Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations tout un rapport scientifique qui dévoile l’étendue dramatique d’une catastrophe écologique provoquée à In Salah au sud du pays. Ce rapport a été établi par le très sérieux Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS), un établissement français chargé d’évaluer et prévenir les risques accidentels pour l’homme et l’environnement liés aux industries.

Dans ce rapport datant de 2017, l’INERIS s’est intéressé aux dangers des pratiques du Captage et stockage géologique du CO2. Et parmi les cas qui ont été étudiés à travers le monde par l’INERIS, ce rapport a évoqué largement un drame écologique qui s’est produit à In Salah en Algérie. Une catastrophe dont les Algériens n’ont presque jamais entendu parler.

« A In Salah en Algérie, un consortium entre plusieurs opérateurs pétroliers a été monté pour réaliser un projet CCS qui a été opérationnel en 2005 : le CO2 issu du traitement des gaz acides d’un gisement pétrolier était injecté dans la partie déplétée à la base du même gisement. Une surveillance assez complète du site avait été engagée », explique ainsi ce rapport qui révèle au passage qu' »un soulèvement progressif des terrains (ou surrection) a été constaté, pouvant atteindre 5 mm par an, avec un cumul de 10 à 20 mm, sur une zone de 4×5 km : cela n’est ni surprenant ni inquiétant, puisqu’on peut supposer que cela est venu « compenser » une baisse qui avait eu lieu préalablement lors de l’extraction des hydrocarbures ».

Cependant, « Plus inquiétant, note encore ce rapport scientifique de haut niveau, une fuite a été constatée le long d’un ancien puits d’extraction d’hydrocarbures, situé à 1,3 km du puits d’injection, qui avait été préalablement reconverti en puits de surveillance. Ce puits a été atteint par le panache de CO2 en 2007, environ deux ans après le début des opérations, 2,5 Mt de CO2 ayant déjà été injectées (Ringrose et al., 2009) ».

Le rapport de l’INERIS qui dévoile cet incident n’a pas pu obtenir plus de détails. Et pour cause, Sonatrach n’a jamais voulu communiquer ce dossier et les autorités algériennes n’ont jamais reconnu l’existence d’un tel problème écologique. La Sonatrach et ses partenaires étrangers ont recouru dans la région d’In Salah au stockage de gaz sans prendre en compte les risques de fuites ou d’incidents mécaniques liés à la technique de CSC. Cette  négligence pourrait causer des fuites diffuses impactent à la fois le milieu souterrain et la surface, nous apprend enfin le rapport de l’Ineris.

Sonatrach aurait dû ainsi éviter tout impact sur l’environnement, prévenir et maîtriser les remontées de CO2 vers la surface, tout en limitant les perturbations du milieu souterrain. Pour rappel, le CO2 n’est ni explosif ni inflammable. C’est un gaz présent dans l’air que nous respirons chaque jour. Il est inoffensif à basse concentration mais a des effets dangereux (perte de conscience, asphyxie) quand les concentrations dans l’air dépassent 5%. S’il s’échappe dans une zone ouverte ou plane, le CO2 se dispersera rapidement, même sans l’aide du vent. Ainsi, le plus gros danger potentiel réside dans les milieux confinés ou les reliefs en cuvette.

Dans le cas d’une fuite de stockage sous-terrain, le CO2 pourrait affecter la flore avoisinante (impact très localisé), l’acidité des eaux potables ou l’intégrité de la roche (faible probabilité). L’effet du gaz sur les eaux souterraines reste à l’étude. Mais à In Salah, il faudra une enquête sérieuse sur le terrain pour évaluer les dégâts provoqués par cette fuite de CO2. Les autorités algériennes sont appelées à s’expliquer rapidement  dans ce dossier délicat.

LAISSER UN COMMENTAIRE