Depuis le 22 février, Facebook est devenu en Algérie un lieu de discussions politiques intéressantes. En tant qu’enseignant, je suis submergé par des questions que me posent des étudiants qui veulent savoir et surtout comprendre. L’un d’entre eux m’a demandé mon opinion sur un texte défaitiste d’un Egyptien qui circule sur les réseaux sociaux sur ce qui se passe au Soudan, et évidemment en arrière-fond avec ce qui se passe en Algérie.

Ce point de vue d’un Egyptien sur ce qui se passe au Soudan n’est qu’un point de vue qui traduit les difficultés de construction de la démocratie en Egypte et au Soudan. Mais la situation économique et géo-politique est différentes de celle de l’Algérie. Commençons par l’Egypte. Sa proximité avec Israel est un handicap géopolitique majeur.

Les USA n’accepteront pas un régime égyptien qui traduit en politique étrangère l’opinion publique nationale hostile à Israel. Et comme l’Egypte est pauvre, son gouvernement monnaye sa position vs-à-vis d’Israel contre 3 milliards de dollars par an provenant des USA et de l’UE. Donc le poids du facteur étranger est important sinon décisif en Egypte. Concernant le Soudan, malgré ses énormes potentialités, c’est un pays pauvre.

Ses militaires ont besoin des millions de dollars qui viennent d’Arabie Saoudite et des Emirats. Les généraux soudanais acceptent même de jouer aux mercenaires au Yemen et en Libye pour le compte des monarchies du Golfe. La situation en Algérie est différente et la voie vers l’Etat civil est moins compliquée. Il faut dire aussi que nous n’avons pas la même histoire. En Egypte par exemple, l’armée a servi la monarchie qu’elle a renversée en 1952. L’armée existait avant l’indépendance nationale et a servi le protectorat anglais. En Algérie, l’armée a été créée par le peuple durant la guerre de libération.

Bien sûr avec le temps, une caste d’officiers s’est constituée et a oublié les origines idéologiques de l’armée de Lotfi, Amirouche et Ben Boulaid. C’est ce qui explique la forte mobilisation populaire depuis le 22 février. Que disent les manifestants à Gaid Salah? Bladna, djiechna oua dirou raina. Ils lui disent clairement: c’est notre armée et elle n’est pas au service d’une caste ou d’une ‘issaba.

Pour résumer, la guerre de libération 54-62, une position géopolitique moins sensible qu’au Moyen-Orient, la disponibilité de ressources financières donnent au peule algérien une marge de manoeuvre plus grande dans la maîtrise de sa destinée politique. Depuis le 22 février, le peuple a montré une certaine maturité politique, et il faut que l’EM se réorganise (départ à la retraite des plus de 65 ans) pour se mettre au niveau de cette maturité et des revendications de la mobilisation populaire.

Par Lahouari Addi, professeur de sociologie à l’Institut d’Études Politiques de Lyon et chercheur à Triangle, laboratoire du CNRS. Ce texte a été préalablement sur la page Facebook de cet auteur. 

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