutes sortes, sont porteurs de dangers en cette période cruciale. Ils sont de la responsabilité unique du chef d’état-major.

La recherche d’une solution raisonnable impose des concessions de part et d’autre à travers un dialogue franc et exempt de tout calcul dicté par l’égoïsme, la mégalomanie ou l’esprit de revanche. L’Algérie doit compter avant tout.

Je dis et je le répète, sans ce même chef d’état-major, le clan ne serait jamais  allé au quatrième mandat ni aspiré au cinquième.

Comment croire un instant que la solution à nos problèmes viendrait de celui qui fut partie intégrante du cercle présidentiel restreint auquel il a servi de bouclier ?

Je ne veux pas vivre les derniers jours qui me restent en refusant de dénoncer la façon dont mon pays est malmené.

Je prends à témoin l’opinion publique ainsi que tous les membres de la glorieuse Armée nationale populaire (ANP) que j’ai servi humblement et de toute mon âme et aussi mes compagnons de l’ALN encore de ce monde.

Certains croient aux généraux qui s’étripent, loin de là les analyses simplistes de ceux qui hantent les plateaux de certaines télés. Je n’ai aucune animosité envers Gaid Salah. Commandant de brigade sous mon commandement, j’ai considéré à l’époque que c’était là son bâton de maréchal et l’ai porté sur la liste des mises à la retraite alors que je présidais la commission d’avancement et de dégagement des cadres. Malheureusement, il s’est trouvé certains mauvais conseillers auprès du Président de l’époque qui s’étaient opposés à son départ et c’est ainsi qu’il fut maintenu dans l’armée. Zeroual l’ayant désigné commandant des forces terrestres, il se trouvait donc à la verticale d’un haut poste de commandement et les Bouteflika ont fait le reste.

J’ai connu Gaid Salah aux frontières Est courant été 1958, il n’avait à l’époque que quelques mois de présence au corps. Recruté en Wilaya II historique, il fit partie d’un convoi de civils fraîchement enrôlés et escortés vers la Tunisie pour y être formés puis faire partie d’un convoi d’acheminement des armes. Il rejoignit un camp parmi tant d’autres aux frontières. Je le reçus au centre des artificiers situé près de Sakiet Sidi Youcef et il fut incorporé au 2ème peloton de formation. Il avait le niveau de deuxième année primaire. Je l’ai initié aux mines et pièges et à la formation élémentaire du soldat. Il repartit se morfondre dans un des camps qui pullulaient aux frontières.

 

 

 

 

A la mi-1959, il fut affecté au 1er Bataillon autonome dans la fonction d’adjoint au chef de section. Lors du nivellement de 1960 entrepris par le colonel Boumiédiène, soit immédiatement après le CNRA de décembre 1959, son unité porta le numéro 24ème Bataillon, elle était  alors commandée par Si Abdallah dit « El-Goumi ».

Il y servit jusqu’à l’indépendance dans la fonction d’adjoint au chef de compagnie.

Aux frontières, son parcours fut tout à fait ordinaire. Le seul stage qu’il suivit tout au long de l’indépendance le fut en URSS au centre de Vistrel. Vistrel n’est pas une académie, ce n’est qu’un centre d’application de la compagnie d’artillerie (4 à 6 canons). Lors de mon séjour à Tindouf, dans les années 1970, j’ai découvert un dossier le concernant annoté par le colonel si Mohamed Salah Yahiaoui. Il lui reprochait d’avoir replié sans ordres, abandonnant les troupes d’infanterie sans appui, lors des opérations dites « Amgala 1 ».

Tel est le parcours de celui qui se présente aujourd’hui comme un foudre de guerre. D’ailleurs, les démonstrations qu’il présente à chaque fois qu’il rend visite à une des régions et dont il est friand et fier, ne sont que des pétarades pour amuser la galerie. Heureusement que des officiers de qualité président à la préparation des troupes.

Piètre militaire, Gaid Salah sera décrédibilisé tôt ou tard. Il a conservé son poste grâce à sa fidélité politique qu’il croyait acquise auprès des Bouteflika, chez qui il n’était qu’un simple pion entre leurs idées machiavéliques. Il leur a permis ainsi d’atteindre leurs objectifs : il s’agissait pour les Bouteflika de garder le pouvoir le plus longtemps possible, quitte à détruire l’Algérie.

Après le départ de Abdelaziz Bouteflika, il croit encore que sa position politique usurpée et la force qu’il a sous ses ordres lui donneront l’occasion de traiter d’égal à égal avec le peuple. Il constatera incessamment qu’il est considéré comme un sinistre personnage qui n’a ni foi ni loi. Il passera immanquablement devant la justice qui le jugera pour tous ses méfaits et le dépouillera sans ménagement. Je m’y attèle dès à présent personnellement, quand bien même je m’adresserai à la justice internationale.

Toute personne responsable doit réfléchir aux conséquences de ce qui se passe actuellement pour éviter le désastre.

Les atermoiements, les velléités, les tâtonnements de toutes sortes sont porteurs de dangers en cette période cruciale. Ils sont de la responsabilité unique du chef d’état-major.

Quant à moi, je demeure serein et résolu à défendre mon honneur, celui de ma famille et de la République, face aux épreuves.

Par Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense Nationale entre 1990 et 1993

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